Google+ Montebourg 06: Arnaud Montebourg : Mécanisme Européen de Stabilité : Pourquoi je me suis abstenu.

mercredi 22 février 2012

Arnaud Montebourg : Mécanisme Européen de Stabilité : Pourquoi je me suis abstenu.

Hostile aux modalités du Mécanisme Européen de Stabilité , mais favorable au projet d’instauration d’un tel mécanisme, j’ai choisi de m’abstenir. Pourquoi ?

Le MES livré par le Gouvernement au débat parlementaire comporte des clauses parfaitement inacceptables : la conditionnalité de la solidarité ainsi créée à l’austérité perpétuelle et à la ratification du Traité d’austérité imposée par la Chanceliere d’Allemagne, l’ingérence du FMI, et surtout l’absence de transformation du MES en outil de monétisation de la dette par la Banque Centrale Européenne.

Le MES contient également des éléments que nous ne pouvons qu’approuver : son existence même, que nous avons sans cesse réclamée, outil de nature -s’il est bien employé- à briser la spéculation en permettant aux Etats de la zone Euro de racheter avec le MES les dettes publiques attaquées par les marchés ; la possibilité de faire payer les banques, ce pour quoi je milite depuis longtemps (ce sont les « participations privées » prévues dans le MES).

Ainsi, vouloir bâtir une autre Europe, et réorientée, suppose que nous adoptions un MES d’une autre nature. C’est pourquoi j’ai refusé d’adopter ce Traité, dangereux et inspiré par une vision de la crise et de ses solutions comme stupidement « austeritaire ».

Mais je dois aussi, en ma qualité d’ancien candidat à la primaire citoyenne, à François Hollande, le vainqueur désigné de ces primaires, la loyauté et le respect d’une position commune et unitaire, dans la campagne présidentielle. Il est le candidat et lui seul, et il doit pouvoir compter sur la solidarité des autres candidats qui se sont engagés dans le processus innovant de Primaires à appuyer le vainqueur après sa désignation.

Que la gauche vote contre ou s’abstienne n’a de surcroît aucune espèce de conséquence concrète, car la droite est elle-même est parfaitement unie comme dans un bloc pour faire adopter son Traité Merkelien. Le débat entre l’abstention et le vote contre est donc parfaitement inutile et indifférent à l’issue du vote de ratification, puisque la gauche est minoritaire à l’Assemblée Nationale pour -espérons le- quelques semaines seulement.

L’enjeu n’était donc pas de faire basculer la majorité sur ce vote. Il ne s’agit que d’une division recherchée dans la gauche par la droite, inutile et contre-productive dans la période actuelle.

Mais nous dira-t-on : « L »abstention n’empêche-t-elle pas de provoquer la renégociation du Traité d’austérité signé par les droites européennes ? » Non, tout au contraire, car le refus d’approuver ce Traité, tout en souhaitant une solidarité financière entre pays membres de la zone Euro, signe dès aujourd’hui l’absence de majorité au Parlement en cas de victoire de la gauche pour la ratification du traité Merkel-Sarkozy, que la France ne ratifiera donc pas, après l’élection présidentielle du mois de mai. La renégociation vient donc d’être inévitablement inscrite à l’ordre du jour par nos votes.

Le vote contre marquerait certes un refus du MES, tout comme l’abstention marque le même refus, mais il a pour conséquence défavorable de désavouer notre propre souhait que nous avons émis conjointement avec le SPD allemand d’une solidarité financière entre pays de la zone Euro. Il offre en prime au candidat Sarkozy l’argument supplémentaire et inutile de notre division.

Au total, il s’agit d’un vote de confiance en Francois Hollande, et dans le mandat politique qu’il cherche à obtenir des Français pour la renégociation des Traités d’austérité inventés par les droites européennes, et que le refus d’approuver ce MES quelle qu’en soit la forme et l’expression signé quelques semaines avant l’alternance.

Il ne sert à rien de permettre à la droite de se saisir de notre division pour s’exonérer de sa responsabilité historique devant les Français. Nous devons, au contraire, l’interpeller sur les conséquences réelles ou prévisibles de sa politique, qui est le contraire d’une stratégie de sortie de crise.

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