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vendredi 30 août 2013

Arnaud Montebourg : agent (pas si) provocateur

M le magazine du Monde - 30.08.2013 - Article de Vanessa Schneider


Arnaud Montebourg le 26 juillet 2013, à Bercy.

Et le voilà qui s'emballe à nouveau. "Bruxelles ? Des connards !", lâche Arnaud Montebourg à son voisin de table en conclusion d'une longue diatribe contre l'Europe. Son conseiller diplomatique s'étrangle, l'interprète peine à suivre le flot des paroles. Mais le ministre, tout feu tout flamme, est lancé et tout y passe, à commencer par "le bilan de Barroso !", le président de la Commission européenne, sa bête noire du moment, qu'il avait accusé, en juin, de servir de "carburant" au Front national, provoquant une polémique, une de plus. L'impétuosité est un trait de caractère difficile à dompter, même si le ministre du redressement productif s'y emploie depuis quelque temps, comme il l'a démontré lors de sa rentrée à la fête de la Rose, à Frangy-en-Bresse, le 18 août, où il a joué au bon élève du gouvernement. A La Rochelle, lors de l'université d'été du parti, le ministre a même été quasi muet, refusant le jeu du off et des petites phrases. Laissant à Manuel Valls, en guerre contre la garde des Sceaux, le rôle d'élève turbulent. Rien à voir avec le Montebourg 2012, qui occupait tout l'espace.

Ce soir de la fin juillet, le ministre est à Padoue, en Italie, à l'invitation de son homologue Flavio Zanonato, qui a réuni pour lui une vingtaine de chefs d'entreprise à dîner. Pendant la journée, les deux hommes, qui s'appliquent à construire un axe en faveur d'un protectionnisme européen, ont visité plusieurs usines et martelé un message commun : "Remettre l'industrie au premier plan." Dans ce restaurant du corso Milano, Montebourg se transforme en VRP de la France, exhibe son portable à la coque tricolore, dégaine de son portefeuille des cartes de visite qu'il distribue à tour de bras. Les patrons sont ravis. Plus encore quand ils l'entendent fanfaronner : "Mittal, je lui en ai mis une ; depuis, il fait moins le malin."Pressé de questions sur les gaz de schiste, le bouillonnant ministre se fait soudain plus prudent : "Le président a refermé le débat, je ne vais pas contre l'avis du président", explique celui qui avait provoqué un énième couac quelques jours plus tôt en prônant une "exploitation écologiste" des gaz. Interrogé par Le Monde, François Hollande apprécie : "Un rodage a eu lieu, mais il connaît les limites. Il défend un certain nombre de positions mais, quand une décision est prise, il la respecte."


S'il s'autorise de gros écarts de langage, Arnaud Montebourg s'applique donc à ne pas franchir la ligne rouge. En novembre 2012, après avoir été désavoué par le premier ministre Jean-Marc Ayrault sur la question de la nationalisation provisoire de Florange, il avait remis sa démission au chef de l'Etat, qui l'avait convaincu de la reprendre. Depuis, il s'attache à rester sur la crête, prônant une orientation "moins gestionnaire, plus audacieuse" tout en restant solidaire de la politique menée, convaincu qu'il est plus utile au gouvernement qu'à l'extérieur. "Sarkozy a ruiné la France, martèle-t-il.La situation est intenable, nous avons le devoir de réparer tout ça."

Le 13 septembre, devant 2 000 chefs d'entreprise, il sera aux côtés de François Hollande pour la présentation de 34 plans industriels, "comme à la grande époque de Pompidou et de Mitterrand". Il faut le voir parler de ce qu'il appelle pompeusement le "colbertisme participatif", ces projets construits avec de grosses entreprises et des subsides de l'Etat, le TGV du futur, la voiture sans conducteur, le ballon dirigeable utilisé comme moyen de surveillance ou pour le transport de fret. Un coup dehors, un coup dedans, trublion politique et ministre passionné par sa tâche. "Il est beaucoup plus complexe qu'il en a l'air", dit de lui son ami Thierry Mandon, député socialiste de l'Essonne. L'ancien gamin de Saône-et-Loire, issu d'une famille "arabo-morvandelle" - un "alliage improbable" où se côtoient un grand-père ancien militaire algérien du côté de la mère et, du côté paternel, une famille de bouchers-charcutiers dont la devise du magasin, en face de la gare d'Autun, est "La rosette Montebourg, le régal de toujours" -, semble partout à l'aise. Proche des ouvriers dont il se fait le porte-parole, arpentant les usines casque de chantier sur la tête, et qui sait entretenir de bonnes relations avec les grands patrons du CAC 40. "Je ne déteste pas les patrons, je n'aime pas les cons, c'est différent", explique-t-il.

