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dimanche 16 décembre 2012

La vérité sort de la bouche des vieillards

Article de Malakine publié sur son blog le 04.01.2009 :


La vérité sort de la bouche des vieillards

DelorsJacques Delors aura été probablement l'homme politique qui aura le plus marqué les décennies 80 et 90, en France et en Europe. Il a été l'artisan du virage de la rigueur en 1983 pour rester dans le SME, puis à partir de 1985 en tant que président de la commission européenne, celui conversion néolibérale en Europe avec l'acte unique puis le traité de Maastricht. D'une certaine manière Delors est le père fondateur de notre système économique fondé sur la concurrence exacerbée supposée être un vecteur de compétitivité et l'ouverture des économies aux quatre vents de la mondialisation.
Plus encore que Mitterrand ou Jospin, il est la référence intellectuelle des dirigeants socialistes d'aujourd'hui, quant il n'a pas été leur mentor. Son avis sur la crise actuelle est donc particulièrement intéressant.
Jacques Delors a donné une longue interview la semaine dernière à la tribune pour les dix ans de l'Euro, sa grande oeuvre. Dans l'ensemble, parfaitement inintéressante, où Delors se présente tel qu'il a toujours été, comme un technocrate sûr de lui et volontiers donneur de leçon, adepte de la “pensée zéro”, plus intéressé par la description du réel ou la technique gouvernementale que par le cap à donner aux politiques publiques. Néanmoins, cette longue et barbante interview contenait une “pépite”, un moment de cruelle vérité, que l'on pourrait considérer être une maladresse d'un vieillard plus vraiment habitué aux interviews, mais qui est en réalité très révélatrice de ce qu'a été l'idéologie dominante de la classe dirigeante de ces trois dernières décennies.
Interrogé sur la baisse du niveau de niveau de vie dans les pays développés, Jacques Delors commence par une analyse factuelle désormais assez communément acceptée.
Deux facteurs ont joué. Le premier: la mondialisation exerce une pression sur les revenus et le niveau de vie des pays riches. Pour réagir contre cela, le crédit a été développé - la consommation, l'endettement-, c'est la voie choisie notamment par les Etats-Unis.
Il en développe ensuite un second lié aux dynamiques générationnelles, mais pour refaire aussitôt du premier l'élément explicatif principal.
La mondialisation a pesé sur tout cela. Il ne faut pas chercher d'autre facteur. Si vous regardez la hiérarchie des revenus, vous constaterez que dans la tranche (le décile) la plus élevée, seule une partie a vu ses revenus croître très nettement.
Delors pose donc deux données importantes : La baisse du niveau de vie et une croissance qui ne bénéficie qu'à une toute petite fraction de la société. Et il impute sans ambiguïté ces deux phénomènes à la mondialisation. Face à un constat aussi implacable, on s'attend donc à ce qu'il enchaîne ensuite sur une remise en cause en forme de méa culpa collectif, de ce système pour reconnaître qu’il n’a finalement n'a pas créé les richesses que l'on attendait ou qui a entraîné des effets pervers auxquels on ne pensait pas, qu'il aurait peut-être fallu stimuler la hausse des salaires, endiguer la concurrence mondiale ou avoir une autre politique monétaire ...
Que neni !! Jacques Delors assume tout avec cet extraordinaire aveu :
« Cela dit, je ne veux pas rentrer dans un fleuve de pleurs comme certains. Il faut bien voir qu'il y a un marché mondial et que ceux qui veulent avoir leur place au soleil poussent, donc les classes moyennes souffrent de cela » (1)
Donc, peu importe si l'immense majorité de la population souffre de la mondialisation, si les inégalité explosent et que finalement la mondialisation a conduit à la crise actuelle en favorisant une explosion du crédit destinée à compenser un écrasement des salaires. Ce qui compte surtout, c'est que l'infime minorité des « élus »; ceux qui sont compétitifs dans un marché mondial puisse exprimer tout leur talent et leur potentiel et s'en mettre les les poches !
Mais Jacques Delors se souvient alors qu'il était de gauche, Chrétien de surcroît, Il lui appartient donc de s'apitoyer et exprimer un peu de compassion pour ceux qui souffrent. Cependant pas sur la classe moyenne dont le revenu baisse, ni même les catégories populaires qui voient leurs emplois délocalisés ou les jeunes diplômés contraints de se dévaloriser dans des jobs mal payés et souvent précaires. Non Delors ne veut pas plaindre ceux qui se plaignent. Ils veut avoir une pensée pour ceux qui souffrent en silence : les ruraux loin de tout qui travaillent à temps partiel !
A mon avis, 10 à 15% des Français ont une vie vraiment difficile et, cela vous surprendra beaucoup, une partie est dans les communes rurales. Lorsque vous vivez dans une commune rurale et que vous devez prendre votre voiture pour travailler, cela vous coûterait 200 euros par mois. Quand vous gagnez 600 à 900 euros, voyez ce que cela donne...Ce sont ceux-là qu'on oublie.
Il est vrai qu'il est beaucoup plus commode de choisir soi même ses opprimés et ses pauvres. Bien sûr, pas ceux qui sont directement victimes du système que l'on a mis en place – Celui est juste et ne peut avoir que des conséquences justes – mais plutôt ceux qui sont victimes de la fatalité, de leur mode de vie ou de la société elle même.
delors2Voilà la quintessence de la pensée de gauche de ces trente dernières années ! Une soumission zélée aux dogmes imposés par les classes dominantes et ne profitant qu'à elles seules conjuguée à une compassion stérile à l'endroit d'hyperminorités de toute sorte, que je n'aurais pas ici le courage de nommer pour ne pas heurter la légitime et parfois si chatouilleuse sensibilité de mes chers lecteurs (et lectrices)
Voilà pourquoi les gens de ma génération, ceux qui se sont éveillé à la vie politique à la fin des années 80 ont un problème avec « la gauche »
Voilà pourquoi la gauche d'aujourd'hui doit impérativement exercer son « devoir d'inventaire » et rompre enfin, définitivement et clairement avec la pensée et l'héritage de ses ainés, fussent-ils glorieux et adulés pendant trop longtemps.
Malakine
(1) J'ai inversé les deux phrases pour plus de clarté.
(2) Pour avoir 200 euros d'essence chaque mois rien que pour aller travailler, il faut tout de même choisir de vivre à 100 km de son lieu de travail !

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