Google+ Montebourg 06: Arnaud Montebourg : Il fallait refuser dès 2012 ces politiques d’austérité sans fin

vendredi 10 juillet 2015

Arnaud Montebourg : Il fallait refuser dès 2012 ces politiques d’austérité sans fin

Interview au journal Le Monde le 10.07.2015
Va-t-on vers un compromis dans la crise grecque ?
Je l’espère. La prise en considération de l’expression démocratique du peuple grec est impérieusement souhaitable, tant l’inverse serait une catastrophe pour l’économie européenne dans son ensemble et pour la France en particulier. Les dirigeants français et européens qui emboîtent le pas militairement derrière l’intransigeance idéologique de la droite allemande ont-ils bien mesuré les conséquences de leur apologie suicidaire du Grexit ? Faisons les comptes pour la France : une défaillance de la Grèce coûterait aux finances publiques de notre pays 40 milliards d’euros, soit l’équivalent de 2 points de PIB. Qui solderait cette dette supplémentaire? Les contribuables français. Et comment oser risquer la contagion que provoquerait ce transfert brutal et massif de 300 milliards d’euros environ d’actifs perdus vers les déficits budgétaires des autres pays européens, ou bien de la chute inévitable de l’investissement dans nos pays qui peinent déjà à repartir, ou encore des troubles provoqués par ce début de destruction de la zone euro ?
Quelle  serait à vos yeux la meilleure solution ?  
Il existe toutes sortes de solutions _ effacement partiel de la dette,  création de titres de « dette perpétuelle », étalement ou monétisation de la dette par la BCE ou la banque de Grèce elle-même _ pour régler ce problème de surendettement sans trop de dégât pour la Grèce et ses créanciers. Elles ont déjà été expérimentées dans l’histoire politique et financière, mais cela supposerait que les idéologues de la dette reconnaissent enfin l’inefficacité chronique de leur politique.Chacun peut se rendre compte à travers le cas grec de la lourde défaillance des politiques d’austérité. Plus on serre la vis budgétaire, plus on appauvrit les gens, plus on coule l’activité économique et moins on peut rembourser ses dettes. C’est pourtant une loi mathématique de l’économie que la quasi totalité des économistes, prix Nobel en tête, et des institutions internationales, FMI en tête, se sont égosillés à rappeler en vain aux dirigeants européens depuis longtemps. Cette stratégie est aussi stupide que celle des saignées de Diafoirus, le médecin de Molière qui retirait au malade son sang pour le guérir, provoquant à l’inverse sa mort lente.
Vous donnez quitus à Alexis Tsipras d’avoir agi comme il l’a fait?
Le Premier ministre grec n’avait pas d’autre choix. Le référendum découle de l’intransigeance de la Commission européenne qui refusait la restructuration de la  dette pendant que M Tsipras faisait des propositions de réformes structurelles qui permettaient de sortir de l’impasse.. Le résistance du peuple grec est juste sur le plan de la politique économique et doit être prolongée dans tous les pays européens si l’on souhaite enfin faire baisser le chômage, obtenir la reprise de la croissance et…rembourser par la croissance les dettes de la crise.
Etes- vous en train de vous rapprocher de François Hollande et de Manuel Valls qui plaident sans relâche pour le maintien de la Grèce dans la zone euro? 
La position prise par le Gouvernement Français, refusant le Grexit est pour moi la seule conforme aux intérêts de la France. Mais si la France s’était battue dès l’alternance de 2012, si elle avait refusé cette politique d’austérité dans tous les pays, sans limite et sans fin, imposée par la droite allemande et son relais, la Commission européenne, non seulement nous n’aurions pas raté la reprise mais nous aurions le redémarrage observé en Angleterre (2,8% de croissance) En clair, les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Belges nous attendaient, et nous les avons laissés dans les griffes dangereuses des obsessions allemandes, avant de nous y précipiter nous mêmes. Cette idéologie d’inspiration allemande s’est répandue dans toute l’Europe et a cruellement prolongé artificiellement la crise en France comme ailleurs ; elle a fait exploser le chômage, pendant que tous ceux qui ont fait l’inverse dans le monde sont sortis depuis longtemps de la crise et ont obtenu des résultats sur le chômage
Vous incriminez « l’idéologie de la droite allemande » mais elle est aujourd’hui dominante en Europe. N’est- ce pas votre défaite ?  
Ce n’est pas parce que cette idéologie est dominante qu’elle est juste et qu’il faudrait s’y soumettre, surtout pour un pays fondateur et aussi important que la France. Cette condamnable docilité à l’égard des politiques d’austérité, qui agit aujourd’hui comme un piège destructeur contre l’Europe, est d’ailleurs la raison de mon départ du Gouvernement l’été dernier. Le peuple grec comme beaucoup d’autres en Europe ont fait d’énormes sacrifices, mais pour des résultats sur le plan de l’endettement inexistants. En 2008, la zone euro et les États Unis avaient le même taux de chômage (10%), aujourd’hui les Américains ont un chômage à 5,5% et les Européens à 11,5%. Qui a raison ?
La zone euro résiste encore parce que le couple franco allemand tient. N’est- ce pas la démonstration que tout bras de fer avec l’Allemagne serait dangereux ? 
Je ne le crois pas. François Hollande a accepté la convergence politique de la France sur la ligne d’austérité de l’Allemagne, alors que nos fondamentaux divergent profondément : nous connaissons un boom démographique depuis 15 ans, pendant que nos amis allemands vieillissent. Eux n’ont pas besoin de croissance car le gâteau augmente toujours même lorsque celle-ci est absente. Nous autres avec notre jeunesse au chômage et notre croissance démographique, nous en avons au contraire grand besoin. Cette divergence devrait être traitée par un compromis aujourd’hui inexistant. Nous sommes tristement alignés sur les intérêts de l’Allemagne qui a raison de défendre les siens, à la condition cependant que nous défendions enfin les nôtres, le tout dans l’intérêt bien compris de l’Europe.

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