UN HOMME DE SA GÉNÉRATION

Derrière l'image de bonimenteur aux tournures de phrases ampoulées, lointains vestiges de son passé d'avocat, se cache une personnalité atypique dans le monde formaté de la politique. Un ministre important, ancien président du conseil général de Saône-et-Loire, député pendant quinze ans, qui voyage avec une simple brosse à dents et une chemise de rechange pliée dans un vieux cartable en cuir mou et accompagné d'un unique collaborateur, quand d'autres ne se déplacent pas sans une armada de conseillers. Un prétendant à la plus haute fonction qui n'hésite pas à poser en marinière, robot Moulinex "made in France" à la main, quitte à s'attirer moqueries et quolibets. Il en rigole encore, fier de son coup : "C'est formidable, les gens en marinière m'abordent, c'est devenu un jeu sur Twitter ! Armor Lux a augmenté ses ventes de 170 % après cette photo." "Il est plus modeste que les autres, malgré son côté flamboyant", note Malek Boutih, un de ses proches.

Le beau gosse du gouvernement est un homme de sa génération : un mariage, deux enfants, un divorce, une relation avec la journaliste Audrey Pulvar qui a fait les choux gras de la presse people, avec ses joies et ses tourments qu'il garde pour lui. Dans un emploi du temps réglé comme du papier à musique, avec deux déplacements par semaine sur le terrain, sans compter les discussions à Bruxelles qu'il ne rate jamais, il trouve du temps pour se distraire. Le soir, on le voit régulièrement dans les soirées branchées de la capitale, toujours entouré de jolies filles auxquelles il fait danser des rocks endiablés tels qu'ils se pratiquent dans les rallyes entre gens de bonnes familles. Dans un sondage IFOP pour le magazine Elle, 18 % des femmes interrogées voient en lui un "fantasme d'amour de vacances", ce qui le place en tête des politiques les plus sexy. A ses équipes, ce célibataire quinqua lance régulièrement : "Faites l'amour, faites du sport et, le reste du temps, travaillez pour moi !"

Arnaud Montebourg.

Car il y a deux Arnaud Montebourg : le gros bosseur, qui démarre ses journées à 7 heures par une demi-heure de gymnastique avec un coach, potasse ses dossiers dans les moindres détails jusque tard dans la nuit avant de regagner son appartement de fonction à Bercy ; et le déconneur, toujours partant pour une bonne blague ou une vanne scabreuse. A Padoue, en sortant d'une usine d'horlogerie, il ne peut pas s'empêcher d'ironiser sur l'intitulé barbare de son ministère :"Je ne sais pas si je peux le dire, c'est un peu sexuel, mais parfois on m'appelle le ministre du "dressement reproductif" !", et il éclate de rire. Au sein du gouvernement, il a hérité du sobriquet "Love, love", à cause de sa manie de faire des clins d'oeil à toutes les ministres femmes en leur lançant "love, love", en guise de salut. "Il est énorme !", sourit une de ses collègues, qui oscille entre le trouver "marrant" ou un peu "lourdingue""Il faut bien s'amuser un peu", commente le ministre.

"Il a du mal à résister à un bon mot", reconnaît son ami le professeur de droit Thomas Clay, qui le décrit comme un homme "très drôle, pas policé, aimant faire la fête, féru de musique et roi du blind-test". En 2007, il avait mis le PS en émoi en répondant à la question : "Quel est le principal défaut de Ségolène Royal ?" par : "Son compagnon". Il s'agissait bien sûr de François Hollande. Depuis, il tâche de dompter son appétence pour la plaisanterie : "Le plaisir du verbe, il ne faut jamais y succomber. Il faut lutter contre sa part maudite, c'est un travail sur soi." Qui ne réussit pas toujours.

