Google+ Montebourg 06: Au PS, Montebourg engrange des soutiens

jeudi 6 décembre 2012

Au PS, Montebourg engrange des soutiens

Article de Solenn de Royer et Anne Roven publié le 06.12.12 dans Le Figaro

Arnaud Montebourg, mercredi à l'Assemblée nationale.


Les positions du remuant ministre trouvent de l'écho dans la majorité.

Et si Arnaud Montebourg sortait finalement gagnant de l'affaire ArcelorMittal? Et si ses prises de position en faveur d'une nationalisation temporaire du site de Florange, sur fond de bras de fer surjoué avec le grand patron Lakshmi Mittal, contribuaient à rasséréner ceux des socialistes qui commencent à étouffer dans le carcan de la rigueur imposée par François Hollande et Jean-Marc Ayrault?
Moins d'une semaine après s'être fait recadrer par le premier ministre, Arnaud Montebourg se voit massivement soutenu par les sympathisants de gauche, selon un sondage CSA pour BFMTV, paru jeudi. Pas moins de 71 % des sympathisants de gauche souhaitent son maintien au gouvernement. Au total, 48 % de Français souhaitent qu'il reste au gouvernement, 36 % préférant qu'il parte.
«En apparaissant comme une victime du tournant libéral (imposé par François Hollande, NDLR), Montebourg progresse fortement à gauche et engrange des forces considérables, décrypte Jérôme Sainte-Marie, de CSA. Avec ses discours sur le volontarisme économique ou l'attachement aux ouvriers, il représente un patrimoine de gauche. Il réaffirme que ces engagements ne doivent pas être de simples propos de campagne. Alors que l'identité de gauche est en pleine érosion, il joue un rôle de butte témoin. Avec cette affaire, il engrange un capital symbolique fort.» «Pour Montebourg, Mittal est une opération très lucrative», croit aussi un conseiller ministériel.



Mercredi, à l'Assemblée, le ministre en difficulté a été ovationné sur les bancs de la gauche. Tout comme la sénatrice PS Marie-Noëlle Lienemann l'avait été à l'université d'été du PS à La Rochelle, en août, quand elle avait évoqué la «renationalisation de Florange». «Ce dossier illustre un clivage majeur entre notre base sociale et militante et l'establishment incarné par Jean-Marc Ayrault, qui a construit son identité sur une gauche réaliste, analyse la sénatrice de l'aile gauche du PS, qui se dit persuadée qu'«à la base du parti les gens suivaient Montebourg quand il proposait une nationalisation de Florange».

«Employer les grands moyens»

Après le retrait d'ArcelorMittal du projet européen Ulcos, dernier espoir de redémarrage d'un des deux hauts-fourneaux de Florange, Lienemann estime que le gouvernement n'a plus d'autre choix que de donner in fine raison à Montebourg. «Le dossier Mittal est rouvert, il faut remettre dans le débat la question de la nationalisation transitoire, juge, lui aussi, le leader de l'aile gauche, Emmanuel Maurel. Face à la violence de la crise, tous les socialistes savent qu'il faut en venir à des solutions radicales. Face à des patrons voyous, il faut employer les grands moyens.» «Entre favoriser une nationalisation transitoire ou se laisser berner par un groupe mondial au vu et au su de 65 millions de Français, moi, j'ai choisi», lance un conseiller ministériel.
Arnaud Montebourg a été sonné par cette saga. Mais il n'est pas isolé pour autant. Sa collègue de la Culture, Aurélie Filippetti, l'a ouvertement soutenu, critiquant les méthodes du groupe Mittal mercredi. Pour le porte-parole du groupe PS à l'Assemblée, Thierry Mandon, de nombreux parlementaires - bien au-delà de l'aile gauche du parti - soutenaient l'option défendue par le ministre du Redressement productif dans le dossier Mittal. «Montebourg a posé la question de la nationalisation temporaire comme outil et la plupart des députés PS lui en sont reconnaissants», croit, lui aussi, le député d'Indre-et-Loire Laurent Baumel. Mais pour ces deux élus, le soutien apporté au ministre par une partie des socialistes ne traduit pas pour autant une ligne de fracture idéologique entre «deux gauches». «Il n'y a pas deux lignes structurées mais deux appréciations pragmatiques d'une situation», veut croire Mandon. En revanche, poursuit le député de l'Essonne, «certains, à l'aile gauche du PS, se sont saisis de cette proposition pour lui donner plus de contenu idéologique qu'elle n'en a réellement».
Montebourg engrange aussi sur la forme. Dans les coulisses du gouvernement et du Parlement, beaucoup se disent «choqués» par le traitement infligé par Ayrault à Montebourg. «Je suis déçu», concède tout de go un ministre qui regrette que ce dossier n'ait pas été «mieux géré humainement». «On parle beaucoup de Mittal et de Pétroplus, mais il y a aussi des tas de restructurations qui, heureusement, ne sont pas médiatisées. Mon souci, c'est le maintien de l'emploi. Et sur ces dossiers, Montebourg me donne de bons coups de main», ajoute ce membre du gouvernement, élu de terrain comme beaucoup de ses collègues. «Le premier ministre ne peut pas désavouer, humilier comme cela un ministre, râle un autre conseiller. Ce n'est pas en tapant que Jean-Marc Ayrault va coucher les poids lourds du gouvernement. S'il pense qu'il gagnera en légitimité en se montrant autoritaire, il se trompe.»



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