Google+ Montebourg 06: janvier 2012

mercredi 18 janvier 2012

Montebourg lance son mouvement de résistance

Article 20mn du 17.01.12 :

«La rose et le Réséda», c’est le nom d’un poème d’Aragon mais aussi, depuis ce mardi, celui du mouvement lancé par Arnaud Montebourg. Le poème appelait à la Résistance, au-delà des clivages religieux et politiques. Le député de Saône-et-Loire, lui, place nettement son mouvement à gauche, «pleinement dans la campagne derrière François Hollande».

«C'est un mouvement qui va mettre dans le débat public toutes les propositions que nous avons portées pendant la primaire», a expliqué sur Europe 1 le troisième homme des primaires socialistes. «Je suis présent aux côtés de François Hollande et nous sommes en communication de confiance parfaite», a insisté «Monsieur 17%». «Le PS a son projet que j'ai approuvé, néanmoins, il est temps de faire avancer les idées», a expliqué celui qui a popularisé le concept de démondialisation, qui prône notamment la mise hors-la-loi des agences de notation.

«Il suffit d'interdire aux agents économiques français de faire usage des agences de notation et les priver de chiffre d'affaires, cela serait déjà un grand progrès», a-t-il expliqué. Il faut que «l'évaluation de la dette publique ne passe que par une Cour des comptes européenne, une agence publique et non plus par des fonctions privées cupides et charlatanesques», a développé le député. «Ce ne sont pas des experts, ce sont des gens qui gagnent d'abord de l'argent», a encore insisté l’ex-candidat aux primaires.

M.P. avec Reuters

Arnaud Montebourg invité d'Europe 1 le 17.01.12


Montebourg : des agences "cupides... par Europe1fr

Arnaud Montebourg lance son mouvement "La Rose et le réséda"

Article publié dans le Monde le 17.01.12 :


Un parti à lui, mais "aux côtés de François Hollande". Arnaud Montebourg, le troisième homme de la primaire socialiste, a annoncé, mardi 17 janvier, le lancement d'un mouvement, La Rose et le réséda, nom inspiré d'un poème d'Aragon, qui s'engagera "pleinement" derrière le candidat socialiste François Hollande. Il l'avait déjà évoqué le 12 janvier au Monde.

"C'est un mouvement qui va mettre dans le débat public toutes les propositions que nous avons portées pendant la primaire", a expliqué le député de Saône-et-Loire sur Europe 1. Ce sera un mouvement "qui s'engage pleinement dans la campagne derrière François Hollande", a-t-il ajouté. "Je suis présent aux côtés de François Hollande et nous sommes en communication de confiance parfaite", a insisté le député de Saône-et-Loire.
"Le PS a son projet que j'ai approuvé, néanmoins, il est temps de faire avancer les idées", a dit le chantre de la démondialisation, qui prône notamment la mise hors-la-loi des agences de notation qui sont, selon lui, "des charlatans".

dimanche 15 janvier 2012

"Triple A" - Communiqué d'Arnaud Montebourg

A vouloir faire la politique des marchés financiers plutôt qu’avoir eu le courage de les combattre, c’est la France et les Français qui paient très cher cette politique irresponsable qui conduit notre pays à l’abaissement.
Un surendettement historique avec 612 milliards de dettes supplémentaires en 5 ans, une dette entre les mains de créanciers étrangers à 65%, 3 plans de rigueur dangereux et récessifs pour amadouer inutilement les marchés, la France ne peut que constater l’incompétence et l’irresponsabilité de ses dirigeants actuels, qui nous conduisent à la soumission économique et financière et à la perte progressive de souveraineté.
Le chemin du redressement que nous empruntons avec François Hollande passera par la mise au pas de la finance par des mesures très draconiennes contre le système financier et les banques, elle passera également par le désendettement du pays et l’assainissement des comptes publics en mettant fin aux innombrables cadeaux fiscaux aux plus fortunés qui ont conduit au surendettement de la République.
Ce chemin du redressement sera guidé par l’esprit de justice, il épargnera les classes moyennes et populaires des efforts excessifs auxquels elles viennent d’être soumises pendant ces dernières années. Depuis la crise, les plans de sauvetage et de renflouement sont pour les banques, les plans d’austérité et de rigueur sont toujours pour la population. Le moment est venu d’inverser nos priorités : la rigueur et la remise en ordre devront être désormais pour les banques, les marchés financiers, les comportements spéculatifs, les évadés fiscaux, les paradis fiscaux, et les agences de notation.
Arnaud Montebourg