Longtemps, Arnaud Montebourg a été desservi par son image d'histrion et sa verve décalée qui le faisait appeler par certains encore il y a peu "de Montebourg". Aquilino Morelle, le conseiller de François Hollande, l'a véritablement connu fin 2010. "J'avais de lui l'image du provocateur fanfaron, raconte-t-il. Sous Lionel Jospin, avec Manuel Valls, on était de ceux qui essayaient de le ramener à la raison, il voulait alors traduire Jacques Chirac en justice ! Il y a un décalage entre l'image qu'il peut donner et ce qu'il est au fond. C'est quelqu'un qui est lesté par de véritables convictions, il sait ce qu'il veut, il est grave par certains côtés." Morelle a été son directeur de campagne pendant la primaire et est devenu son ami.

Malek Boutih, député socialiste de l'Essonne, a également changé d'avis sur l'homme politique de Saône-et-Loire. "Je le regardais un peu de loin avec son côté précieux, je ne comprenais pas bien qui il était. La primaire a tout changé. Il a eu du courage, de l'inventivité. Il parlait de ce qui était indicible dans le monde politique, de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, de celle du Pas-de-Calais, de Jacques Chirac." Pour Boutih, "Montebourg s'est radicalisé, endurci au fur et à mesure de son parcours. Il va de plus en plus loin dans son combat, au cœur de l'affrontement politique, il est précurseur d'un changement de culture des leaders politiques".

A 50 ans, le ministre du redressement productif a déjà plusieurs vies à son actif. Provincial, enfant de l'école républicaine, fils d'une famille qui se partage entre la droite et la gauche, il arrive à Paris en 1983. "Je ne connaissais personne, se souvient-il. J'étais seul, je travaillais comme un damné." Son diplôme d'avocat en poche, après des études à Sciences Po et une tentative ratée au concours d'entrée de l'ENA, il envoie son CV aux cinq plus grands avocats parisiens. Thierry Lévy l'engage et il entame une courte et brillante carrière au barreau : avocat de Christian Didier, l'assassin de René Bousquet, puis de Christine Villemin, la mère du petit Grégory, défenseur de l'association des contribuables parisiens. En 1992, il devient premier secrétaire de la Conférence des avocats du barreau de Paris. Mais il se lasse : "J'avais fait le tour, je m'ennuyais. J'avais plaidé de belles affaires, j'avais fait déménager Alain Juppé qui occupait un logement de la Mairie de Paris. Il s'en souvient encore d'ailleurs, il ne me dit plus bonjour !"

DÉMONDIALISATION ET "MADE IN FRANCE"

Adhérent du PS depuis 1981, il est contacté par les socialistes de Saône-et-Loire qui voient dans l'avocat en vue un moyen de se débarrasser du député centriste René Beaumont, qui a "des affaires au cul", dixit Montebourg. "Ils sont venus me chercher avec une circonscription ingagnable, où le précédent candidat PS avait fait 17 % en 1993. Au terme d'une campagne incroyable, j'ai inversé le score en obtenant 53 %." Il est élu député le 1er juin 1997, au lendemain de son mariage avec Hortense de Labriffe, ancienne collaboratrice d'Edouard Balladur et de Philippe Douste-Blazy.

Son arrivée au Palais Bourbon ne passe pas inaperçue. Montebourg enchaîne les combats et les médiatise à grands coups d'interventions tonitruantes. Lutte contre les paradis fiscaux avec Vincent Peillon, enquête sur les tribunaux de commerce, pourfendeur de l'immunité du chef de l'Etat, partisan de l'instauration d'une VIe République, il se saisit sans cesse de nouvelles causes dans lesquelles il se jette avec passion. Quitte à déchanter et à déprimer quand elles n'aboutissent pas. "Il prend un sujet, y va à fond. Si ça ne marche pas, il est effondré, découragé, puis il remonte à cheval", constate le député Thierry Mandon. Après avoir imposé au PS l'organisation d'une primaire pour la présidentielle de 2012, Montebourg se présente à la candidature sur le thème de la démondialisation et du "made in France", ses nouveaux dadas.

