Google+ Montebourg 06: Arnaud Montebourg : « Nous ne devons pas être les naïfs de la mondialisation »

lundi 2 juillet 2012

Arnaud Montebourg : « Nous ne devons pas être les naïfs de la mondialisation »

Article publié dans le Parisien le 02.07.12 (Propos recueillis par Matthieu Croissandeau et Marc Lomazzi ) :

Confronté au risque de multiplication des plans sociaux, le ministre du Redressement productif refuse le fatalisme et dévoile ses plans d’action.


Vous étiez très proche d’Olivier Ferrand. Quelle image garderez-vous de lui ?
Arnaud MontebourgJ’ai été bouleversé d’apprendre la disparition brutale d’Olivier, qui était avant tout un ami. Un homme brillant, à l’intelligence vive, qui avait mis ses idées au service de l’intérêt général. J’ai une pensée chaleureuse pour son épouse et sa fille. Hier, j’ai également perdu un compagnon de route. Ensemble, nous avions mené à bien l’aventure des primaires, qui ont amorcé la victoire des socialistes auxélections présidentielle et législatives. Et qui ont changé la vie politique en France.

Les salariés du groupe PSA à Aulnay-sous-Bois redoutent de voir fermer leur usine. Que pouvez-vous faire ?
Pour l’instant, il n’y a que des rumeurs, des fuites, mais pas d’annonce. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit au président de PSA  pour lui demander, dans l’intérêt même du groupe et dans le respect des salariés, de faire toute la transparence nécessaire et d’utiliser le dialogue social comme arme collective pour affronter les difficultés éventuelles.

Vous demanderez à PSA de vous ouvrir ses comptes ?
PSA est un groupe privé, et l’Etat n’est pas actionnaire, mais les mesures qu’il pourrait prendre touchent l’ensemble de la filière. Le sort de milliers de salariés est en jeu. Je rappelle aussi que les contribuables ont participé sans contrepartie à hauteur de plusieurs milliards au plan de soutien des constructeurs en 2008-2009. Je viens de nommer un expert gouvernemental, spécialiste de l’automobile, qui appuiera l’Etat pour dégager un diagnostic précis et partagé de Peugeot, afin d’envisager des solutions pour l’avenir du groupe et des emplois. Parallèlement, je prépare un plan automobile pour toute la filière que, je soumettrai au Premier ministre et au président de la République.

Diriez-vous, comme Lionel Jospin autrefois, que l’Etat ne peut pas tout ?
Même s’il a été désarmé ces dernières années, l’Etat dispose encore de moyens pour agir. Et ma politique de redressement vise à le réarmer. Quand une entreprise est malade, considérer qu’il ne faudrait rien faire et la laisser mourir est une absurdité. Une entreprise qui s’impose une cure de redressement et accepte certains sacrifices, dans le dialogue avec les organisations syndicales, peut rebondir. Nous faisons ici jour et nuit avec le Comité interministériel de restructuration industrielle (NDLR : CIRI) des sauvetages dans le plus grand silence qui ont conduit des entreprises en difficulté à renaître.

Vous redoutiez pendant la campagne une vague de plans sociaux après les élections. Combien d’emplois sont aujourd’hui menacés en France ?
Une avalanche de plans sociaux est sortie des réfrigérateurs du sarkozysme! La situation d’Air France a été dissimulée pendant des mois, au risque d’ailleurs de l’aggraver. Peugeot, semble-t-il, a opportunément attendu les élections législatives. SFR ou Bouygues évoquent des difficultés qui n’étaient curieusement pas apparues auparavant. Tous les jours, nous avons des sinistres qui apparaissent sur la carte de France. Le document que m’a remis la CGT faisant état de 45 000 emplois menacés directement me paraît en deçà de la réalité : on ne parle jamais des sous-traitants, moins visibles, qui travaillent dans l’orbite de ces entreprises.

A quoi vont servir les vingt-deux commissaires au redressement productif que vous avez nommés ?
Ils accompliront dans les régions, auprès des entreprises de moins de 400 salariés, le même travail que nous faisons tous les jours au ministère pour les plus grosses. Par exemple, convaincre un banquier ou un donneur d’ordre, demander des efforts à l’Etat, aussi, pour aider à recapitaliser, via des fonds spécialisés, ou étaler des créances. Mais surtout, leur rôle sera de traiter les difficultés en amont, le plus tôt possible, pour éviter qu’elles ne s’aggravent.

