Google+ Montebourg 06: août 2011

mercredi 31 août 2011

Arnaud Montebourg : "Mon projet pour l'école"


Après " Des idées et des rêves " et "Votez pour la démondialisation " (2 euros), Arnaud Montebourg sort en cette rentrée un troisième ouvrage intitulé " Mon projet pour l'école ", disponible gratuitement, par voie numérique.

Vous pouvez le télécharger dès aujourd'hui sur son site de campagne ou en cliquant ici.




Unir les acteurs, changer l’école

Parents, élèves, professeurs, personnels d’encadrement, tous se heurtent au système scolaire tel qu’il est : ses injustices, ses inégalités, sa trop faible capacité à faire réussir nos enfants. Il ne s’agit pas de désigner des coupables et des responsables, mais seulement de dresser le constat suivant : chacun, dans son rôle et là où il est, essaye de faire de son mieux dans le système scolaire tel qu’il est. Pourtant, les résultats ne sont pas au rendez-vous. Si l’on ajoute l’échec scolaire encore massif, la forte reproduction sociale, l’angoisse des parents, l’absence d’espoir de beaucoup d’élèves – notamment dans les quartiers populaires – ou la mélancolie des professeurs, force est de constater que peu de gens tirent leur épingle du jeu. Finalement, tous sont devenus, au fil du temps, les otages d’un système scolaire qui ne remplit plus les attentes légitimes de la société. Bien sûr, il y a derrière ces difficultés une question de moyens, mais il y a aussi une question de système et de philosophie : quel est notre projet de société ? Quelle mission assigne-t-on à notre école ?
Parents que l’on veut dresser contre les professeurs, enseignants que l’on oppose entre eux, élèves de quartiers différents que le système pousse à la confrontation, vous êtes tous reliés par un fil invisible : le besoin de la transformation de l’école. Mon projet pour l’école vous est destiné. La société française a besoin d’un système scolaire plus juste et plus performant, qui donne à chacun accès à la réussite, qui élargit notre élite et qui construit une culture commune à tous. Mon projet pour l’école est frappé au coin de ces ambitions. Il fixe le cap et décrit, en 32 propositions, les moyens d’y parvenir
L’école réinventée est ainsi un élément du nouveau modèle social proposé par Arnaud Montebourg et doit prendre place à côté d’une nouvelle politique pour la jeunesse, d’une autre politique des villes ou d’une reconfiguration de la formation professionnelle ; autant de pierres qu'il faudra assembler dans le même édifice.

L’école est un point commun entre les Français

Tous, nous avons été élèves et portons avec nous nos bons et moins bons souvenirs. Beaucoup sont actuellement des parents ou grands-parents associés de près ou de loin à la scolarité de leurs enfants, des devoirs aux rencontres parents – professeurs. Sans oublier le million de Français qui travaille dans le système scolaire et relève tous les jours les défis si primordiaux de l’éducation de nos enfants, dans les conditions que nous connaissons, ni les entreprises qui ont besoin de futurs salariés compétents, capables de suivre ou anticiper le progrès technique. Bref, de l'ouvrier au cadre supérieur, en passant par l’entrepreneur ou le petit commerçant, tous, sans exception, sont convaincus que les savoirs sont essentiels à l’élévation de l’individu. L’école est ainsi le creuset de notre nation, celui où se bâtit une certaine idée de l'homme-citoyen, où se construit une culture commune, où l’on découvre la différence.

De vrais enjeux

Des questions lourdes sont posées aux futurs dirigeants de la France : comment enseigner ? Quelle pédagogie utiliser ? Faut-il aller vers des classes de niveau ? La concurrence entre établissements est-elle un progrès ? Quel rôle pour les familles ? Le collège unique est-il une bonne chose ? Qu’en est-il du métier d’enseignant à notre époque ? Et combien tout cela coûte-t-il ? La candidature d’Arnaud Montebourg est une candidature de contenu, qui s’attaque aux vrais problèmes de la société. Durant le mois qui vient, on nous trouvera des sujets de diversion, qui médiatiques, qui privés. Nous avons décidé d’affirmer ensemble « pas cette fois-ci ». Cette fois-ci nous parlerons des vrais sujets : de démondialisation, du capitalisme coopératif, de la reprise en main du système bancaire, ou de la construction d’une école juste et performante.

mardi 30 août 2011

Les arguments fallacieux du libre échange

La financiarisation des entreprises-(obtenir 10 à 15% de rendement annuel du capital et accroitre la valeur boursière)-a imposé le plus lourd des oukases qui impose de “considérer” le travail comme un “coût” de la production et non comme une source de valeur ajoutée.
Le travail est, du point de vue comptable, une source économique de la valeur ajoutée tant à l’échelon de chaque entreprise qu’à l’échelon de l’économie d’un pays dans son ensemble.
Cela signifie qu’au regard des comptabilités privées et nationales,le travail n’est qu’une consommation,comme l’achat des matières premières ou des produits semi-finis nécessaire à la production.

Tractage jeudi 1er septembre à 18h !

Troisième tractage du comité de soutien des Alpes-Maritimes à Arnaud Montebourg.

Contre la mondialisation marchande et ses délocalisations, contre la soumission de nos Etats devant la finance et les agences de notation privées !

Pour la mutation écologique de notre économie, le protectionnisme "vert et solidaire", la mise sous tutelle des banques, le capitalisme coopératif et la VIème République !

Rejoignez-nous, il est temps d'agir !

Tractage jeudi 1er septembre à 18 h, à l'angle de la rue Biscarra et de l'avenue Jean Médecin, devant le centre commercial Nice Etoile.