Dans toutes ces batailles, il veut voir une cohérence : "Dans ma vie, j'ai toujours été en lutte contre le système économique, le système politique. J'ai voulu les réformer, les transformer." Orateur reconnu, Arnaud Montebourg est, en revanche, aux yeux de ses pairs socialistes, un piètre homme d'appareil. En 2003, il fonde avec Vincent Peillon, Julien Dray et Benoît Hamon le NPS (Nouveau Parti socialiste), une alliance qui explose en 2005 lors du congrès du Mans, lorsqu'il refuse la synthèse autour de François Hollande. Il découvre avec stupéfaction que ses anciens amis l'ont dépouillé en quelques jours de son courant. "C'est un homme sincère, habité par ses combats, il n'a pas de cynisme,note Thomas Clay, qui a travaillé pour lui de nombreuses années. C'est un problème, d'ailleurs. Face à de vrais requins, il se fait avoir."

Arnaud Montebourg.

Il tient sa revanche politique et symbolique lors de la primaire socialiste de l'automne 2011, au cours de laquelle il crée la surprise en totalisant 17 % des voix et en arrivant en troisième position derrière François Hollande et Martine Aubry. Il choisit de soutenir le premier. Sans promesse aucune, jure-t-il aujourd'hui. "Pendant la campagne, on m'envoyait dans les usines, mais on ne m'a jamais parlé d'un poste." "Entre le premier et le second tour de la primaire, on était les rois du pétrole, estime Thomas Clay. On aurait pu négocier plusieurs ministères, des circonscriptions avec Hollande, mais Arnaud n'a pas voulu le faire. La VIe République qu'il appelle de ses vœux, ce n'est pas ça, selon lui."

Aujourd'hui, Montebourg a une bonne cote auprès des sympathisants du parti, quelques amis au coeur du pouvoir (Aquilino Morelle à l'Elysée, Christiane Taubira au ministère de la justice), des alliés politiques comme Cécile Duflot et Benoît Hamon, avec lesquels lui et Taubira organisent régulièrement des dîners, mais il ne construit aucune écurie. "Ce n'est pas son fort, les réseaux, admet son ami Thierry Mandon. Comme il fonctionne par enthousiasmes successifs et qu'il n'a pas de cap constant, il est difficile pour lui de structurer quelque chose." "S'il n'a pas organisé de courant, ce n'est pas parce qu'il est velléitaire, nuance Aquilino Morelle. C'est parce qu'il n'y croit pas. Il ne croit qu'au rapport direct avec les Français, il pense que la politique a changé." "Il hésite en permanence sur l'utilisation de son poids politique,considère pour sa part Malek Boutih. Il ne veut être ni un Chevènement ni un Mélenchon, il ne veut pas être à la marge, mais se placer au centre du jeu."

GOÛT DU "COUP MÉDIATIQUE"

Incapable d'organiser ses soutiens, Montebourg n'en est pas moins un redoutable animal politique, doté d'un sens aigu des rapports de force. Il sait que ses 17 % à la primaire font de lui une figure à part au sein du gouvernement. A l'abri des micros, il lui arrive de clamer, bravache : "Je suis invirable !" "Il n'y a d'immunité pour personne, recadre François Hollande. Il y a une ligne gouvernementale, mais il n'est pas question d'autoriser qui que ce soit à s'en distraire ou à s'en dégager. S'il est au gouvernement, c'est parce qu'il peut être utile par son tempérament et par son travail, mais il connaît la règle, qui n'est pas une règle de discipline, seulement une règle de cohérence." Pourtant, dans les faits, le chef de l'Etat ménage son tempétueux ministre comme on prend soin d'un enfant turbulent. Il sollicite régulièrement son avis et communique avec lui par textos. "S'il avait appelé à voter Aubry, on aurait une présidente aujourd'hui, et François Hollande le sait, analyse Malek Boutih. A ce titre, il est protégé et, s'il ne pèse pas sur les décisions en tant que telles, il empêche une fuite en avant dans la logique gestionnaire." Même le député de Paris Jean-Marie Le Guen, pourtant partisan de la ligne économique suivie par l'exécutif, salue sa "volonté de sortir des chemins rebattus et de l'orthodoxie socialiste avec sa bataille pour un patriotisme républicain. Il incarne une gauche de réponses, une gauche active, pas une gauche de protestation et pleurnicharde à la Mélenchon. On lui pardonne beaucoup parce qu'il est nécessaire".