Une victoire lente mais certaine de la démondialisation

Tribune d'Arnaud Montebourg parue dans La Tribune du jeudi 12 janvier 2012 :
La difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles mais d’échapper aux idées anciennes », écrivait Keynes en 1936, alors qu’une génération nouvelle d’intellectuels, d’économistes et de politiques réussissaient à imposer des solutions inédites pour sortir du libéralisme qui avait mené à la Grande Dépression. Nous vivons le même genre d’aveuglement quatre-vingts années plus tard : soumission stupide de la politique aux marchés, conception anachronique de la Banque centrale, qui pourrait régler sans douleur le problème de la dette mais refuse par dogmatisme de le faire, multiplication moutonnière et dangereuse des plans d’austérité. Comment échapper aux idées anciennes qui nous détruisent?
Nous sommes habitués en France à ce que toute idée neuve comme la démondialisation subisse le même chemin de croix. Elle est d’abord caricaturée, piétinée… Puis les vieilles certitudes se fissurent et les conservateurs passent soudain avec armes et bagages dans l’autre camp. Ainsi Bruno Le Maire, Christian Estrosi, Laurent Wauquiez viennent de se rallier à leur tour à un protectionnisme « moderne », ajoutant leurs voix à celle de François Bayrou qui a fait du « made in France » le thème de sa campagne, et rejoignant à bride abattue le « patriotisme industriel » de François Hollande.
À droite comme à gauche, le protectionnisme raisonné est en passe de devenir un objet du consensus national. Il se fonde sur l’idée que le libre-échange sans règle est un échec pour les économies anciennement industrialisées et la politique de l’euro fort un suicide industriel. Le bilan de cette double erreur que l’Europe est la seule à avoir commise dans le monde (conjuguer une monnaie forte non régulée et des frontières totalement ouvertes) est la perte de 750.000 emplois industriels en France en dix ans et la montée des extrémismes. Pendant que nous nous entêtons dans nos erreurs, la démondialisation a commencé partout ailleurs, calmement, sans faire de bruit.
Les présidentes des Républiques du Brésil et de l’Argentine ont annoncé leur volonté commune de protéger le Mercosur (le marché commun sud-américain) de la concurrence déloyale, parce que cela va de soi. Le Brésil taxe déjà les entrées de capitaux sur son territoire et vient de mettre en place une taxe additionnelle de 30 points sur les véhicules dont la production n’est pas à 65 % effectuée sur son territoire ou dans le Mercosur. Tous les constructeurs, notamment européens, viennent d’annoncer des implantations d’usines sur place. La hausse des coûts de transport, qui représentent désormais jusqu’à 25 % ou 30 % des matières premières industrielles, contribue à ce choix. Délais de livraison, risque de retards, nécessité de maintenir des stocks ou qualité douteuse poussent des industriels à relocaliser. Pendant ce temps, les Chinois surtaxent les importations de véhicules, afin d’accélérer les délocalisations à leur profit. Plus généralement, la Chine a décidé de ne plus se contenter d’être l’atelier du monde, le spécialiste des productions à faible valeur ajoutée. Foxconn, géant taïwanais de l’électronique, sous-traitant d’Apple, Nokia ou Sony, cherche à remonter la « chaîne de valeur ». À la fabrication et l’assemblage s’ajoutent désormais le design et la recherche. Le phénomène est plus marqué encore aux États-Unis. Ford, Caterpillar et General Motors ont choisi d’investir désormais sur le sol américain. US Block Windows, fabricant de fenêtres en Plexiglas, a relocalisé sa production aux États-Unis à cause des délais.
En France, ce sont les industriels qui réévaluent les délocalisations contre l’avis des pouvoirs publics : des opticiens Atol, en passant par les skis Rossignol et les jouets Meccano, les relocalisations se multiplient. En Saône-et-Loire, Qooq vient de relocaliser depuis la Chine une unité de fabrication de tablettes tactiles plus créatives et innovantes, plus performantes et moins chères que l’iPad d’Apple fabriquée par Foxconn en Chine.
D’autant que si l’économie se transforme, la société change aussi. Les hommes et les femmes veulent vivre « à l’échelle humaine ». Ils n’acceptent plus la dégradation de l’environnement au nom du productivisme. Pour toutes ces raisons, la mondialisation est un système du passé, un vieux cadavre à la renverse, aurait dit Sartre.
Il reste que l’ordre ancien résiste. Les gardiens heureux de la mondialisation répètent avec la foi du charbonnier « on ne peut rien contre » sans voir que tous les pays du monde, et surtout les plus ouverts ont décidé de recentrer leurs efforts sur leur propre capacité productive et de défendre leur propre responsabilité écologique. Loin d’être un projet de fermeture, la démondialisation est au contraire celui d’une France et d’une Europe qui se réindustrialisent, plutôt qu’un territoire qui consomme les produits fabriqués ailleurs dans n’importe quelles conditions. Un territoire ouvert à toutes les entreprises qui viendront y produire. L’Europe doit protéger ses industries par des mesures protectionnistes et les soutenir par une politique industrielle vigoureuse. Elle a enfin le moyen d’être concrète et utile aux peuples.
Ce patriotisme industriel, c’est le retour de la gauche parmi ceux qu’elle a pour mission de défendre, ouvriers, techniciens, employés, ingénieurs… Défendre le travail et son prix le salaire, la créativité, la protection sociale, le savoir-faire et l’intelligence productive appartient à la tradition de la gauche. Le protectionnisme raisonné doit être son instrument. Il contient un droit à la prospérité pour tous les peuples. En ce sens, la démondialisation est l’internationalisme du nouveau siècle.
À cette démondialisation, Marine Le Pen n’a rien compris. Elle rêve de miradors autour des frontières et accuse tantôt les « esclaves » chinois d’ôter le pain de la bouche des Français, tantôt les immigrés de leur prendre leur travail. Nous, nous imaginons les règles d’un monde plus juste pour tous, au nord comme au sud. Mais qu’elle soit prévenue que : nous ne lui abandonnerons pas les perdants de la mondialisation, nous serons sur sa route avec nos valeurs de protection du travail et des travailleurs qui n’ont que cela pour vivre.