Venez nombreux !

samedi 27 août 2011

Discours d'Arnaud Montebourg à La Rochelle, le 27 août 2011

Discours d'Arnaud Montebourg aux universités d'été du Parti Socialiste, à La Rochelle, le 27 août 2011, lors d'un atelier consacré au thème "Mondes en crises, les scénarios pour en sortir" :

Colloque avec Jean-Pierre Chevènement et Arnaud Montebourg: "L'Europe dans la mondialisation: que faire ?"

COLLOQUE
avec Arnaud Montebourg et Jean-Pierre Chevènement
30 AOUT 2011
101 Rue de l'Université, Paris
Forum de négociation comprenant désormais 27 pays, l’Union européenne fait face à de nombreux défis. L’enjeu de cette rencontre est de faire émerger des pistes concrètes pour permettre d’affronter la crise de l’euro qui se mue en crise de l’Europe.
Permettre à l’Europe de peser sur la marche du monde, de renforcer son autonomie, d’agir, tel est le but des réflexions de ce colloque.

19H00 : « PROTECTIONNISME, EURO & DEMOCRATIE »

Que peut l’Europe dans la mondialisation ? Comment agir ? Comment convaincre nos partenaires d’une réorientation des politiques économiques sur notre continent ? La place de l’Europe dans la mondialisation est au cœur des solutions politiques à apporter. L’urgence d’agir est désormais évidente face à la crise de l’euro.
Avec :
Jacques SAPIR, économiste, auteur de « La Démondialisation », Le Seuil 2011
Emmanuel TODD, démographe
Olivier FERRAND, Président de Terra Nova
Pascal BRUCKNER, philosophe, essayiste

20H30 : Arnaud MONTEBOURG et Jean-Pierre CHEVENEMENT échangeront sur leurs visions respectives de l’avenir de l’Europe.

Loin de confondre internationalisme et supranationalité mais attachés à l’idée européenne et au projet de la voir s’ériger en acteur indépendant face au G2, Arnaud Montebourg et Jean-Pierre Chevènement s’attacheront à définir leur vision de l’Europe, du rôle de la France dans celle-ci et du rapport au monde que peut entretenir notre continent…
Pour assister à ce colloque, envoyer un mail à l'adresse suivante en spécifiant votre nom et prénom:
inscription.colloque30aout@gmail.com

vendredi 26 août 2011

Le comité de soutien 06 à Arnaud Montebourg sur le terrain !

Tractage du 25 août 2011 avenue de la République - place Garibaldi à Nice :






 




La démondialisation, suite logique de l'altermondialisme

Article publié sur Marianne 2 le 23.08.11 :


Inventeur du concept en 1996, Bernard Cassen, secrétaire général de Mémoire des luttes, et président d’honneur d’Attac, explique pourquoi les mots doivent parfois attendre leur heure et pourquoi celle de la démondialisation est venue. Contrairement à ce que prétendent certains dirigeants d'Attac, la démondialisation n'est pas antonique avec l'altermondialisme.


(Dessin Louison)
Face à un phénomène  nouveau,  les mots se bousculent pour le désigner jusqu’à ce que l’un d’entre eux finisse par s’imposer. C’est ce qui est arrivé, en français,  avec le terme « altermondialisme ». Il est entré dans le champ politique en 2001-2002. Il désigne la nébuleuse mondiale d’organisations et de réseaux qui se sont reconnus peu ou prou dans le slogan des Forums sociaux mondiaux, « Un autre monde est possible », repris de l’association Attac (créée en juin 1998) qui l’avait elle-même emprunté au titre d’un article d’Ignacio Ramonet dans Le Monde diplomatique de mai 1998. Il est intimement lié aux moments de haute visibilité  médiatique  qu’ont été les Forums, depuis celui de Porto Alegre de 2001, et les grandes manifestations  contre l’OMC, le FMI, la Banque mondiale, etc., depuis Seattle en décembre 1999.

« Altermondialisme » a succédé à « anti-mondialisme », concrétisant le passage d’une posture de simple refus de la mondialisation libérale à la mise en avant de politiques alternatives. Une façon de démentir le fameux TINA ( There is no alternative) de Margaret Thatcher.

En janvier 2008, la revue Utopie critique et  Mémoire des luttes ont proposé le concept de « post-altermondialisme »  pour désigner les articulations possibles entre mouvements sociaux, partis et gouvernements progressistes sur des objectifs précis, comme la lutte contre le changement climatique. Le Sommet de Cochabamba, convoqué par le président bolivien Evo Morales en 2010, en a constitué un bon exemple. Le post-altermondialisme ne s’oppose pas à l’altermondialisme : il en est seulement un des prolongements possibles.

UN CONCEPT NOUVEAU, ET QUI DÉRANGE
Et voilà qu’un nouveau concept de la même lignée vient de faire irruption  dans le lexique politique  français : celui de « démondialisation ». Il est développé dans au moins trois livres récents : celui de Georges Corm, Le Nouveau Gouvernement du monde (La Découverte, 2010) ; celui de Jacques Sapir, La Démondialisation (Seuil, 2011) ; et celui d’Arnaud Montebourg, Votez pour la démondialisation, préfacé par Emmanuel Todd (Flammarion, 2011). Ces deux derniers auteurs font remonter le concept au Philippin Walden Bello, figure de proue des Forums sociaux mondiaux, dans son livre publié en 2002  Deglobalization : Ideas for a New World Economy. 