Manuel Valls, le ministre le plus populaire du gouvernement, ne tarit pas d'éloges à son sujet. Le 8 mai, les deux collègues se sont fendus d'une petite balade à pied sur les Champs-Elysées, puis d'un pot en terrasse sous les objectifs des caméras. Jean-Marc Ayrault, qui entretient des relations compliquées avec lui depuis qu'ils se sont affrontés à plusieurs reprises pour la présidence du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, n'ose pas le sanctionner. S'il critique le goût du "coup médiatique" permanent de son tumultueux ministre, il n'a pas bronché lorsque ce dernier lui a lancé, selon Valérie Astruc et Elsa Freyssenet, auteures de Florange, la tragédie de la gauche (Plon) : "Tu fais chier la terre entière avec ton aéroport de Notre-Dame-des-Landes, tu gères la France comme le conseil municipal de Nantes." "Ce sont des propos privés, je ne les commente pas, esquive Montebourg. Ayrault n'aurait jamais dû avouer que je lui avais dit ça, je l'ai engueulé d'ailleurs." Pour calmer le jeu, il affirme : "C'est mon taulier, on s'entend bien, même si l'on n'est pas d'accord sur tout. Je suis l'un des rares ministres du gouvernement à le faire rire." Sur Pierre Moscovici, le ministre de l'économie et des finances avec lequel il est régulièrement en conflit, il se montre plus dur : "Il y a deux patrons à Bercy. On a reconstitué un ministère de l'industrie. Il ne faut pas laisser l'économie à la direction du Trésor, il faudra qu'il s'y fasse." En écho, Pierre Moscovici lui renvoie un glacial : "Il n'y a qu'un seul chef à Bercy, c'est moi."

Certains ministres s'agacent de la liberté de ton d'Arnaud Montebourg, estiment qu'on lui passe tout, quand d'autres (Delphine Batho) sont virés sans ménagement pour moins que ça. Montebourg fait mine de s'énerver dans une de ces fausses colères dont il a le secret. "Je n'ai jamais revendiqué de statut particulier, je n'ai jamais manqué ni failli à la solidarité gouvernementale. Dire le contraire est un mythe." "C'est vrai qu'il fait des moulinets, mais il s'écrase ensuite comme sur les gaz de schiste", abonde un ministre proche de François Hollande.

Quelle est donc la marge de manœuvre du ministre ? En temps de crise, n'est-il pas condamné à faire la chronique des plans sociaux et des fermetures d'usine ? "Nous sommes en récession, je m'attendais aux difficultés", assure-t-il. Il sort alors un bout de papier blanc de sa poche avec des chiffres inscrits dessus pour démontrer que 15 % des emplois industriels sont aujourd'hui détruits : "Un chiffre stable, on fait du bon boulot." Pas question pour lui de porter seul le chapeau des mauvaises nouvelles. Et il s'énerve à nouveau, véritablement cette fois : "Florange, ce n'est pas de ma faute, j'avais une solution. Ce n'est pas moi qui suis allé sur une camionnette à Florange, et c'est Aubry qui a parlé de Petroplus, je gère les promesses de la primaire !" Autre cible, les médias qui "ne travaillent pas et ne parlent que de deux ou trois dossiers" : "On a sauvé 989 emplois à General Motors Strasbourg, 600 à Rio Tinto, et ça ne fait pas les journaux télévisés." Il espère que son travail sera reconnu, a prévu d'aller prochainement donner des conférences à Harvard et au MIT, aux Etats-Unis, pour expliquer ce qu'est le "redressement productif". En septembre, il sortira un livre consacré à la bataille du "made in France".

Les mauvaises langues disent de lui qu'il reste au gouvernement parce qu'il n'a plus de mandats. Il a passé la main au conseil général de Saône-et-Loire et il ne s'est pas représenté aux dernières législatives. "J'en ai marre des élections,répond-il, je ne me représenterai pas. Après le ministère, j'arrête la politique, en tout cas comme une carrière." Il dit avoir"plein de projets" pour une nouvelle vie. Et jure que seule une nouvelle primaire pourrait le faire revenir. "La présidentielle est la seule élection à laquelle j'envisage de me représenter un jour." "J'ai échoué la première fois, ça ne veut pas dire que j'échouerai la seconde", a-t-il confié à une journaliste du New York Times chargée de faire son portrait. "Vous avez vu, ce n'est pas n'importe qui, elle a reçu le prix Pulitzer, quand même !", fait-il remarquer. Crâneur.



Journaliste au Monde

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