Google+ Montebourg 06: Arnaud Montebourg : le "pompier" des plans sociaux

lundi 25 juin 2012

Arnaud Montebourg : le "pompier" des plans sociaux

Article de Caroline Michel publié sur NouvelObs.com le 25.06.12 :

Air France, SFR, Shell… Le ministre du Redressement productif utilise son savoir-faire d'avocat bagarreur pour faire pression sur les patrons de l'industrie.



Amazon en Saône-et-Loire : Arnaud Montebourg était, lundi 25 juin, dans son fief pour confirmer l'ouverture à l'automne du troisième entrepôt français du géant du e-commerce à Sevrais, près de Chalon. Il y emploiera cet hiver jusqu’à 1.000 salariés. Une lueur d’espoir dans un océan de mauvaises nouvelles…
Depuis sa nomination, le ministre du Redressement productif est en effet saturé de messages de détresse sur son iPhone. "Les syndicats se sont refilés mon numéro de portable et m'informent de tous les plans sociaux en cours", explique-t-il. Les services de Bercy lui ont pourtant fourni un BlackBerry, avec un nouvel abonnement. Mais Montebourg a tenu à garder l'ancien, "pour garder le contact avec le terrain. Grâce à cela, nous n'avons pas été pris de court une seule fois quand l'Elysée ou Matignon nous ont signalé un dossier chaud", se félicite le "pompier" de la République, qui ponctue chaque message reçu sur son iPhone d'un :"Il y a le feu, il y a le feu..."

Un bouquet de roses rouges d'Audrey Pulvar

Taille haute, port altier et mise soignée, l'élu, chargé par François Hollande de réindustrialiser la France, paraît immunisé contre le doute. Quelques jours après son intronisation, assis dans le canapé en cuir noir de son prédécesseur Eric Besson, il assurait, bravache, que sa prise de fonctions ne lui avait fait "ni chaud ni froid". Sur la table basse, un énorme bouquet de roses rouges, envoyé par sa compagne, Audrey Pulvar, pour lui souhaiter bonne chance, semblait vouloir contredire cette impassibilité de façade...
Déjà, l'ancien candidat à la primaire socialiste a reconnu qu'il "essuierai[t] des échecs ". Mais c'était pour mieux rejeter la responsabilité du premier sur Charles Doux, fondateur du groupe volailler du même nom (4.000 salariés), qui a refusé, le 1er juin, le plan de sauvetage proposé par Bercy. Arnaud Montebourg a tenté de le convaincre par téléphone de céder ses activités les plus déficitaires, en échange d'un apport de 35 millions d'euros. Mais le patriarche de 75 ans a préféré déposer le bilan plutôt que dépecer son empire (il a déclaré le 24 juin qu'il était prêt à ouvrir le capital de son entreprise, NDLR).

L'incarnation du volontarisme en politique

Démontrer la supériorité du politique courageux sur les égoïsmes individuels, Arnaud Montebourg, fils unique né voilà quarante-neuf ans, y a consacré sa carrière : avocat, il a dénoncé les emplois fictifs à la Mairie de Paris ; parlementaire, il a pourfendu les tribunaux de commerce et les paradis fiscaux. "Arnaud est l'incarnation du volontarisme en politique. Il croit toujours qu'il peut changer le cours des choses", souligne son voisin bourguignon, le maire de Dijon, François Rebsamen.
Parmi les nouveaux ministres, Montebourg est de ceux qui se sont le plus préparés. Ce poste, il en a tellement rêvé ! "Arnaud a commencé à plancher sur les questions industrielles dès 2009, passant tout son temps libre à lire des essais économiques et toute la campagne à visiter des usines" ,raconte son compagnon de route, le juriste Thomas Clay. Avocat de formation (il a raté l'ENA), Montebourg veut, par avance, déminer tout procès en incompétence.
Quand son adversaire de Saône-et-Loire, Arnaud Danjean, dénonce son parti pris pro-syndicats, le député sortant réplique qu'il est aussi "très proche des entrepreneurs". Depuis sa nomination, en tout cas, il a multiplié les rendez-vous avec des patrons, dont Jean-Louis Beffa, Louis Gallois et Louis Schweitzer, appelés à devenir ses "visiteurs du soir".

