Google+ Montebourg 06: David Nakache : Nice, l'islam et l'art de ne rien comprendre

samedi 8 août 2015

David Nakache : Nice, l'islam et l'art de ne rien comprendre

L'édition du 8 août 2015 de Nice Matin révèle, au détour d'une affaire de salle de prière, un condensé de l'incurie d'une classe dirigeante et son inaptitude profonde à appréhender l'évolution sociétale qui s'impose pourtant à elle.
"Ce n'est pas entendable"
Une association qui loue un local servant de lieu de culte depuis 14 ans se voit expulsée. Faute de lieu suffisamment proche et suffisamment grand pour les accueillir, les fidèles décident de prier au pied d'une tour d'immeuble.
Nous sommes à Nice, à Bon Voyage, l'un des quartiers défavorisés de la ville, et ils sont deux cents à prier ainsi dehors, depuis près de neuf mois.
Le maire de la ville, Christian Estrosi, grand défenseur de la laïcité devant l’Éternel, déclare qu'il s'en référera au Préfet si la situation perdure.
Nice Matin a alors la bonne idée d'interviewer Dominique Estrosi Sassone, présidente du principal bailleur social local, Côte d'Azur Habitat, par ailleurs conseillère municipale et métropolitaine, adjointe au maire au logement, vice-présidente du conseil départemental, secrétaire générale de la fédération des offices publics de l’habitat, sénatrice (membre de la commission spéciale sur le projet de loi pour la croissance, membre de la commission nationale chargée de l'examen du respect des obligations de logements sociaux,  membre du conseil national des villes) et secrétaire nationale à l'industrie du parti "Les Républicains."
Elle commence par dénoncer l'illégalité de l'occupation d'un espace appartenant à l'office HLM dont elle est présidente. Elle argumente en expliquant avoir proposé des solutions alternatives et une salle de prière dans un quartier proche. Puis le journaliste lui pose la question attendue : "Y a-t-il suffisamment de lieux de culte musulmans à Nice ?"
Après avoir expliqué faire au mieux avec "les mètres carrés disponibles", elle déclare abruptement : "Après, que chacun veuille une salle de prière en bas de chez lui, ce n'est pas possible, pas entendable, pas acceptable !"
Première nouvelle, nous apprenons que c'est désormais aux bailleurs sociaux de dire qui a droit ou non à une salle de prière. C'est donc logiquement la présidente de Côte d'Azur Habitat qui semble poser une limite à la liberté de culte des Niçois.
Deuxième nouvelle, la considération pratique, la faisabilité concrète de l'exercice du culte, "ce n'est pas possible", cède immédiatement le pas devant l'impératif moral : ce n'est "pas entendable, pas acceptable." L'absence de lieu de culte pour ces fidèles relève donc davantage d'une posture idéologique des décideurs que d'une impossibilité matérielle.
Mme Estrosi Sassone fixe les règles, les limites de l'acceptable, et décide qui peut prier et où.
"Aucune autre religion n'a cela"
Elle ajoute alors cette phrase terrible : "Aucune autre religion n'a cela." Cette phrase est terrible car au combien révélatrice : il faudrait accorder la même chose à chaque religion. Et, comme aucune religion n'a "une salle de prière en bas de chez soi", les musulmans n'ont pas à y avoir droit. C’est simple comme du Nadine Morano…
Qui va dire à la sénatrice que si l'on devait réellement poser un principe d'égalité entre les religion et que si cette égalité consistait à avoir la même chose que les autres, il devrait y avoir en France autant de mosquées que d'églises ?
Qui va dire à la sénatrice que le besoin de lieux de culte décents ne se mesure pas en termes d'égalité ou de mise en concurrence entre les religions mais en fonction du nombre de pratiquants et des besoins exprimés ?
Qui va dire au maire de Nice que si une prière non autorisée sur l'espace public constitue bien une atteinte à la laïcité, l'entrave à la réalisation de lieux de culte constitue une atteinte à la liberté de culte ?
Qui va dire à son adjointe au logement que c'est par ce genre de réactions que l'on nourrit le communautarisme, que l'on alimente le sentiment de rejet, d'être considérés comme des citoyens de seconde classe, discriminés, n'ayant même pas la possibilité de prier décemment ?
Qui va lui dire qu'en refusant de reconnaitre les besoins d'une religion au nombre de pratiquants croissant, on pousse ces pratiquants dans les bras d'extrémistes dont le discours de haine de la France prend précisément prétexte de ce genre de discriminations ? Qu'elle fait en réalité le jeu de ceux qu'elle prétend combattre ?
Les difficultés liées au vivre ensemble, à la cohésion sociale et à la laïcité se règlent au quotidien par de la fermeté quand il en faut mais aussi par de la conciliation, en entendant les besoins de l'autre, en prenant en compte ses demandes et en lui accordant de la considération.
Le refus idéologique du "ce n'est pas entendable" parce que "aucune autre religion n'a cela" mène tout droit au durcissement des positions, voir au conflit.
Quand le maire de la 5ème ville de France déclare une religion incompatible avec la démocratie et que son adjointe au logement, en qualité de présidente d’un bailleur social, décrète arbitrairement dans la presse qui a droit ou n’a pas droit à un lieu de culte, il ne faut pas s’étonner si la situation se tend et si les citoyens de cette confession se sentent rejetés.
Le fondamentalisme est un danger trop important pour que l’on se permette ce genre de politiques irresponsables. Nice est l’une des villes de France d’où part le plus de jeunes pour le Djihad. Il est grand temps que le maire et son équipe, au lieu de céder aux sirènes du populisme, se remettent en question et agissent en conséquence.

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