Google+ Montebourg 06: David Nakache : règlements de comptes à Nice, une classe politique immorale

mardi 21 juillet 2015

David Nakache : règlements de comptes à Nice, une classe politique immorale

Nice, centre-ville, quartier de la gare, mai 2015. Une jeune femme est tuée par balle, en pleine tête, sous les yeux de ses deux jeunes enfants. La presse nationale en parle, Paris Match s'émeut et reprend l'information. Même quartier, une rue plus loin, à quelques semaines d'intervalle, décès d'un SDF d'un coup de couteau. Quelques lignes à peine dans une brève de la presse locale. L'affaire est moins "sensationnelle". Le quartier de la gare est coutumier du fait. Résignation et indifférence générale y règnent tandis qu'une brigade de policiers municipaux montés du segway, lancée avec trompette et fanfare un an auparavant par le maire de la ville, sillonne fièrement l'avenue Jean Médecin, principale artère commerçante, à 200 mètres à peine de là.
Nice, les Moulins, l'Ariane, juillet 2015. Deux morts dans les deux dernières semaines dans les banlieues de la 5ème ville de France, trois depuis le début de l'année 2015. Une victime collatérale, une dame qui rentrait chez elle, blessée par une balle perdue. "Règlements de compte liés à la drogue", "tué par balle dans le véhicule où il s'était réfugié", "la victime a reçu au moins dix balles", "narco banditisme", "rixe entre une vingtaine de personnes", "quartiers défavorisés", les mots clefs repris par la presse masquent la douloureuse réalité. La presse parle un peu des deux premières victimes, dans les rubriques "faits divers" ou "insécurité", puis s'emballe à propos de la troisième : les politiques entrent dans la danse médiatique.
Éric Ciotti demande des comptes au gouvernement, les deux quartiers "sensibles" étant situés dans des "Zones de Sécurité Prioritaires", lui, l'improbable défenseur de l'autorité qui n'a de cesse de remettre en cause celle de l'Etat... Marion Maréchal Le Pen, en campagne électorale, tacle sur Twitter son adversaire Christian Estrosi, la "Riviera" devenant selon elle une "favela". Ce dernier se défend en lançant hier un "ultimatum" au Préfet à qui il accorde 24h pour renforcer les effectifs de police.
Que peut bien inventer cette fois-ci le député-maire de Nice, son "laboratoire de la sécurité" comptant parmi les villes où la police municipale est la plus nombreuse et la plus armée, dotée du plus grand nombre de caméras de vidéo-surveillance par habitant ? Va-t-il enfin proposer un plan d'envergure nationale, en tant que député, pour lutter contre les réseaux et l'argent de la drogue ? Démanteler les trafics qui gangrènent nos banlieues ? Non, rien de tout cela. Le député laisse place au maire et menace l'Etat, si celui-ci ne fait pas "ce qu'il faut", de recourir à... des entreprises de sécurité privées qui seraient employées par Côte d'Azur Habitat, le principal bailleur social local géré par... Dominique Estrosi Sassone.
De leurs côtés, que déclarent les représentants de l'Etat ? Sur son comptez Facebook, la Préfecture publie ce matin des idées de sorties en famille à faire dans le département... Le Directeur de cabinet du Préfet, lui, rappelle à la presse que dans la lutte contre la délinquance, "la volonté est forte" et que les "résultats sont bons". Le Directeur de la Sécurité Publique, estime pour sa part les événements "tragiques" puisqu'il y a eu "mort d'homme" mais n'est pas "inquiet" car la délinquance baisse de 15% dans les deux ZSP concernées. Allez dire cela aux familles des victimes...
Nous sommes donc dans une ville, la 5ème de France, où le maire lance un ultimatum au représentant de l'Etat sous peine de recourir à des sociétés de sécurité privées pour lutter contre les réseaux de la drogue et où l'Etat devrait, pour le moins, prendre des leçons de communication. Et tout le monde semble trouver cela normal.
Mais, au-delà, que nous révèlent cette énième affaire ?
Les réactions du personnel politique azuréen sont, comme lors de la surexploitation de l'affaire du bijoutier ou lors des réactions au jugement rendu dans l'affaire de Zyed et Bouna, en-deçà de tout. Le principe selon lequel tout drame humain, toute douleur doit systématiquement être exploitée à des fins politiciennes est révoltant. Il s'agit de la mort de jeunes, issus de quartiers différents et pour des causes non encore définitivement établies. Les familles et les proches sont en deuil. Et que font ceux qui prétendent gouverner ? Ils se rejettent la balle à coup de tweets assassins, organisent des conférences de presse pour rejeter la faute sur l'Etat et se défausser encore un peu plus de leurs responsabilités. Un mot pour les victimes ? N'y pensez pas ! Une pensée pour leurs familles ? Pas la place, un tweet, c'est 140 caractères... Cette indécence révèle une sorte d'immoralisme de la classe politique qui ne respecte plus rien, prise dans un emballement politico-médiatique s'autoalimentant en permanence.
La sécurité doit être assurée partout à Nice, que ce soit sur l'avenue Jean Médecin, dans le quartier de la gare où à l'Ariane et aux Moulins. Les victimes et leurs familles doivent y avoir la même considération.
La lutte contre le narco banditisme réclame un plan national d'envergure avec les moyens humains et financiers nécessaires, en lien étroit avec les dispositifs de sécurités internationaux. Localement, l'ensemble des partenaires doivent pouvoir coopérer efficacement : Etat, collectivités territoriales, bailleurs sociaux, associations de quartiers.
Si des drames comme ceux connus à Nice relèvent de la question sécuritaire, la question sécuritaire relève elle, de facteurs multiples, et, notamment, de la politique de la ville. Si les réseaux du narco banditisme s'installent dans les banlieues, ce n'est pas un hasard. A Nice, si la rénovation urbaine est heureusement à l'œuvre aux Moulins et à l'Ariane, on assiste à de pitoyables guéguerres entre l'Etat et les Collectivités pour tirer la couverture à soi, d'inaugurations en coupures de rubans et fourbes discours. Mais la rénovation urbaine prend du temps et les changements concrets, dans le quotidien des habitants, tardent à venir.
Les associations de quartier, pourtant indispensables au vivre ensemble, crient famine et luttent pour leur survie.
Le désenclavement des quartiers constitue l'une des clefs essentielles pour casser le sentiment d'abandon et d'exclusion. Si la ligne 2 du tramway doit passer par les Moulins et si elle devait constituer une priorité absolue pour tout maire de la Ville soucieux du devenir de ses quartiers, elle a pris un retard coupable puisqu'on lui a préféré la construction d'un grand stade au coût exorbitant. Et Christian Estrosi n'ose plus promettre le tram à l'Ariane avant 2025 ou 2030 !
Bref, on préfère exploiter la douleur et la misère à des fins politiciennes plutôt que de réagir dignement et humainement aux drames récents. On préfère récupérer ces drames dans des joutes électorales futiles plutôt que de traiter sur le fond, de façon responsable et collective, la lutte contre le narco banditisme, la rénovation urbaine et le désenclavement des quartiers.
Et l'on s'étonne que les citoyens n'aillent plus voter...

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