En fait, il avait déjà été proposé par l’auteur de ces lignes dans  un article publié en novembre 1996 «
 Et maintenant… démondialiser pour internationaliser », publié dans le n° 32 (novembre 1996) de « Manière de voir », publication bimestrielle du Monde diplomatique. A l’époque, il n’avait pas pris pied dans le débat public. Les mots aussi doivent attendre leur heure… Et celle de la démondialisation semble venue…

Si l’on en doutait, il suffit de voir
 la virulence des réactions que ce concept a suscitées dans des secteurs que l’on attendait (les libéraux de toute obédience), mais aussi dans d’autres que l’on n’attendait pas (certains altermondialistes d’Attac).  La raison est la même dans les deux cas : dans la mesure où Arnaud Montebourg en a fait l’un des mots d’ordre de sa campagne des « primaires » du Parti socialiste en vue de la désignation de son candidat à l’Elysée, le thème de la démondialisation cesse d’être confiné aux débats au sein de la gauche critique pour s’installer dans le panorama électoral national et acquérir ainsi une légitimité et une « respectabilité » politiques dépassant le cercle des convaincus. 

On peut se demander si ce n’est pas la raison pour laquelle, dans une tribune publiée le 6 juin 2011 sur le site Médiapart  et intitulée « Démondialisation et altermondialisme sont deux projets antagoniques », neuf membres du Conseil scientifique d’Attac - en fait les principales figures de la direction de l’association -, ont cru pouvoir affirmer, sur un ton polémique et sentencieux, que la démondialisation était   «
 un concept superficiel et simpliste ». En n’hésitant pas, au passage, à mettre en scène la grosse – et scandaleuse -  ficelle d’une prétendue convergence  avec les thèses du Front national.

Sans jamais les nommer ou les citer, ils s’en prenaient, en les travestissant,  aux thèses de Jacques Sapir, Arnaud Montebourg et Emmanuel Todd. Ce qui leur a valu deux répliques d’un nouvel intervenant dans le débat, Frédéric Lordon : l’une dans son blog du Monde diplomatique, «  Qui a peur de la démondialisation »  ; l’autre dans le numéro d’août 2011 du mensuel : «  La démondialisation et ses ennemis ».

DERRIÈRE UN MOT, UNE ORIENTATION STRATÉGIQUE
Contrairement à ce qu’affirment les dirigeants  d’Attac, altermondialisme et démondialisation ne sont pas des concepts antagoniques, mais appartiennent à la même famille. Dans le premier cas, il s’agit d’un faisceau de revendications et de propositions très diverses (en raison même de l’hétérogénéité des protagonistes) et dont le principal dénominateur commun, tel qu’on peut le reconstituer de l’extérieur, est l’impératif de l’accès universel aux droits. 

La démondialisation, elle, est une
 orientation stratégique visant, par l’action aussi bien politique (élections, institutions et gouvernements) que citoyenne (luttes des mouvements sociaux notamment), à reprendre concrètement à la sphère économique et financière les énormes pouvoirs que l’instance politique lui a délibérément abandonnés, et qui sont à la source de la crise systémique actuelle du capitalisme. Sans cette orientation,  pratiquement aucune des propositions altermondialistes n’a la moindre chance d’aboutir.

L'objectif  de la démondialisation est simple à formuler, mais autrement difficile à atteindre : tendre à ce que le périmètre de la prise de décision démocratique coïncide le plus possible avec celui de la capacité de régulation des flux économiques et financiers. Ce qui pose la question du statut de l’espace national.

LE NATIONAL : UN LEVIER ET PAS UN « REPLI »
Même s’il faut s’efforcer  de se donner des objectifs convergents pour des mobilisations sociales à l’échelle régionale (européenne pour nous) et mondiale, ce périmètre est seulement national pour l’instant. Il  faut en exploiter toutes les potentialités en utilisant les failles  ou  les faiblesses de l’adversaire. Et cela sans se laisser impressionner par la dénonciation de l’ « unilatéralisme », poncif d’une partie de l’extrême-gauche et du mouvement altermondialiste, et qui revient à reporter tout changement de cap en France aux calendes européennes ou mondiales, c’est-à-dire à un futur dont on sait qu’il n’adviendra pas. Après tout, le 29 mai 2005, les citoyens français n’ont pas attendu que les autres le fassent pour voter « non ». 

Toutes les expériences de rupture concrètes de ces dernières années ont montré que ce n’est pas aux niveaux mondial ou régional, mais bien au niveau national, qu’il a été possible de faire bouger les lignes et même de remporter des victoires. Cela,  soit par les actions de gouvernements soutenus par les mouvements sociaux (comme en Amérique latine), soit par la pression sur des Etats de mouvements populaires capables  de mobiliser les populations (comme dans le monde arabe).

Les trois moteurs de la mondialisation libérale – également promus par les traités européens au statut de « libertés fondamentales » - sont la liberté de circulation des capitaux, la liberté des investissements et la le libre-échange des biens et des marchandises. Et cela non seulement au sein de l’UE, mais aussi entre l’UE et le reste du monde. Ce sont donc ces trois moteurs qu’il faut brider et soumettre au contrôle démocratique.

Le néolibéralisme a défini son terrain d’intervention : c’est la planète tout entière, sans frontières d’aucune sorte. La question est de savoir si, pour le combattre, il convient de se placer sur ce même terrain ou s’il faut en choisir d’autres et, au lieu d’une guerre de tranchées au niveau mondial, mener une guerre de mouvement, voire une guérilla aux échelons inférieurs. Tout dépend du rapport de forces.

