Google+ Montebourg 06: Arnaud Montebourg lance un projet ambitieux et volontariste : relocaliser les entreprises en France

samedi 12 janvier 2013

Arnaud Montebourg lance un projet ambitieux et volontariste : relocaliser les entreprises en France

Interview donnée au journal Les Echos le 10 janvier 2013 :

Arnaud Montebourg  :« Nous voulons faire revenir des entreprises françaises en France »

Par EMMANUEL GRASLAND | 10/01 | 20:39 | mis à jour le 10/01 | 21:44
Une

Le gouvernement veut convaincre 300 entreprises de relocaliser en France. La politique du président Obama constitue le modèle à suivre.

La faillite de Virgin montre que l'industrie n'est pas la seule concernée par les restructurations. Faut-il aussi appeler à une mobilisation générale pour les services ?
La distribution subit elle aussi un choc de rentabilité car la montée du e-commerce amène à un changement de modèle. Certaines entreprises ont su résister car elles proposent un service de terrain personnalisé, d'autres ont tardé ou n'ont pas su le faire, comme Virgin. Le gouvernement ne peut que presser les dirigeants des entreprises de distribution d'innover, d'investir et de faire évoluer leur offre. Mais il n'y a aucune opposition entre l'industrie et le commerce : nous intervenons partout où cela est nécessaire. Nous avons suivi et traité 247 dossiers depuis mon arrivée. Nous avons préservé 30.356 emplois mais, hélas, en avons perdu 6.848. Les salariés savent qu'il faut parfois accepter des sacrifices, mais notre objectif est de sauver quand c'est possible l'outil de production et les technologies.
Depuis huit mois, vous avez souvent endossé le rôle de pompier. Est-ce suffisant pour faire une politique industrielle ?
Mon rôle ne peut se limiter au traitement des urgences, même si cela est un devoir. Nous préparons au ministère l'entrée de notre pays dans la révolution industrielle en cours en soutenant, finançant les innovations, les nouveaux produits, les nouveaux emplois, les nouvelles usines du 21e siècle. C'est la mission de renaissance industrielle que m'ont confiée le président de la République et le Premier ministre. Les Américains relocalisent leurs activités, l'Asie investit des milliards dans les nouvelles technologies, l'Europe et la France se réveillent. Le Pacte de compétitivité est le premier point d'appui d'application immédiate en 2013 et qui atteindra 20 milliards d'euros d'aides aux entreprises en 2014. Ce crédit d'impôt compétitivité (CICE) sera aussi simple, lisible et populaire que le crédit d'impôt recherche car il permettra aux entreprises de financer leurs innovations et leurs prises de risques.

Les milieux économiques expriment parfois plus de scepticisme : ces 20 milliards suivent à peu près autant de prélèvements supplémentaires sur les mêmes entreprises...
Erreur, car ce ne sont pas les mêmes ! Les grandes entreprises très profitables et mondialisées contribuent davantage après une grosse décennie de baisse d'impôt, mais les PME bénéficient de la bouffée d'oxygène de nos mesures. Nous avons procédé à une redistribution importante vers le tissu productif créateur d'emplois. Travaillons désormais avec tous les acteurs de l'entreprise à réussir cette réindustrialisation.
Comment comptez-vous convaincre les entreprises d'investir davantage en France ?
La France est d'ores et déjà la destination numéro un des implantations industrielles en Europe. Nous avons deux siècles de tradition depuis l'américain Haviland en 1832 jusqu'à Toyota en 1998 et Amazon en 2012. Mais, nous allons également engager un programme de relocalisation des entreprises françaises en France. La politique du président Obama en faveur du « reshoring » a un succès éclatant. Son programme a aidé les plus grandes sociétés américaines à calculer le meilleur endroit -l'Amérique -pour produire en fonction de la nouvelle donne mondiale : le coût des énergies, le prix du foncier, le coût du travail, qui a augmenté dans les pays émergents, le prix des transports et de la logistique qui monte. Les résultats sont spectaculaires. En un an, les Etats-Unis ont relocalisé 50.000 emplois.

