Google+ Montebourg 06: Stéphane Hessel, Edgar Morin, et la démondialisation

lundi 30 juillet 2012

Stéphane Hessel, Edgar Morin, et la démondialisation

Le petit opuscule Le chemin de l'espérance est paru chez fayard en 2011, pour la somme très abordable de 5 €.

Stéphane Hessel et Edgar Morin y dressent en quelques pages les enjeux de notre temps et appellent à la mobilisation d'un « puissant mouvement citoyen » et d'une « insurrection des consciences », seuls capables d'y faire face ( p.60).1

Le texte est riche et pertinent, les analyses sont puissantes. Le résistant et le philosophe nourrissent ainsi encore un peu plus notre réflexion commune. Plusieurs propositions concrètes sont émises comme la création de « maisons de la fraternité », d'un « service civique de la fraternité », d'un « conseil d’État éthique », d'un « office publique de la consommation », le développement de l'économie « verte », des coopératives, du commerce équitable, etc.

Pour autant, le projet ne se veut pas seulement « programmatique » mais aussi « paradigmatique », prônant un changement de mode d'appréhension du monde et de méthodologie cognitive, pour développer une politique du « Bien vivre » renouant avec l'idéal de la pensée grecque.

Aux totalitarisme du XXème siècle a succédé la tyrannie du capitalisme financier, se développant en parallèle de replis sur soi xénophobes et de fanatismes religieux. « La voie pour une politique du Bien vivre ne peut se développer si l'on entreprend pas juguler la pieuvre du capitalisme financier et la barbarie de la purification nationale » (p. 57)

Se faisant, en analysant les maux de nos sociétés, nos auteurs abordent la question de la démondialisation, en écho, sans les nommer, aux auteurs ayant porter cette idée (Jacques Sapir, Arnaud Montebourg, etc.).

Leur thèse est simple et séduisante : il faut savoir mondialiser le meilleur et démondialiser le pire.

En effet la mondialisation est selon eux ce qui est arrivé à la fois de pire et de meilleur à l'humanité.

De pire, car la mondialisation a donné le départ d'une course effrénée vers des catastrophes en série et la destruction : capitalisme financier sans borne, soumettant peuples et États, prolifération des armes de destruction massive et dégradation de la biosphère.

De meilleur, car la mondialisation nous apporte intersolidarités et fécondités culturelles, elle « nous donne une communauté de destins d'être humains de toutes origines, menacés par des dangers mortels » (p. 12).

Les auteurs proposent donc de démondialiser pour donner toute sa place à l'économie sociale et solidaire, l'agriculture vivrière, les commerces et l'artisanat de proximité.
« Nous devons substituer à l'impératif unilatéral de croissance un impératif complexe, déterminant ce qui doit croître mais aussi ce qui doit décroître » (p. 13).
Ils proposent ainsi un contrôle accru de la finance, la suppression des paradis fiscaux et une taxation des produits importés dont le bas coût résulte de l'exploitation et de la misère des travailleurs (p. 41),

Ils veulent en revanche mondialiser pour opérer « la synthèse du meilleur de toutes les civilisations » et ainsi refouler définitivement la thèse du choc des civilisations.

Cela pourrait ne sembler qu'un point rhétorique, mais c'est précisément cet usage positif du terme de mondialisation qui créer une difficulté.

En effet, développer des intersolidarités et les échanges culturels pour combattre le fanatisme et la xénophobie, porter haut ce qu'il y a de meilleur en l'homme et reconnaître que la nature humaine, notre commune condition d'êtres humains, confère à chacun une égale dignité et des droits identiques, cela porte déjà un nom : l'humanisme.

Proclamer ces droits identiques et les reconnaître à tous (notamment par une Déclaration universelle des droits de l'homme à laquelle Stépane Hessel a contribué), cela porte déjà également un nom : l'universalisme.

Atteindre une telle « symbiose des civilisations » (p. 15) qui ne mette pas en concurrence des modèles civilisationnels mais permette à chaque peuple de vivre en harmonie avec les autres, cela porte encore un nom : le cosmopolitisme.2

Pourquoi diantre nommer tout cela mondialisation, alors que le terme de mondialisation, lui, s'il recouvre bien l'internationalisation des échanges culturels, comprends également et surtout la globalisation économique et marchande, et, au final, la financiarisation de l'économie au détriment de l'emploi, de la qualité de vie et, très précisément, du « Bien vivre » ici recherché.

En voulant adopter une position modérée et rassembleuse dans la polémique suscitée par l'usage du terme de démondialisation, en proposant à la fois de mondialiser et de démondialiser, Stéphane Hessel et Edgar Morin confère un aspect positif à la mondialisation par un appauvrissement langagier.

Il faut, en effet, d'une part démondialiser, et, d'autre part, promouvoir humanisme, universalisme et cosmopolitisme.


1 Ce mouvement citoyen a pris corps grâce au très intéressant collectif Roosevelt 2012 : http://www.roosevelt2012.fr/
2 Notamment chez Kant dans Idée d'une histoire universelle d'un point de vue cosmopolitique (1784)

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