C’est précisément pour le  verrouiller à leur avantage  que les organisations multilatérales comme la Banque mondiale, le FMI, l’OMC, l’OCDE, ainsi que les institutions européennes, sans oublier les G7, 8 ou 20, ont été créés. Elles savent n’avoir strictement rien à craindre d’une confrontation avec leurs adversaires à ce niveau. Elles peuvent même se payer le luxe de « dialoguer » publiquement avec eux, comme certains de leurs membres l’on fait lors de la téléconférence-débat « Porto Alegre contre Davos » organisée lors du premier Forum social mondial en 2001, et à laquelle participa notamment le méga-spéculateur George Soros en personne.
 

En revanche, les habitués de Davos ne prendront jamais ce risque au niveau « régional », par exemple européen – imagine-t-on un dialogue télévisé entre Carlos Ghosn et le comité d’entreprise européen de Renault ?- et encore moins au niveau national, c’est-à-dire là où des capacités militantes peuvent être réellement mises en mouvement . Les forces du capital ont parfaitement compris qu’une contestation sociale dans un Forum mondial perdait rapidement de sa puissance au fur et à mesure qu’elle d’éloignait de son « épicentre », jusqu’à n’avoir pratiquement plus d’existence lorsqu’elle arrivait au niveau national.
 

A l’inverse, l’expérience nous enseigne que des luttes sociales et politiques  dans un pays donné peuvent avoir un effet de « contagion » dans d’autres,  et ainsi se régionaliser et s’internationaliser. C’est ce que montrent les soulèvements arabes partis de la situation en  Tunisie, et les manifestations de masse contre les inégalités en Israël qui s’inspirent directement de l’expérience des Indignés de la Puerta del Sol, eux-mêmes – et la boucle est bouclée – réplique des occupations de places publiques à Tunis et au Caire…

Le « national » n’est donc en aucune manière un substitut de l’ « international » ou de l’ « européen ». Loin de constituer un « repli », il en est au contraire la condition préalable dans une stratégie du faible au fort. On ne comprend pas que de telles évidences, par ailleurs validées par les faits, échappent à l’entendement des « anti-démondialisation » se réclamant de la gauche critique, en particulier au sein d’une partie de l’altermondialisme.

La démondialisation n’est nullement un concept figé, mais dynamique,  pouvant se traduire par une série de mesures politiques pratiques, telles, entre autres,  celles proposées par les auteurs cités plus haut , et qui ne se réduisent pas à la nécessité d’un protectionnisme européen. Son « carburant » est l’exigence démocratique visant à récupérer la souveraineté populaire dans le périmètre où elle peut s’exercer réellement pour réguler les flux économiques et financiers.
 

En théorie, deux solutions extrêmes sont possibles : ou bien « renationaliser » ces flux, afin qu'ils répondent à une volonté politique nationale exprimée par le suffrage universel - lorsqu'il existe -, ou bien élargir à la totalité de la planète l'espace public démocratique, afin d'exercer un contrôle effectif sur ce qui est déjà mondialisé. On voit bien qu'aucune de ces positions n'est tenable dans son intégralité. D'un côté, en effet, il existe nombre de domaines - ne serait-ce que celui de la lutte contre le changement climatique - qui échappent par nature au bornage des frontières, et, de l'autre, un gouvernement mondial doté de toutes les compétences d'un actuel exécutif national n'est pas envisageable à terme historique prévisible. C'est donc sur l'ensemble des solutions, extrêmes et intermédiaires, qu'il convient, au cas par cas, de jouer.

Ces solutions intermédiaires peuvent prendre deux formes. On peut, à partir des Etats constitués, construire de l'international, c'est-à-dire mettre en commun, graduellement, des fragments de souverainetés nationales sur des questions faisant l'objet d'une délégation librement décidée, limitée, contrôlée - et révocable dans des conditions fixées à l'avance.
 

L'autre terme de l'alternative consiste à faire évoluer les cadres étatiques vers des ensembles de souveraineté populaire plus vastes. Il ne faut cependant pas confondre cette idée avec celle de regroupements régionaux fondés sur le libre-échange et la « concurrence libre et non faussée ». Ce qui fait la différence, c'est l'existence ou non de mécanismes de régulation politique à fondements démocratiques, susceptibles de faire contrepoids au marché.
 

L'Union européenne (UE), qui aurait théoriquement pu entrer dans cette catégorie, est au contraire un agent actif de la mondialisation libérale, une véritable machine à libéraliser. Donc un terrain majeur pour une contre-offensive démondialisatrice.

UN « GRENELLE » DE L’UE POUR FAIRE SAUTER LE VERROU EUROPÉEN
Dans la mesure où les décisions européennes surplombent et encadrent toutes les autres, et que 75 % des textes qui nous régissent ne sont que des transpositions d’actes législatifs décidés par les instances de l’Union, la question européenne se situe en première ligne de toute démarche de démondialisation. Dans la perspective des élections présidentielle et législatives, le citoyen doit savoir quelles marges d’action tel parti ou tel candidat voudront bien se donner pour mettre en œuvre un véritable programme de transformation sociale, donc  incompatible avec le traité de Lisbonne. 

En cas de verrouillage par les institutions européennes, sont-ils oui ou non disposés à prendre des décisions unilatérales de rupture  ou au moins, afin d’imposer une négociation,  à menacer de les prendre à une date proche et annoncée à l’avance ?  Le tollé à attendre de la Commission, de la Cour de justice et de la plupart des dirigeants de l’UE pourrait être rapidement compensé, et au-delà, par le ralliement de nombreux mouvements sociaux d’autres pays, qui feraient à leur tour pression sur leurs gouvernements.
 