jeudi 12 janvier 2012

Montebourg vs Guaino: la France est-elle encore souveraine ?

Pour L'Express, Henri Guaino, conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, et le socialiste Arnaud Montebourg ont confronté début janvier leurs points de vue sur la souveraineté de la France, la crise de l'Euro et les instruments pour y répondre.

La politique a-t-elle perdu la bataille face aux marchés financiers, à la mondialisation? Henri Guaino et Arnaud Montebourg s'affrontent sur le sujet clef de l'élection présidentielle: au fond, cette dernière est-elle toujours un véritable enjeu?
Etes-vous d'accord pour dire que la France a perdu de sa souveraineté ?

Henri Guaino : Disons que la France, comme beaucoup d'autres pays, a clairement choisi de renoncer à décider toute seule dans certains domaines, je pense en particulier au traité de Maastricht et au partage de sa souveraineté monétaire avec d'autres pays européens. A-t-elle perdu le droit ultime de décider pour elle-même, ce qui est la définition de la souveraineté?
Assurément non. Déléguer l'exercice de la souveraineté, ce n'est pas renoncer à la souveraineté elle-même. Ce qu'elle a décidé de déléguer, elle peut toujours le reprendre. C'est un choix de tous les jours. Il ne faut pas faire de l'exercice partagé de la souveraineté un alibi au renoncement politique. La France a toujours la capacité d'assumer son destin. Seule - mais je suis convaincu que ce serait une impasse - ou avec d'autres. Comme l'a montré l'Histoire, on ne défend jamais sa souveraineté tout seul. On ne gagne pas la guerre de 1914-1918 seul, ni la Seconde Guerre mondiale, et la France est plus souveraine, et non pas moins, en étant membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU.