Un imperceptible changement de style

"Ne promettez rien que vous ne pourriez tenir", fut le premier conseil de Beffa. Arnaud Montebourg est, en effet, réputé pour ses emportements. Qui a oublié sa saillie visant François Hollande, en 2007 : "Le plus gros défaut de Ségolène Royal, c'est son compagnon" ? Même si la polémique consécutive à la condamnation (à un euro symbolique de dommages et intérêts) qui lui a été infligée pour avoir traité les anciens dirigeants de SeaFrance d'"escrocs" est vite retombée, il se sait surveillé par la droite sur ce terrain. Depuis, ses plus anciens collaborateurs ont noté un imperceptible changement de style, un "contrôle" qu'ils ne lui avaient jamais vu. L'intéressé s'en défend : "Je ne suis pas un préposé à la langue de bois. Je trouve très utile de dire les choses comme elles sont."
Déjà, l'élu veut croire que ses premières déclarations - "J'appelle syndicats et patronat à la mobilisation générale", a-t-il lancé le 25 mai avec des accents gaulliens - ont permis à "la magie du politique" d'opérer. Il assure que " le vent a tourné" et que ceux qui s'en mettaient plein les poches ont revêtu "la robe de bure des pénitents". "Vous avez vu ? Il a suffi d'un communiqué de presse dénonçant la prime de 400.000 euros de Pierre-Henri Gourgeon (ex-patron d'Air France, NDLR) pour qu'Henri Proglio (EDF) se dise prêt à baisser son salaire", triomphe l'ancien habitué des prétoires. Comme si Proglio n'avait pas tout simplement voulu sauver son poste...

Une "énergie diabolique" et un "culot insensé"

Aux récalcitrants, Arnaud Montebourg promet une épreuve de force. Méthode qu'il a souvent expérimentée. Lors de la mission parlementaire sur les paradis fiscaux, il avait une stratégie bien rodée avec son compère Vincent Peillon, aujourd'hui ministre de l'Education : une déclaration à la presse, le soufflé médiatique qui monte et des gouvernements étrangers qui ne peuvent plus se dérober... L'ancien député François Colcombet se souvient aussi de "l'énergie diabolique" et du "culot insensé "de son acolyte dans l'enquête sur les tribunaux de commerce. "A Mont-de-Marsan, il a même fait venir les juges entre gendarmes pour qu'ils répondent à ses questions !", raconte Colcombet qui ajoute, admiratif : "Il sait utiliser comme personne l'arsenal juridique pour impressionner ses interlocuteurs."
Tout l'enjeu va être de mesurer l'efficacité économique de cet activisme. La première mesure d'Arnaud Montebourg a été la création d'une "cellule de crise" pour traiter les cas urgents. Elle compte trois spécialistes de l'industrie : Fanny Létier, ex-secrétaire générale du Comité interministériel de Restructuration industrielle (Ciri), Christophe Béjach, cofondateur de la compagnie L'Avion devenue Open Skies, et Nadia Feraoun-Bouzigues, ex-directrice de la stratégie chez Saint- Gobain. Auxquels s'ajoute Boris Vallaud, mari de la porte-parole du gouvernement Najat-Vallaud-Belkacem et fidèle de Montebourg : il est chargé de coordonner les demandes d'aides. "Nous n'avons plus besoin de courir de ministère en ministère pour trouver le bon interlocuteur. Cette centralisation nous fait gagner un temps fou", applaudit Patrick Pierron, secrétaire national CFDT chargé du travail.