Tout ce qui fait de l’UE un agent actif de la mondialisation libérale devrait être mis sur la table : liberté de circulation des capitaux ; libre-échange ; appartenance à la zone euro, plans de « sauvetage » ;  pouvoirs de la Commission et de la Cour de justice de Luxembourg ; statut de la Banque centrale européenne ; dumping social, fiscal et écologique ; primauté de la concurrence, etc. Pour aller, vers une sorte de « Grenelle » (version 1968) au niveau européen.

On objectera, non sans raison, que
 cela ferait entrer l’UE dans une zone de turbulences sans précédent, et dont les débouchés ne sont pas garantis à l’avance. Ce qui, en revanche, est garanti à l’avance en l’absence de correction de trajectoire à 180 degrés de la construction européenne,  c’est l’austérité à perpétuité, l’explosion des inégalités et de la précarité, la dislocation accélérée du tissu social, la poussée de l’extrême-droite et de la xénophobie. 
Les libéraux n’ont aucun état d’âme à ce sujet et ils ont déjà fait leur choix, avec comme seul garde-fou la crainte de troubles sociaux majeurs. Par pusillanimité, par confusion mentale entre nation et nationalisme et par européisme béat,  la majorité de la gauche social-démocrate et une partie de la gauche critique  semblent bien parties pour faire le même,  mais par défaut. Elles libèrent ainsi un vaste espace pour les forces qui refusent de se laisser enfermer dans le piège d’une alternance factice.

(Pour la rédaction de ce texte, j’ai utilisé certains éléments d’interventions, articles et ouvrages antérieurs. En particulier  ma conclusion à « Manière de voir » n° 32, novembre 1996 ) ; une communication au colloque du M’PEP « Que faire de l’Union européenne » du 11 juin 2011 ;  et un article publié dans Politis du 7 juillet 2011.)

Bernard Cassen, secrétaire général de Mémoire des luttes, président d’honneur d’Attac.

mardi 23 août 2011

Michel Onfray votera pour Arnaud Montebourg aux primaires citoyennes, "le seul à se soucier du peuple"


Libération, mardi 23 août 2011, p. 16 (extrait), "Montebourg est le seul à se soucier du peuple"

Recueilli par MATTHIEU ÉCOIFFIER
Dans son périple en monospace qui l'emmènera jusqu'à l'université d'été du PS à La Rochelle, Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste, fait escale aujourd'hui à Argentan (Orne), où il participe à l'Université populaire du goût de Michel Onfray. Explications du philosophe.

"Montebourg chez vous à Argentan, c'est une façon d'afficher votre soutien au candidat de la «démondialisation» ?J'ai rencontré Roland Castro à Paris pour le projet que j'ai de construire un restaurant de réinsertion sociale à l'Université populaire du goût d'Argentan. Je souhaitais lui proposer de dessiner le bâtiment. Nous avons parlé psychanalyse et politique... Au cours de la conversation, j'ai fait savoir que, bien que non socialiste, mais toujours d'une gauche que je souhaiterais unitaire, le candidat le plus à gauche au PS serait celui qui aurait ma préférence. Pour l'heure, il s'agit d'Arnaud Montebourg. Roland Castro m'a dit qu'il s'occupait de sa tournée en France pour la primaire et a pensé qu'une visite à Argentan, à l'Université populaire du goût et à Jardins dans la ville, l'association de réinsertion sociale, serait une bonne idée. J'y ai en effet consenti. Parce que je crois que l'abstention est un piège à cons, je voterai pour lui à la primaire. Mais au premier tour de 2012, je voterai pour le Front de gauche - pas pour Jean-Luc Mélenchon, ni pour le PCF, mais pour leur union.

Montebourg représente-t-il à vos yeux un PS décomplexé, l'occasion de secouer le ronron social démocrate de ses rivaux à la primaire ?Je ne commenterai pas son passé politique, mais son présent, et peut-être son avenir : le PS a tort d'imaginer qu'il pourrait renoncer aux classes populaires et, dans une logique purement clientéliste, viser l'électorat bobo. La récente note de Terra Nova, qui invitait à se détourner de ce qu'on appelait jadis la classe ouvrière, sous prétexte qu'elle n'existerait plus, alors qu'elle a juste changé de forme, fut pour les gens réellement de gauche une invitation à déserter le PS... Négliger le peuple qui fait les frais de la crise, c'est l'envoyer dans les bras protestataires d'une certaine extrême gauche et de Marine Le Pen. Je crois qu'au PS, Arnaud Montebourg est le seul à se soucier de ce peuple oublié.

François Hollande, actuel favori des sondages, a-t-il toujours selon vous «le verbe de gauche et la geste libérale» ? Voyez-vous, à l'instar de Benoît Hamon, Martine Aubry comme plus à gauche ?Je ne vois pas de changements notables dans ce personnel politique qui a fait du PS ce qu'il est, tout à sa religion de l'Europe libérale qui fut celle de François Hollande, tout autant que de Martine Aubry. Je n'oublie pas que Benoît Hamon, qui fut longtemps rocardien, puis cofondateur, avec Montebourg et Vincent Peillon, de l'intéressant Nouveau Parti socialiste, se trouve aujourd'hui dans l'ombre de Martine Aubry, très peu audible comme défenseur de l'aile gauche du PS. Cette gauche-là reste très libérale, trop à mon goût...

Il y a cinq ans vous aviez soutenu le NPA et la gauche a perdu. Au deuxième tour de la présidentielle, soutiendriez-vous le candidat socialiste face à Nicolas Sarkozy ?Vous partez du principe que le second tour opposera Sarkozy et le candidat du PS... C'est faire peu de cas de Marine Le Pen qui peut faire échouer l'un ou l'autre de ces deux candidats, si la gauche pour l'heure susceptible d'être gouvernementale renonce au peuple. Je n'ai jamais voté à droite de ma vie, je ne commencerai pas en votant pour une gauche qui s'allierait avec une droite pour gouverner."