Comprenez-vous qu’une entreprise rentable puisse fermer un site ?
Si un site est rentable et si un repreneur viable formule une offre au prix du marché, il est choquant pour les Français de voir fermer des sites industriels en bonne santé pour accentuer la rentabilité financière. C’est un sujet qui sera débattu durant la grande conférence sociale (NDLR : les 9 et 10 juillet). Nous souhaitons recueillir la réaction des partenaires sociaux avant de prendre une mesure législative.

Fermer des sites pour être plus rentables, c’est pourtant ce que font la plupart des groupes dans une économie ouverte…
Le modèle libéral et financier a fait des ravages sur notre outil industriel. C’est aussi lui qui a précipité le monde dans la crise la plus effroyable depuis 1929. Tout cela doit changer. C’est pourquoi nous allons, peu à peu, prendre des décisions qui vont faire muter ce modèle vers un modèle entrepreneurial, innovant et patriotique, où l’intérêt industriel de la France sera plus fort que l’intérêt financier de quelques-uns.

Vous allez interdire les licenciements boursiers ?
Aujourd’hui, ils sont déjà sanctionnés par la justice, mais trop tard. Ce que demandent les salariés, c’est que la constatation de l’absence de causes réelles et sérieuses de licenciement permette la suspension des plans sociaux. Ce débat sera posé lors de la conférence sociale.

Les entreprises ont un problème d’accès au crédit. Quand la banque publique d’investissement sera-t-elle créée ?
Le texte sera prêt à la rentrée pour une mise en place en fin d’année. Avec la banque publique d’investissement et les livrets d’épargne industrie, nous réinventerons les circuits courts de financement. Les Français pourront investir dans les PME qu’ils connaissent, celles qui embauchent leurs enfants, leurs voisins.

Comment convaincre les banques privées de participer à ce patriotisme économique ?
Aujourd’hui, les banques ne s’intéressent pas suffisamment à l’économie réelle et préfèrent agir sur les marchés mondialisés. La confusion entre banque de dépôt et banque d’affaires a de nombreux effets pervers. Nous allons réformer cela en séparant, par exemple, les activités de dépôt des activités spéculatives, comme l’ont fait MM. Obama et Cameron.

Vous allez rogner leurs bénéfices…
Il est absurde que des banques affichent des marges insolentes au prix de l’écrasement de notre économie industrielle. En fixant des taux de profit à 15%, on est entré dans l’inconscience et l’indécence. Le financement de l’économie doit reposer sur des règles de patience, sur l’abandon de la cupidité. Après la présidence normale, voici venu le temps de l’économie normale! Celle qui respecte les territoires et les gens qui n’ont que leur travail pour vivre.

Comment jugez-vous les résultats du Conseil européen ?
Des résultats ont été obtenus par le président de la République. La bataille pour la croissance(NDLR : 120 Mds€) a conduit les Européens à commencer à faire évoluer leur conception du libre-échange intégral… je n’ose dire intégriste. Les conclusions du sommet font état de la nécessité de faire émerger l’exigence de réciprocité. C’est une grande avancée, si l’on veut pouvoir agir à armes égales avec nos concurrents dans la compétition économique mondiale.

Le protectionnisme n’est plus un gros mot ?
Nous ne devons pas être les naïfs de la mondialisation. Tous les Etats intelligents dans le monde pratiquent des formes de protectionnisme. Je voudrais que l’Europe fasse de même en se protégeant contre des pratiques déloyales. Europe ouverte, oui, Europe offerte, non !

Mélenchon juge que le coup de pouce au smic permettra juste aux smicards de se payer un Carambar…
C’est un compromis entre deux risques : il fallait revaloriser le pouvoir d’achat, maltraité ces dernières années, sans que les entreprises fragiles soient davantage en difficulté. Le smic ne fait jamais la différence entre les petites, les moyennes et les grosses entreprises. C’est tout le problème.

Le Front de gauche est-il un allié potentiel ou un opposant ?
C’est à eux qu’il faut poser la question. Je regrette qu’ils n’aient pas accepté de participer au gouvernement et d’entrer dans le champ de la responsabilité politique.

Que pensez-vous de l’ouverture du droit d’inventaire à l’UMP ?
La droite, qui a laissé la France dans un état de surendettement insupportable, aurait raison d’ouvrir la boîte noire du sarkozysme, car cela lui permettra de tirer un trait sur cette période, qui restera une triste parenthèse pour notre pays.

Le Parisien

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