Arnaud Montebourg: Je distinguerai deux choses. D'une part, le partage politique volontaire, consenti, nécessaire, dans la construction européenne. Nous avons besoin d'un projet européen, bien qu'il faille le réorienter. J'approuve Henri Guaino, nous ne pouvons pas agir seuls face aux périls, qu'ils soient financiers, écologiques, terroristes. D'autre part, je pense que nous avons perdu de notre souveraineté par notre faute, et d'une façon que les peuples n'ont pas approuvée, en laissant le système financier, les banques, les paradis fiscaux, les agences de notation prendre un poids excessif et dangereux. Ce sont les banques qui ont disposé de la liberté de faire n'importe quoi, d'agir sans aucune règle, parce que les politiques, en déréglementant, ont laissé la sphère financière envahir les démocraties et leur dicter ses exigences.
L'aggravation de la situation de la France - de plus en plus prisonnière des marchés financiers - est directement liée au sarkozysme, parce que la dette a été placée entre les mains de créanciers non résidents, étrangers à notre intérêt national. Les banquiers ont pris le pouvoir, y compris à l'Elysée. Je n'en veux pas particulièrement à Henri Guaino, qui fait ce qu'il peut - mais le conseiller le plus influent autour de Nicolas Sarkozy, pour moi, ce n'est pas tout à fait Henri Guaino, c'est Michel Pébereau [NDLR: président de BNP Paribas jusqu'au 1er décembre 2011] qui a toujours obtenu, pour les banques françaises et les intérêts financiers, une protection inadmissible et excessive.
Et lorsque vous savez que ces marchés fonctionnent, pour 60 % des transactions, à la nanoseconde, avec des automates et des robots, lorsqu'on nous dit: "Il faut faire la politique des marchés financiers pour les rassurer, les satisfaire, diminuer pour cela les droits sociaux et les dépenses publiques", c'est comme si l'on disait: "Il faut rassurer des robots financiers!" Moi, les robots financiers, je préfère les débrancher. La finance, voilà notre ennemi, l'ennemi des peuples européens!

H. G.: Je partage pour l'essentiel l'analyse. Mais notre problème n'est pas celui d'une dictature extérieure à nous-mêmes. Il est plutôt d'avoir trop intériorisé des contraintes qui ne sont pas fatales. Un marché financier n'a pas d'idéologie, pas de projet, ce sont des opérateurs qui veulent gagner de l'argent en achetant et en vendant avant les autres. Mieux un marché financier fonctionne, plus il réagit vite à toutes les informations et plus il avance au hasard. Les marchés n'ont pas pris le pouvoir, on le leur a donné en décidant de faire passer par eux toute l'épargne du monde et de confier la définition des règles comptables et la notation des risques à des organismes privés qui ont des intérêts financiers...

A. M.: J'approuve ce réquisitoire!

H. G.: ... et le défi pour les gouvernants n'est pas de reconquérir la souveraineté, mais de l'exercer. La difficulté est strictement politique: il faut unir les dirigeants les plus importants du monde dans un front commun contre la pseudo-dictature des marchés.

A. M.: Je ferai mien ce réquisitoire cinglant dans la plupart de ses attendus. S'il avait été suivi de décisions - et vous êtes au pouvoir depuis bientôt cinq ans - nous n'en serions pas là. Voilà pourquoi nous proposons le démantèlement de ce système sans attendre l'autorisation de Mme Merkel, de M. Monti, de M. Barroso, d'ailleurs tous des amis politiques de la droite française.

H. G.: C'est Pierre Bérégovoy qui, en France, a installé la financiarisation! Pendant trente ans, tous les gouvernements et toutes les majorités, en France et ailleurs, ont suivi cette voie, qui était le corollaire d'une mondialisation sans règles.

A.M.: Alors c'est encore plus grave, car cette faute collective, vous ne l'avez pas corrigée. Que fait le président de la République tous les matins? Il demande à son secrétaire général, Xavier Musca, où en sont les marchés! Je rappelle à M. Guaino que c'est le président de la République qui est responsable d'une hausse de la dette de 612 milliards d'euros en cinq ans. Quand un pays est surendetté, il se met dans la main des marchés. C'est là le legs de M. Sarkozy, quels que soient les discours de M. Guaino. D'ailleurs, M. Guaino est un formidable fabricant de discours, mais les discours de M. Sarkozy n'ont rien à voir avec ses actes.

