Google+ Montebourg 06: Ne Mélenchon pas tout !

jeudi 18 août 2011

Ne Mélenchon pas tout !

Article publié initialement le 01.11.10 sur le blog http://www.nicemassena.org/

La « révolution citoyenne » :
Le texte de Jean-Luc Mélenchon est un texte court et percutant, exprimant parfaitement une pensée radicale qui, même si elle n’emporte pas toujours l’adhésion, donne toujours à penser.
Sur la forme, le style est volontairement provocateur, régulièrement populiste et revendiqué comme tel. La dénonciation permanente, même accompagnée de propositions concrètes et d’un optimisme sur-joué finit par fatiguer. Haranguer le lecteur solitaire comme s’il s’agissait d’une foule en délire est une technique sensée forcer l’enthousiasme. Je vous avoue qu’elle m’a plutôt  lassé. L’écœurement constant de Mélenchon pour les profiteurs du système, les rois de la finance et les suppôts du sarkozysme, même s’il est sincère, est tellement redondant qu’il en devient soporifique.
Sur le fond, c’est une autre histoire. Et mon sentiment est au final assez partagé : on ne peut que souscrire à la « révolution citoyenne » proposée par l’auteur mais l’on ne peut pour autant accepter tous ses excès.
La refondation républicaine avec pour seuls objectifs la réaffirmation de la volonté populaire et la défense de l’intérêt général ne peut que séduire. Le rejet du présidentialisme, la dénonciation du démantèlement systématisé de l’école et de la marchandisation de l’éducation nationale ou la critique de l’asservissement médiatique ne peuvent que convaincre. De même, les propositions de l’auteur sur le salaire maximum (que dans une même entreprise le salaire le plus haut ne soit pas supérieur à 20 fois le salaire le plus bas) et le revenu maximum (20 fois le SMIC de base, soit 350 000 € annuels ou 30 000 € par mois, le restant étant redistribué), sa volonté de taxer le capital autant que le travail ou l’abolition des stock-options sont des idées très intéressantes.
L’un des autres points forts du texte, est la prise de conscience écologique de son auteur. Alors que Mélenchon parlait très peu ou pas du tout d’écologie, il rattrape ici son retard idéologique et reconnaît dans l’écologie politique et la préservation de l’écosystème dont dépend la vie humaine la pierre de touche de l’intérêt général : dénonciation du capitalisme vert, apologie des circuits courts et de la relocalisation, proposition d’une planification écologique s’opposant à la planification libérale, sortie du libre échange et sortie du nucléaire.
Manichéisme et chauvinisme :
Pour autant, la révolution mélenchonienne a les défauts de toute pensée radicale : le manichéisme et l’excès, particulièrement visibles ici en matière de politique étrangère. Outre une vision angélique des nouveaux régimes sud américains, c’est dans la critique de l’Union Européenne que Mélenchon perd tout discernement.
De la critique légitime de l’Europe libérale (dogme de « la concurrence libre et non faussée »,  privatisation contrainte de l’électricité en France sur les ordres de la Commission, etc.) et anti-démocratique (ratification du traité de Lisbonne en passant outre les votes négatifs aux référendums sur la constitution européenne, institutions volontairement opaques pour empêcher tout contrôle citoyen, etc.) Jean-Luc Mélenchon aboutie à une mise au placard expéditive du fédéralisme. Il critique, en pesant ses mots et en dépit de tout anachronisme, le « totalitarisme » européen !
Mais, pire que l’excès, il sombre dans la contradiction. Chantre de la démocratie, il dénonce pourtant les votes successifs de parlementaires européens « serviles ». Mais enfin, les eurodéputés n’ont-ils pas  été élus démocratiquement ? Quelle démocratie souhaite donc instaurer Mélenchon s’il récuse le vote de représentants élus démocratiquement pour la seule raison que ce vote ne lui convient pas ? Comment seront désignés les représentants du peuple une fois sa « révolution citoyenne » instaurée ? A moins que l’on ne se contente d’une démocratie directe à grand coups de référendums successifs ? Cela ne tient pas. Mélenchon peut critiquer les dysfonctionnements de la Commission au nom de la démocratie, mais il ne peut, dans le même temps, rejeter les votes des membres du Parlement parce qu’ils sont contraire à ses désirs politiques. Et c’est précisément là que le discours mélenchonien manque de courage : proposer une révolution citoyenne sans oser trancher entre démocratie directe et démocratie représentative, critiquer sans cesse la représentation sans jamais affirmer jusqu’au bout un autre modèle.
Et lorsque le manichéisme mélenchonien se teinte de souverainisme, de chauvinisme voir de nationalisme, c’est quasi insupportable. Dénoncer la participation financière de la France au budget européen en expliquant que les Français payent pour les Anglais ; trouver inadmissible qu’un autre pays européen, l’Allemagne, ait plus de voix que la France au Parlement européen ; en arriver à voir un aspect positif dans la possible scission de la Belgique du seul fait que la Wallonie pourrait se rattacher à la France qui agrandirait ainsi son territoire… c’est trop !
Mais ce n’est pas tout ! Surfant sur un anti-américanisme primaire revendiqué, il va jusqu’à proposer une coopération avancée avec la Chine uniquement pour que la France conserve son indépendance  à l’égard des Etats-Unis. Mais, ce faisant, il caricature et les Etats-Unis et la Chine : il oppose à la puissance militaire américaine déployée sur 735 bases à travers 130 pays le fait que la Chine n’ait aucune base militaire à l’étranger. Et Mélenchon de conclure, en une formule ahurissante de naïveté et de bêtise : « La Chine est une puissance pacifique ». N’y croyant pas, j’ai relu deux fois le chapitre. Non, Mélenchon a bien écrit son texte en oubliant juste un mot pourtant essentiel : « Tibet »…
Mélenchonisation :
Une fois dressé ce bref compte-rendu nous en savons un peu plus sur la pensée de Jean-Luc Mélenchon. Que dire maintenant des accusations de « mélenchonisation » ou de populisme que se sont, à tour de rôle, lancé à la figure plusieurs leaders socialistes ? Mélenchon est un homme de gauche. Va-t-on accuser un leader socialiste de « mélenchonisation » dès qu’il défendra une position de gauche ? Jacques Généreux, secrétaire nationale à l’économie du Front de Gauche travaille à la refondation du socialisme dans sa trilogie sur la « dissociété ». Va-t-on accuser de « mélenchonisation » tout leader socialiste qui tentera de définir ou redéfinir le sens du socialisme ?
La vérité est que, outre peut-être le souverainisme, il n’y a pas de différence idéologique majeure entre l'aile gauche du parti socialiste et le parti de gauche. D’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon a-t-il quitté le PS par scission idéologique ou par stratégie politique personnelle, préférant être le leader d’un petit parti plutôt que l’éternel minoritaire d’un grand parti ?
Pour conclure, je pense que, même avec ses carences et ses excès, la parole libérée d’un Mélenchon  fait du bien au pays. Plus nous serons nombreux à critiquer le libéralisme intégral et à réaffirmer la primauté de l’intérêt général, mieux ce sera.  Mais, de grâce, ne Mélenchon pas tout ! Les forces et les faiblesses du discours de Jean-Luc Mélenchon sont les mêmes aujourd’hui à l’extérieur du PS que celles qu’il exprimait déjà à l’intérieur du PS...

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