L'Equipe Des Idées et des Rêves,
Avec Arnaud Montebourg

Montebourg : "Faire payer le système financier"

Interview donnée sur Europe 1 le 22 août 2011 :


Montebourg détaille sa "loi de sécurisation de l'économie"

Article publié sur Challenges.fr le 21 août 2011 :


Arnaud Montebourg, candidat à la primaire socialiste, a présenté dimanchele contenu de la première loi qu'il ferait adopter s'il était élu président de la République en 2012, une "loi de sécurisation de l'économie".



"S'il m'est donné d'être Président de la République, la première des lois que je demanderai au Parlement d'adopter en urgence sera une grande loi de sécurisation de l'économie qui réduira la dépendance à l'égard de la finance, réduira la dette et reprendra le contrôle du système financier", a-t-il déclaré lors d'un discours à sa Fête de la Rose à Frangy-en-Bresse, son fief électoral.
Parmi les 12 mesures de cette loi, figurent "la fermeture des filiales des établissements financiers situés dans les paradis fiscaux", l'instauration d'un "salaire maximum, fixé par la loi, pour les traders, courtiers et dirigeants des institutions financières", le "démantèlement des agences de notation", ou encore la "création d'une taxe sur les transactions financières de 0,1%".
"L'effacement d'une partie du surendettement des particuliers" qui sont "victimes des abus du système bancaire" proposant des crédits à la consommation à des taux d'emprunt élevés, ou la "prohibition" de la spéculation, en sont d'autres.
M. Montebourg, qui a dit vouloir s'adresser à "la France des perdants de la mondialisation", leur a assuré que son programme était "concret, réaliste réalisable".
"Je veux lancer un appel aux Français qui m'écoutent: je vous demande un mandat pour les 9 et 16 octobre (dates de la primaire, ndlr) pour me permette de concrétiser, réaliser, instaurer ces mesures de démondialisation financière. Elles seront utiles pour construire ensemble la nouvelle France et le futur nouveau monde".
Il a par ailleurs dénoncé la "fameuse règle d'or qu'on voudrait nous faire voter", redisant qu'il ne "la voterai(t) pas".
"C'est la victoire des marchés là où il faudrait au contraire les faire plier", "c'est la semelle de plomb qui constitutionnalise l'austérité", estimant que "le Premier ministre ne manque pas d'humour en demandant l'unité de la Nation pour tenter de nous entraîner dans ses politiques budgétaires restrictives".
"La seule règle d'or qui vaille, c'est l'engagement moral formel et solennel que les classes moyennes et populaires ne paieront pas le prix de la crise", selon lui.

Extrait du discours de Frangy 2011


Arnaud Montebourg Frangy 2011 par raphaelmendak

lundi 22 août 2011

Tractage jeudi 25 août à 18h !

Second tractage du comité de soutien des Alpes-Maritimes à Arnaud Montebourg !

La démondialisation s'impose dans les médias et dans le débat national, mais beaucoup d'électeurs n'ont pas le temps de lire en détail et de bien comprendre nos propositions : il faut aller à leur rencontre, expliquer, dialoguer... et convaincre !

La crise financière s'aggrave et ne fera que s'aggraver encore : il faut "démondialiser" notre économie et "définanciariser" nos sociétés. Il est temps d'agir, nous proposons des solutions fortes : rejoignez-nous !

Jeudi 25 août à 18 h, 
à l'angle de l'avenue de la République et de la place Garibaldi.

Venez nombreux !

jeudi 18 août 2011

Ne Mélenchon pas tout !