22 commissaires au Redressement productif

Cette "équipe commando" est cependant déjà débordée. Appelée au chevet des usines Rio Tinto et Arcelor, mobilisée par les faillites de Lhor et de Technicolor Angers, Fanny Létier, directrice adjointe de cabinet, qui ne dort plus que trois heures par nuit, affiche un teint aussi blanc que sa veste estivale. Des "commissaires au Redressement productif" ont été nommés dans les 22 régions de métropole afin de s’occuper des plans sociaux de moins de 400 salariés.
Sur le terrain, l’équipe du ministère s'est surtout attachée à renouer le dialogue entre syndicats et direction. Après six cents jours de conflit à l'usine d'ensachage de thé Fralib à Gémenos, l'annonce du retour à la table des négociations d'Unilever a soulevé un immense espoir. "Eric Besson nous avait toujours répondu qu'il n'avait aucun pouvoir sur la direction. C'est la première fois que nous voyons une avancée concrète", se réjouit Johnny Groutsche, délégué CGT A la raffinerie Lyondell Basell de Berre, les salariés se félicitent, pareillement, d'avoir trouvé un appui politique. Mais l'expert que les syndicats ont mandaté pour trouver un repreneur, Gilles Ray, ne se fait pas d'illusions : "Tout le métier sait déjà que la raffinerie est à vendre, la publicité faite au dossier par le ministre ne changera rien sur ce point-là. En revanche, il peut utilement mettre la pression sur la direction pour qu'elle ne fasse pas capoter la vente par des arguments fallacieux", estime-t-il.

Les patrons de Shell, SFR, Air France… convoqués à Bercy

Mettre la pression sur les directions : le ministre du Redressement productif y met tout son savoir-faire d'avocat bagarreur. Qu'a-t-il dit aux patrons de Shell, de SFR et d'Air France, convoqués à Bercy dans le plus grand secret ? De simples mots, même habiles ou virulents, suffiront-ils à convaincre Patrick Roméo (Shell France) de reprendre la raffinerie de Petroplus, vendue voilà quatre ans ? A pousser Jean-Bernard Lévy (SFR) à ne pas licencier, malgré la concurrence low cost de Free Mobile ? Ou à obliger Alexandre de Juniac (Air France) à réduire l'ampleur de son plan de suppressions de postes ? Quand on démontre à Arnaud Montebourg, chiffres à l'appui, le handicap de la compagnie tricolore - ses coûts salariaux représentent 30,6% de son chiffre d'affaires, contre 24% pour Lufthansa et 9,6% pour Ryanair -, il rétorque, avec ce ton sans appel dont ses détracteurs font leur miel : "Et alors ?"Avant de préciser : "Je ne nie pas que les entreprises françaises aient un problème de compétitivité, mais les salariés ne sont pas la seule variable d'ajustement."
Les autres leviers à actionner seront plus longs à mettre en place. Le ministre a chargé son directeur de cabinet, Stéphane Israël, énarque et normalien passé par EADS, de concocter un "plan de reconquête industrielle" pour le courant de l'été.
En parallèle, il travaille sur un arsenal législatif pour lutter contre les plans sociaux abusifs et les délocalisations. Montebourg a aussi fait passer à Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, un argumentaire en faveur du protectionnisme européen, afin que la France se trouve des alliés à Bruxelles face à l'Allemagne et au Royaume-Uni. Et il a obtenu du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, le "copilotage" de la future Banque publique d'Investissement, après avoir négocié la tutelle partagée de l'Agence des Participations de l'Etat.

Ne pas agacer ses camarades du gouvernement

Jusqu'à présent, Montebourg a donc emporté tous les arbitrages. Il a même demandé à François Hollande, en plein conseil des ministres, de pouvoir participer au sommet social mi- juillet, ce qui n'allait pas de soi. "Au Parti socialiste, Arnaud a la réputation d'être un individualiste. Il faut qu'il prenne garde à ne pas agacer ses camarades du gouvernement en marchant sur leurs plates-bandes", prévient un cacique du PS.
Celui qui pourrait le plus prendre ombrage de sa surexposition médiatique est son voisin à Bercy, Pierre Moscovici. Les deux anciens ennemis ont travaillé main dans la main pendant la campagne présidentielle. Vendredi 1er juin, "Mosco" a même invité Montebourg à venir le soutenir à Montbéliard. Cette bonne entente entre ceux qui avaient été surnommés les "M & M's" au congrès de Reims tiendra... tant qu'aucun des deux n'aura le sentiment d'être chocolat.

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