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vendredi 4 avril 2014

Remaniement : la victoire d'Arnaud Montebourg à Bercy

Article de Marc VIGNAUD publié sur Le Point le 02.04.2014 :

Le partisan de la démondialisation prend les rênes de l'Économie française. Il devra cohabiter avec Michel Sapin aux Finances et aux Comptes publics.


Arnaud Montebourg, nouveau ministre de l'Économie, hérite du portefeuille de Moscovici.
Arnaud Montebourg, nouveau ministre de l'Économie, hérite du portefeuille de Moscovici. © SEBASTIEN BOZON / AFP

C'est une victoire pour Arnaud Montebourg. Le chantre de la démondialisation, qui avait obtenu quelque 17 % des voix à la primaire socialiste en 2011, s'empare du portefeuille de l'Économie et du Numérique tout en conservant le Redressement productif. Il a donc gagné son bras de fer contre Pierre Moscovici (qui sort du gouvernement) en avalant une grande part de son portefeuille. Seul bémol, le Commerce extérieur devrait lui échapper, au profit de la "diplomatie économique" portée par Laurent Fabius aux Affaires étrangères. 
Montebourg ne sera d'ailleurs pas non plus le seul maître à bord du paquebot de Bercy, puisqu'il devra faire avec la nomination de Michel Sapin comme ministre des Finances et des Comptes publics.Un schéma similaire au découpage des ministères économiques allemands. Sauf qu'à Berlin c'est clairement le ministre des Finances qui a le plus de poids, et il n'est pas sûr que cette hiérarchie soit ne serait-ce qu'envisagée par Arnaud Montebourg !

La croissance à tout prix

Celui qui se définissait lui-même comme le patron du "Bercy bas", en référence à l'étage qu'il occupait jusqu'ici dans la forteresse de Bercy, aura en tout cas les mains plus libres pour piloter l'économie française. Il devra trouver les moyens d'accélérer sa croissance, qui peine à redémarrer vraiment, malgré une incontestable amélioration de la conjoncture dans la zone euro, où aucune économie ne devrait plus connaître la récession en 2014, Chypre exceptée.
Hasard du calendrier ou pas, le ministre aux compétences élargies va bientôt devoir défendre la stratégie économique française devant un parterre d'investisseurs internationaux de premier plan réunis à Paris - dont de nombreuses banques centrales - pour les convaincre de continuer à acheter de la dette publique française, moyennant un faible taux d'intérêt. Un test qui ne devrait pas l'effrayer outre mesure : Arnaud Montebourg est un excellent tribun, même dans la langue de Shakespeare. 

Réconcilié avec les industriels

Après avoir commencé par braquer les grands patrons, notamment avec sa menace de nationaliser l'aciérie de Florange, Arnaud Montebourg a déjà réussi à les amadouer, notamment avec ses 34 plans pour une nouvelle France industrielle, dont ils ont été faits les chefs de file. 
À son nouveau poste, le ministre de l'Économie ne pourra toutefois sans doute pas leur offrir une baisse importante du coût de l'énergie grâce au gaz de schiste, comme il en rêvait, puisque c'est Ségolène Royal qui aura la haute main sur ce dossier sensible en tant que ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie. 

Héraut de la lutte contre l'euro fort

Connu pour ses coups de gueule contre l'euro fort, Arnaud Montebourg devrait poursuivre sa croisade pour un assouplissement de la politique monétaire de la BCE et de la rigueur budgétaire défendue par l'Allemagne, alors que le spectre de la déflation plane de plus en plus sur la zone euro. "Je crois que nous avons la possibilité de réussir, réussir à réorienter l'Europe, parce que pour le moment c'est l'Europe qui nous réoriente dans un sens austéritaire, dans un sens dogmatique", a-t-il affirmé mardi sur France Inter. "Or nous avons besoin de pragmatisme et de faire évoluer les idées de la Commission (européenne)."
Fin 2011, encore dans l'opposition, il avait été jusqu'à accuser la chancelière Angela Merkel de mener une politique "à la Bismarck" et de "tuer l'euro"... Si son discours est beaucoup plus policé depuis qu'il est ministre, Arnaud Montebourg n'en devrait pas moins pousser pour une discussion musclée avec l'Allemagne sur la politique monétaire. Ce qui pourrait annoncer de belles passes d'armes avec le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble.

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