Article publié initialement le 01.11.10 sur le blog http://www.nicemassena.org/

La « révolution citoyenne » :
Le texte de Jean-Luc Mélenchon est un texte court et percutant, exprimant parfaitement une pensée radicale qui, même si elle n’emporte pas toujours l’adhésion, donne toujours à penser.
Sur la forme, le style est volontairement provocateur, régulièrement populiste et revendiqué comme tel. La dénonciation permanente, même accompagnée de propositions concrètes et d’un optimisme sur-joué finit par fatiguer. Haranguer le lecteur solitaire comme s’il s’agissait d’une foule en délire est une technique sensée forcer l’enthousiasme. Je vous avoue qu’elle m’a plutôt  lassé. L’écœurement constant de Mélenchon pour les profiteurs du système, les rois de la finance et les suppôts du sarkozysme, même s’il est sincère, est tellement redondant qu’il en devient soporifique.
Sur le fond, c’est une autre histoire. Et mon sentiment est au final assez partagé : on ne peut que souscrire à la « révolution citoyenne » proposée par l’auteur mais l’on ne peut pour autant accepter tous ses excès.
La refondation républicaine avec pour seuls objectifs la réaffirmation de la volonté populaire et la défense de l’intérêt général ne peut que séduire. Le rejet du présidentialisme, la dénonciation du démantèlement systématisé de l’école et de la marchandisation de l’éducation nationale ou la critique de l’asservissement médiatique ne peuvent que convaincre. De même, les propositions de l’auteur sur le salaire maximum (que dans une même entreprise le salaire le plus haut ne soit pas supérieur à 20 fois le salaire le plus bas) et le revenu maximum (20 fois le SMIC de base, soit 350 000 € annuels ou 30 000 € par mois, le restant étant redistribué), sa volonté de taxer le capital autant que le travail ou l’abolition des stock-options sont des idées très intéressantes.
L’un des autres points forts du texte, est la prise de conscience écologique de son auteur. Alors que Mélenchon parlait très peu ou pas du tout d’écologie, il rattrape ici son retard idéologique et reconnaît dans l’écologie politique et la préservation de l’écosystème dont dépend la vie humaine la pierre de touche de l’intérêt général : dénonciation du capitalisme vert, apologie des circuits courts et de la relocalisation, proposition d’une planification écologique s’opposant à la planification libérale, sortie du libre échange et sortie du nucléaire.
Manichéisme et chauvinisme :
Pour autant, la révolution mélenchonienne a les défauts de toute pensée radicale : le manichéisme et l’excès, particulièrement visibles ici en matière de politique étrangère. Outre une vision angélique des nouveaux régimes sud américains, c’est dans la critique de l’Union Européenne que Mélenchon perd tout discernement.
De la critique légitime de l’Europe libérale (dogme de « la concurrence libre et non faussée »,  privatisation contrainte de l’électricité en France sur les ordres de la Commission, etc.) et anti-démocratique (ratification du traité de Lisbonne en passant outre les votes négatifs aux référendums sur la constitution européenne, institutions volontairement opaques pour empêcher tout contrôle citoyen, etc.) Jean-Luc Mélenchon aboutie à une mise au placard expéditive du fédéralisme. Il critique, en pesant ses mots et en dépit de tout anachronisme, le « totalitarisme » européen !
Mais, pire que l’excès, il sombre dans la contradiction. Chantre de la démocratie, il dénonce pourtant les votes successifs de parlementaires européens « serviles ». Mais enfin, les eurodéputés n’ont-ils pas  été élus démocratiquement ? Quelle démocratie souhaite donc instaurer Mélenchon s’il récuse le vote de représentants élus démocratiquement pour la seule raison que ce vote ne lui convient pas ? Comment seront désignés les représentants du peuple une fois sa « révolution citoyenne » instaurée ? A moins que l’on ne se contente d’une démocratie directe à grand coups de référendums successifs ? Cela ne tient pas. Mélenchon peut critiquer les dysfonctionnements de la Commission au nom de la démocratie, mais il ne peut, dans le même temps, rejeter les votes des membres du Parlement parce qu’ils sont contraire à ses désirs politiques. Et c’est précisément là que le discours mélenchonien manque de courage : proposer une révolution citoyenne sans oser trancher entre démocratie directe et démocratie représentative, critiquer sans cesse la représentation sans jamais affirmer jusqu’au bout un autre modèle.
Et lorsque le manichéisme mélenchonien se teinte de souverainisme, de chauvinisme voir de nationalisme, c’est quasi insupportable. Dénoncer la participation financière de la France au budget européen en expliquant que les Français payent pour les Anglais ; trouver inadmissible qu’un autre pays européen, l’Allemagne, ait plus de voix que la France au Parlement européen ; en arriver à voir un aspect positif dans la possible scission de la Belgique du seul fait que la Wallonie pourrait se rattacher à la France qui agrandirait ainsi son territoire… c’est trop !
Mais ce n’est pas tout ! Surfant sur un anti-américanisme primaire revendiqué, il va jusqu’à proposer une coopération avancée avec la Chine uniquement pour que la France conserve son indépendance  à l’égard des Etats-Unis. Mais, ce faisant, il caricature et les Etats-Unis et la Chine : il oppose à la puissance militaire américaine déployée sur 735 bases à travers 130 pays le fait que la Chine n’ait aucune base militaire à l’étranger. Et Mélenchon de conclure, en une formule ahurissante de naïveté et de bêtise : « La Chine est une puissance pacifique ». N’y croyant pas, j’ai relu deux fois le chapitre. Non, Mélenchon a bien écrit son texte en oubliant juste un mot pourtant essentiel : « Tibet »…
Mélenchonisation :
Une fois dressé ce bref compte-rendu nous en savons un peu plus sur la pensée de Jean-Luc Mélenchon. Que dire maintenant des accusations de « mélenchonisation » ou de populisme que se sont, à tour de rôle, lancé à la figure plusieurs leaders socialistes ? Mélenchon est un homme de gauche. Va-t-on accuser un leader socialiste de « mélenchonisation » dès qu’il défendra une position de gauche ? Jacques Généreux, secrétaire nationale à l’économie du Front de Gauche travaille à la refondation du socialisme dans sa trilogie sur la « dissociété ». Va-t-on accuser de « mélenchonisation » tout leader socialiste qui tentera de définir ou redéfinir le sens du socialisme ?
La vérité est que, outre peut-être le souverainisme, il n’y a pas de différence idéologique majeure entre l'aile gauche du parti socialiste et le parti de gauche. D’ailleurs, Jean-Luc Mélenchon a-t-il quitté le PS par scission idéologique ou par stratégie politique personnelle, préférant être le leader d’un petit parti plutôt que l’éternel minoritaire d’un grand parti ?
Pour conclure, je pense que, même avec ses carences et ses excès, la parole libérée d’un Mélenchon  fait du bien au pays. Plus nous serons nombreux à critiquer le libéralisme intégral et à réaffirmer la primauté de l’intérêt général, mieux ce sera.  Mais, de grâce, ne Mélenchon pas tout ! Les forces et les faiblesses du discours de Jean-Luc Mélenchon sont les mêmes aujourd’hui à l’extérieur du PS que celles qu’il exprimait déjà à l’intérieur du PS...