H. G.: Merci de cet hommage malicieux...

A. M: C'est toutefois un hommage.

H. G.: ... non dénué d'une bonne dose de mauvaise foi : Nicolas Sarkozy est le premier en Europe et dans le monde à avoir lancé la lutte pour la moralisation du capitalisme financier.

A. M.: Pas une loi n'a été votée ! Aucune décision n'a été prise, rien, hélas!

H. G.: Mais croyez-vous vraiment que la France peut changer la mondialisation toute seule ? Elle se bat sans répit, en Europe et au G 20 pour changer les règles et elle a donné l'exemple. Aucun gouvernement n'a autant exigé des banques depuis un demi-siècle. Nous avons été les premiers à prendre des mesures sur les paradis fiscaux, les bonus, sur les ventes à découvert, à faire une taxe sur les bilans bancaires. Nous avons organisé la médiation du crédit et nous ferons la taxation des transactions financières. Dans le contexte actuel, la solution est de ne plus faire passer tous les flux financiers par les marchés. On a commencé avec le FSI [Fonds stratégique d'investissement], le grand emprunt, Oséo...
On ne peut pas corriger du jour au lendemain trente ans de dérives. En attendant, quelle que soit l'aversion que l'on a pour ce système, on ne peut pas l'ignorer, sauf à devenir une cible pour la spéculation, ce que tous les Français paieraient cher. Quant à la dette publique, oui, elle a augmenté, comme dans tous les autres pays, parce que les Etats ont dû se substituer aux banques, qui ne pouvaient plus financer l'économie. Ne pas le faire aurait été criminel. Tout se serait effondré. Les Français auraient perdu leurs emplois et leurs économies.

Dans ce contexte, l'élection présidentielle est-elle encore un véritable enjeu ?

A. M.: Oui! Il faut arrêter de nous dire qu'il n'y a qu'une seule politique possible, comme le fait M. Sarkozy. C'est une expression très prétentieuse et j'approuve François Hollande quand il dit que nous ne sommes pas condamnés à appliquer un programme décidé ailleurs ou dicté par les marchés financiers. Aujourd'hui, la France est dans la main des marchés financiers parce que le système est de conception libérale. Mais aucune décision n'a été prise pour corriger cette situation.

H. G.: Pendant vingt ans, je me suis battu contre la pensée unique. Nous sortons d'une époque pendant laquelle l'impuissance de la politique était considérée comme une fatalité. Cette idée est destructrice de la liberté de l'homme, elle met chaque citoyen, chaque peuple à la merci de tous les déterminismes. Qu'a-t-on à leur opposer sinon la volonté collective, c'est-à-dire la politique?
Trop de politique est dangereux pour la liberté, pas assez l'est tout autant. Trouver l'équilibre, voilà le défi le plus fondamental de ce début de siècle. C'est la gravité de la crise qui nous l'impose, et considérer qu'elle n'est qu'un prétexte, c'est se condamner à ne rien comprendre à ce qui nous arrive. Mais comment alors reconstruire la politique?

L'Europe et/ou le couple franco-allemand sont-ils un moyen de retrouver de la souveraineté?

A. M: Si la construction européenne n'est pas la solution à nos problèmes, mais en devient la cause, les peuples briseront l'Union
européenne en choisissant des gouvernements extrémistes, nationalistes et destructeurs de celle-ci. Et la confrontation entre Etats reprendra. Une Union européenne à 27, impuissante, passoire dans la mondialisation, est un échec retentissant. Tous les pays du monde se protègent. Il y a eu 1 243 mesures de restriction commerciale entre 2008 et 2011. Sur ce total, l'Europe n'en a pris qu'une cinquantaine. Nous nous brisons nous-mêmes les jambes dans la compétition mondiale.
Le couple franco-allemand peut être un secours à la condition que le compromis entre la France et l'Allemagne soit équilibré. Ce fut une constante historique, ce n'est plus le cas actuellement : l'Allemagne obtient tout et la France rien, à part, de temps en temps, la possibilité de protéger ses banques, ce qui n'a aucun intérêt pour elle.
L'euro est en réalité un euromark, la frontière de l'Union européenne n'est pas maîtrisée, le système financier, toujours pas régulé. Nous n'avons rien obtenu et nous sommes assis sur le porte-bagages de la droite allemande. Les journaux allemands et anglais dépeignent Nicolas Sarkozy comme le majordome de Mme Merkel.