Et concrètement pour la France ?
Nous créons un programme semblable de relocalisation que nous allons confier à une Agence. L'Agence française des investissements internationaux (Afii) va offrir gratuitement aux entreprises qui le souhaitent un nouveau service en leur permettant de calculer les avantages de tous ordres à relocaliser des activités. Par ailleurs, nous allons examiner toutes les demandes, au cas par cas, de blocage administratif ou réglementaire qui ralentirait ou gênerait tel ou tel investissement. Il y a un vrai mouvement naissant patriotique en France, à la fois des consommateurs et des producteurs. La marinière est devenue le symbole de l'engagement de chaque citoyen quelle que soit sa place dans la société, en faveur du made in France. D'ailleurs, en deux ans, le made in America s'est répandu comme une traînée de poudre aux Etats-Unis et a provoqué des changements sensibles de comportement.

Quels résultats attendez-vous ?
Une trentaine d'entreprises ont déjà relocalisé une activité de production depuis deux ans. Comme par exemple le fabricant de jouet Smoby. L'entreprise a été rachetée par des industriels allemands qui ont décidé de quitter la Roumanie et la Chine pour revenir dans le Jura. Ils ont créé 400 emplois. Les opticiens Atol ont fait de même et leur slogan est désormais « avec Atoll, le redressement productif est en vue » ! Aujourd'hui, l'Agence française des investissements internationaux (Afii) a identifié une cible de 300 entreprises que nous souhaitons convaincre de relocaliser.

Quelles sont les secteurs les plus susceptibles de relocaliser selon vous ?
Le financement d'une relocalisation est beaucoup plus envisageable dans les filières françaises qui sont fortes et performantes comme l'aéronautique, la pharmacie ou le numérique. Ce sera plus difficile dans les secteurs en difficulté.
Ce discours va à contre-courant d'un climat de défiance vis-à-vis de la France...
Ecoutez, nous sommes dans un véritable état de mobilisation générale. Notre ministère, c'est le ministère de la réindustrialisation, par tous les moyens et notamment par l'hospitalité industrielle.
Vous invitez les entreprises à revenir, mais votre discours sur ArcelorMittal n'est pas très sécurisant...
Mes propos sur cette société dont je rappelle qu'elle a acquis l'acier français par une OPA hostile et par l'endettement n'avaient rien à voir avec la nationalité de son propriétaire. Mr Mittal n'a pas respecté ses engagements. Il fallait le dire. C'est ce que j'ai dénoncé.
Aux Etats-Unis, le mouvement se fait grâce à la chute du prix de l'énergie et un temps de travail qui n'est pas le même qu'ici...
La question des 35 heures est derrière nous et n'intéresse pas les partenaires sociaux qui préfèrent se consacrer au marché du travail. Nous avons une durée effective du travail plus longue qu'en Allemagne ou qu'au Danemark dont les résultats sont pourtant meilleurs. Quant à l'énergie, le président a donné son accord à la recherche technologique d'autres méthodes d'extraction du gaz de schiste que la fracturation hydraulique.
Une révolution industrielle pour inventer une usine du XXIe siècle ultra-compétitive 

Quelle va être votre stratégie pour remobiliser l'industrie française ? Nous souhaitons mener, filière par filière, une révolution industrielle, afin d'inventer l'usine du XXIe siècle. Cette usine sera robotisée, numérisée, efficace sur le plan énergétique, ayant recours aux technologies 3D, et donc ultra-compétitive. Pour cela, nous créons dans la BPI un fonds de 150 millions d'euros pour l'innovation de rupture afin d'aider les entreprises qui prennent des risques, qui font des paris technologiques pour faire émerger les champions de demain. Et pour les filières ? Nous allons organiser les filières nucléaire, chimique, robotique ou la santé tout au long du premier trimestre. Il s'agit de partager des objectifs et de prendre des engagements réciproques. C'est le « donnant-donnant » entre les grands industriels et l'Etat. Les premiers s'engagent à travailler ensemble sur la mutation de la filière, l'investissement, l'emploi. En contrepartie, l'Etat agira sur un certain nombre de leviers, comme une évolution réglementaire ou un redéploiement de moyens. Le ferroviaire sera la première filière traitée. Qu'allez-vous faire dans ce domaine ? Nous allons chercher à donner de la visibilité aux commandes de TGV afin de sécuriser une filière très fragmentée. Nous allons aussi mettre en place un institut de recherche technologique pour le train du futur et créer un fonds de 40 millions d'euros avec le FSI et des industriels afin d'identifier et de financer les entreprises du secteur à haut potentiel technologique.

Propos recueillis par David Barroux, Dominique Seux et Emmanuel Grasland
Par EMMANUEL GRASLAND




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