Désobéissance civile et désobéisseurs

Article publié la première fois le 22.08.09 sur le blog http://www.nicemassena.org/


Étienne de la Boétie, vers 1546, dans son Discours de la servitude volontaire, cherche à identifier le ressort de la domination, la raison de la soumission du plus grand nombre à un seul. Comment est-il possible que le plus grand nombre subisse volontairement l’arbitraire d’un seul ?
« Pour le moment, je ne voudrais que tâcher de comprendre comment il peut arriver que tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations endurent quelques fois un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent (…)
Mais ô Dieu, qu’est-ce que cela peut-être ? Comment dirons-nous que cela s’appelle ? Quel malheur est celui-là ? Quel vice ? Ou plutôt quel malheureux vice ? Voir un nombre infini de personnes non pas obéir mais servir ; non pas être gouvernées mais tyrannisées ; n’ayant ni biens, ni parents, ni femmes, ni enfants, ni leur vie même qui soit à eux ; souffrir les pilleries, les paillardises, les cruautés, non pas d’une armée, non pas d’un camp barbare contre lesquels il faudrait perdre son sang et d’abord sa vie, mais d’un seul ! Non pas d’un Hercule ou d’un Samson, mais d’un hommeau, souvent le plus lâche, le plus efféminé de toute la nation. Non pas d’un homme accoutumé à la poussière des batailles, ni même à peine au sable des tournois, non pas d’un homme capable par sa force de commander des hommes, mais d’un homme tout empêtré à se faire l’esclave de la moindre courtisane ! »
L’explication finale se fait jour lorsque La Boétie dévoile la chaine des « petites tyranneaux » qui soutient et donne corps au pouvoir du tyran. Plus que la corruption de la cour et des courtisans, il s’agit d’un système de domination sur lequel s’appuie le pouvoir du tyran. Cinq ou six qui ont les faveurs du tyran et le soutiennent, qui font à leur tour profiter six cents de leur pouvoir et de leurs largesses, qui à leur tour en font profiter six milles et ainsi de suite, tant que ceux-ci imposent la dure loi du tyran à tous les autres.
Qu’y a-t-il au fond de tout cela, l’appât du gain ? Oui, mais pas seulement. Il s’agit de subir le joug d’un plus grand tyran que soi afin de pouvoir imposer sa loi à des plus petits, devenir soi-même tout puissant sur ses subalternes. Tel vassal est à son tour suzerain d’un plus faible, tyrannisé il devient tyranneau, petit tyran à son niveau mais tyrannique tout de même. Chacun est tyran en son domaine, jusqu’au plus petit des tyrans, chez soi, entre quatre murs, sur sa femme ou ses enfants… On n’accepte la domination d’un plus grand uniquement parce qu’elle nous permet d’exercer notre domination sur des plus petits. On se soumet au pouvoir pour enfin exercer notre pouvoir, certes moindre, mais un pouvoir tout de même.
« Ils veulent servir pour avoir des biens (…) Ils ne s’entr’aiment pas mais ils s’entre-craignent, ils ne sont pas amis, mais ils sont complices (…) Cela, est-ce vivre heureusement ? Cela s’appelle-t-il vivre ? »
Comment rompre cette chaine des petits tyrans ? Une révolte ? Une révolution ? Non, simplement refuser de subir ce que l’on refuse d’imposer. Ne pas devenir tyranneau suffit à rejeter l’empire du tyran. Ne plus obéir suffit. Ne plus participer à ce système de domination. Car quel est le ressort caché du pouvoir ? Notre propre soumission ! Notre oubli de la liberté ! Ne plus se soumettre et le château de cartes s’effondre. Ne plus obéir. Désobéir.
Henry David Thoreau, dans La désobéissance civile (livre de chevet de Martin Luther King), en 1849, quelques années avant de s’exiler dans les bois de Walden, prône la désobéissance comme arme de résistance devant des gouvernements injustes.
« Il existe des lois injustes : consentirons-nous à leur obéir ? Tenterons-nous de les amender en leur obéissant jusqu’à ce que nous soyons arrivés à nos fins ou les transgresserons-nous tout de suite ? »
Hannah Arendt, dans Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal, à l’époque journaliste envoyée commenter le procès d’un ancien Nazi se déroulant à Jérusalem, en 1961, décrit ce dernier non pas comme un bourreau assoiffé de sang, non pas comme un fanatique de la race arienne, antisémite et idolâtre d’Hitler, mais comme un simple fonctionnaire qui applique les ordres de sa hiérarchie, qui a pris sa carte au parti nazi pour avoir de l’avancement et qui a tout bonnement exécuté les ordres qu’on lui donnait. Eichmann est un fonctionnaire scrupuleux de la solution finale. Si Eichmann est coupable (et il l’est), toute la chaine administrative l’est aussi, tous ceux qui y ont participé, qui ont obéi aux ordres reçus. Qu’aurait-il du faire ? Désobéir ?
A l’approche de la rentrée scolaire, je pense à tous ceux qui, anonymes, dans l’éducation nationale, ont refusé d’obéir, de renseigner un fichier permettant de signaler les enfants « déviants » ou de mettre en place des évaluations tronquées, destinées uniquement à légitimer une politique gouvernementale qui démantèle l’éducation nationale. De la résistance passive à la désobéissance civile, le Rubicon est franchi. On les appelle les « désobéisseurs ». Montrés du doigt, pénalisés financièrement, blâmés, ils ont tenu bon et ont refusé de cautionner ce système et d’y participer. Ils ont choisi de résister et de désobéir. Je pense à eux, à La Boétie, à Thoreau et à Arendt nous parlant d’Eichmann… Aurions-nous le même courage ?