H. G.: Depuis le milieu des années 1980, l'Europe s'est effectivement lancée dans une entreprise de dépolitisation de l'économie et de la société sans équivalent dans le monde et dans l'Histoire. Il faut absolument retrouver une articulation intelligente entre la puissance publique et l'initiative individuelle. Qui, sinon Nicolas Sarkozy, a saisi les circonstances de la crise, en 2008, durant la présidence française de l'UE, pour que les décisions soient prises dans la seule enceinte vraiment politique de l'Europe qu'est le Conseil des chefs d'Etat et de gouvernement, responsables devant leurs peuples?
A l'inverse, je n'ai trouvé chez M. Hollande, pour l'instant, qu'un vague: "Il faut réorienter l'Europe." C'est bien peu. Que fera-t-il de plus, et comment? Vous dites que l'Europe est une passoire, c'est vrai, pour autant je me méfie du protectionnisme, qui désigne une politique destinée à se protéger contre ses propres défaillances: "Je suis moins productif que l'autre, donc je mets une barrière." En revanche, la protection est légitime dès lors que la concurrence n'est pas loyale. Comment lutter à armes égales avec un pays dont la monnaie est sous-évaluée de 50 %?
Il est vrai que nous ne sommes pas non plus obligés de surévaluer la nôtre indéfiniment. Il faut poser des limites raisonnables à la religion du libre-échange: d'une part, quand il y a manquement à la loyauté de la concurrence; d'autre part, quand pèsent des menaces sur le droit imprescriptible de chaque nation à choisir la société dans laquelle elle souhaite vivre, car tout ne peut pas relever de la logique de la marchandise. Si l'on échoue à poser ces limites raisonnables, nous irons tout droit vers le protectionnisme et une forme de balkanisation du monde. Mais nous risquons de refaire le chemin tragique des années 1930.

A. M.: Nous sommes dans une situation de guerre économique mondiale, où nous avançons sans armure. Les délocalisations continuent, intra-européennes - et elles n'ont fait l'objet d'aucune décision pendant les sommets - et extra-européennes. Nous dire que le protectionnisme, c'est mal, parce que c'est entretenir une faiblesse, relève de l'erreur d'analyse. Il s'agit de défendre notre manière de vivre, notre modèle social, et même nos dépenses militaires, que certains pays n'ont pas à assumer.
Il est nécessaire de retrouver le niveau d'industrialisation qui fut le nôtre dans les années 1970. Nous avons tant perdu en vingt ans - et notre responsabilité est partagée. De ce point de vue, je suis plutôt sur votre ligne. Il faut donc des stratégies de relocalisation, une vision de ce que sera la troisième révolution industrielle, l'alliance entre les infrastructures de télécommunication et le nouveau système énergétique, les technologies d'Internet et les énergies renouvelables que peut produire chaque maison, entreprise, exploitation agricole.
Cette stratégie suppose des investissements considérables, nous avons besoin d'y consacrer toutes nos marges de manoeuvre plutôt que de les affecter au remboursement de la dette. C'est pourquoi il faut monétiser celle-ci, comme le font toutes les banques centrales du monde. La France sera obligée d'imposer ce choix à l'Allemagne si celle-ci veut garder l'euro. Ensuite se pose la question de la monnaie. L'euro fort est un suicide industriel pour notre pays, pour l'Europe. On ne peut pas avoir un euro fort et des frontières passoires. La discussion avec l'ensemble de nos partenaires européens exige un moment de vérité.

H. G.: Mais que croyez-vous? Que le président de la République ne défend pas les intérêts de la France? Qu'il est sourd, aveugle, qu'il manque de courage pour dire la vérité à nos partenaires? Ce n'est pas sérieux! Mais voyez-vous, il n'est pas seul autour de la table et personne ne peut imposer quoi que ce soit aux autres. Il faut discuter, il faut négocier, il faut trouver des compromis. A moins que François Hollande n'ait l'intention d'annoncer aux Allemands: "Si je suis élu, ou bien la BCE fera la politique que je veux, ou bien la France sortira de l'euro!" Mais alors qu'il le dise!

