Google+ Montebourg 06: Le billet d'humeur de Thrasybule : Hé cocotte, tu connais la dernière ?

jeudi 8 novembre 2012

Le billet d'humeur de Thrasybule : Hé cocotte, tu connais la dernière ?

Le billet d'humeur de Thrasybule : Hé Cocotte, tu connais la dernière ?

C'est l'histoire du fermier qui pour augmenter la productivité de son poulailler dans la compétition mondiale fait appel aux conseils désintéressés, forcément désintéressés, du renard (dont l'expertise poulaillistique auto-proclamée n'est plus à démontrer). C'est l'édifiante histoire que nous conte Mediapart en révélant que le « rapport de Louis Gallois a été écrit avec l'aide d'un militant de l'UMP » (1). La conclusion du renard est sans appel : « Les poules sont trop couvées (c'est un comble) et le poulailler, trop réglementé, trop verrouillé. Il faut flexibiliser tout ça mon coco. »

Et oui encore une fois le "coût" du travail serait trop élevé. Par coût, entendez la juste contribution à l'éducation, la santé, aux infrastructures et à la sécurité des poules, en somme la juste contribution à la dignité du travail et au modèle social qui permet aux poules françaises d'être parmi les plus productives au monde.

Jean-Marc Ayrault nous annonce « Un coût du travail abaissé de 20 milliards ». En effet, le « Premier ministre a annoncé un allègement de 20 milliards du coût du travail sur trois ans sur les salaires compris entre 1 et 2,5 fois le SMIC sous forme de crédit d'impôt » aux entreprises. En effet aujourd’hui c’est bel et bien les TPE, les PME et tout le tissu économique intermédiaire qu’il faut défendre car à part les sociétés du CAC40, la situation des entreprises française est critique. On pourrait d’ailleurs croire avec ces déclarations que les idées et propositions de Arnaud Montebourg ont fait leur chemin. Mais ces crédits d'impôt seraient aujourd'hui octroyés aux entreprises sans compensations claires et ce contrairement au principe du « donnant-donnant » cher au ministre du redressement productif. Sans ce principe, ces cadeaux fiscaux risquent au final d'être aussi chers, beaux et utiles qu'une éolienne sans pales.


Car avant de faire à nouveau bénéficier les entreprises de crédits d'impôts rappelons qu’en France en 2011, l'imposition des sociétés était respectivement de 28 % et de 22 % pour les TPE et PME, mais seulement de 8% pour les grandes sociétés !!!! Entre l'optimisation fiscale et les niches fiscales dont ces sociétés bénéficient le manque à gagner pour le trésor serait de 67 milliards d'euros. Si on rajoute à ça l'estimation que l'évasion fiscale des sociétés est de 88 milliards d'euros, on croit rêver (2). Une rentrée de 150 milliards d'euros serait la fin de nos soucis comptables...

Autre bonne nouvelle du jour, on apprend que la BNP, première banque française, a plus que doublé son bénéfice en atteignant aujourd’hui 1,3 milliard d’euros. (3). Pourquoi là aussi ne pas taxer un peu les activités non délocalisables, d'autant que la France représente le premier marché de la BNP ? Comme disait Coluche, « Ils vont être contents les pauvres de savoir qu'ils habitent un pays riche ».

Enfin, les gaz de schiste sont revenus dans la bouche de Jean-Michel Aphatie, toujours prompt à porter la bonne parole majoritaire aux ignares ou déviants mentaux (4). L'exploitation des gaz de schiste avancée comme solution d'avenir ? Pourtant, l'expérience américaine si souvent citée en exemple devrait nous inciter à réfléchir avant de se lancer dans une course éphémère à l'énergie fossile suivant la sacro-sainte formule « accroître nos profits, le reste on s'en fout ».

Premièrement parce que ça ne serait que reporter le problème. La question des énergies renouvelables et propres se posera toujours lorsque les réserves seront épuisées. Ensuite si on se base sur les données existantes (5), l'exploitation de ces gaz par les méthodes actuelles détruirait nos réserves d'eau potables en contaminant irrémédiablement les nappes aquifères et phréatiques. Ajouter à notre dépendance énergétique, une autre, plus cruciale encore, à l'eau potable ???!!??!!?

J'imagine bien que l'exercice du pouvoir est difficile et délicat et que François Hollande et tout le gouvernement doivent avancer tels des funambules au dessous d'un gouffre énorme. J'ai envie de croire que ces mesures ne sont qu'une habile manoeuvre du gouvernement pour endormir les marchés avant de les dompter. Mais je crains qu’elles ne soient pour l’heure trop bénignes et ne reportent d'autant plus la nécessaire réforme en profondeur de notre système fiscal. A quand par exemple la fusion de la CSG et de l'impôt sur le revenu et une vraie progressivité (6) ? Car pour mener à bien le programme de retour de l'état, de justice sociale et fiscale sur lequel François Hollande s’est fait élire, il faut rompre avec la doxa libérale. Un échec serait dramatique. Et je dois dire que en tant que poule, j'en caquète de trouille...

Thrasybule


2. Commission du Sénat sur l'évasion fiscale, juillet 2012. http://www.senat.fr/notice-rapport/2011/r11-673-1-notice.html

1 commentaire:

  1. Un billet décapant et argumenté, merci Thrasybule ! Quelques points tout de même :

    - Précision : même si l'on aurait préféré voir le "donnant-donnant" érigé en règle pour les aides aux entreprises, le crédit d'impôt de 20 milliards n'est pas sans contrepartie. Jean-Marc Ayrault a déclaré que : "Les comités d’entreprises devront être régulièrement informés de l’utilisation du crédit d’impôt » et qu'« un comité de suivi du pacte associant l’Etat et les partenaires sociaux sera mis en place pour dresser à intervalles réguliers un constat partagé sur le bon fonctionnement de ce dispositif ». Enfin, « ce crédit d'impôt constitue un plan pour l'investissement et pour l'emploi en France. Il ne sera pas accordé à des entreprises qui délocalisent leurs emplois ».

    - Désaccord : Arnaud Montebourg préconise la réouverture du dossier du gaz de schiste. Il ne s'agit pas d'autoriser l'extraction du gaz par fracturation hydraulique qui provoque des dégâts considérable sur l'environnement, mais de permettre à la recherche de trouver des modes d'extraction non polluant. Si une nouvelle technique d'extraction est trouvée, il ne s'agit pas de bâtir le développement économique à long terme de la France sur une énergie fossile mais de profiter d'une énergie à bas coût durant une période de transition le temps que les énergies renouvelables puissent prendre le relais et de garantir ainsi l'indépendance énergétique de la France...

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