A. M.: Sur ces deux sujets - protectionnisme et monnaie forte - le président est revenu bredouille de chaque sommet, il ne les a même pas évoqués.

H. G.: Depuis trois ans, tous les sommets européens n'ont qu'un but: faire face à la crise. Et ce sont les initiatives françaises qui, à chaque fois, ont permis d'éviter que l'Europe éclate.

A. M.: La coalition dogmatique des droites allemande et française est dénoncée partout dans le reste de l'Europe, dans les populations comme chez les dirigeants qui subissent les plans de rigueur. La déclaration commune du SPD allemand et du PS français porte une autre politique, d'autres projets et une autre stratégie que celle imposée par Mme Merkel et ratifiée passivement par Nicolas Sarkozy.

H. G.: En Espagne, c'était la droite? En Grèce, c'était la droite? En Angleterre, c'était la droite? L'Acte unique, Maastricht, c'était la droite? Remplacez la droite allemande par la gauche allemande et vous ne changerez pas la démographie allemande, la compétitivité allemande, le rapport de l'Allemagne à la monnaie... Il ne suffit pas de dire "la gauche arrive" pour que le monde change, pour que les autres changent. Le prétendre, c'est mentir aux Français.

Source : article publié dans l'Express, édition du 11.10.2012, propos recueillis par Corinne Lhaïk et Eric Mandonnet.

lundi 9 janvier 2012

David Nakache invité du café-démocratie du 4 janvier 2012

Interview réalisée après le café-démocratie du 4 janvier 2012 sur la démondialisation, occasion de remercier à nouveau l'association des "Amis de la démocratie" et l'ensemble des participants à ce débat riche et passionné...



L'association "Les amis de la démocratie" organise un café-démocratie les premiers mercredi de chaque mois, à 18h30, à la Brasserie Felix Faure à Nice.

http://cafedemo.free.fr/

Venez y participer !

samedi 7 janvier 2012

Revue des blogs

En ce début d'année, quelques bonnes adresses web pour se refaire une santé militante, se désintoxiquer face à la pollution UMP qui empoisonne les grands médias, s'informer, penser, participer... (et pardon à tous ceux que je n'ai pas cités).

Blog de l'excellentissime Romain Pigenel : subtil, souvent drôle et toujours pertinent, de loin le meilleur blog du moment...

Blog de Coralie Delaume, toujours juste et plein de finesse, une véritable analyse politique qui donne à penser et suscite la réflexion.

On ne présente plus Caroline Fourest : son blog reprend ses interventions dans les différents médias où elle s'exprime. Une pensée universaliste et laïque incontournable, un garde fou bien souvent salvateur.

Le blog de Paul Jorion est à l'image de cet inclassable intellectuel, une pensée vivante et rebelle. Jorion, avec Todd, Lordon, Galbraith, Sapir ou Larrouturou est un antidote indispensable face à l'ultra-libéralisme.

Réunion salutaire d'économistes œuvrant pour une alternative économique et pour l'éducation citoyenne. Leur manifeste (consultable gratuitement en ligne) est une véritable bible permettant de déconstruire et de démanteler les arguments de l'ultra-libéralisme, de mettre à jour et de dénoncer les fausses évidences qui servent de postulat aux plans de rigueurs que l'on nous impose actuellement.

Un nouveau site constituant une véritable coopérative médiatique, un site d'information qui a vocation à devenir un nouveau média / réseau social avec une zone gratuite et une zone payante. Possibilité de participer, de réagir et d'y poster des articles... et c'est 100% à Gauche !

Pour ne rien rater de l'actualité politique : un site qui sait choisir les actus à relayer, une source sûre !

Un groupe de réflexion comme on les aime : intelligent, souvent à contre pied de la doxa ambiante mais toujours instructif... l'Assaut, « la force de frappe du socialisme »

Un site local : démosphère Nice, c'est « l'agenda alternatif des Alpes-Maritimes » présentant le calendrier des événements locaux (conférences, débats publics, manifestations, etc). Un incontournable !

Un peu d'auto-promotion pour l'autre site où sévit votre serviteur...