Google+ Montebourg 06: Euro: faut-il accepter l'aide de la Chine?

samedi 5 novembre 2011

Euro: faut-il accepter l'aide de la Chine?

Article publié dans liberation le 04.11.11

POUR - CONTREL'ex-Premier ministre Jean-Pierre Raffarin défend l'intervention chinoise alors qu'Arnaud Montebourg blâme la capitulation de Paris face à Berlin et Pékin.

Par ALAIN AUFFRAY, LAURE BRETTON

«Pékin propose le gagnant-gagnant»

Ex-Premier ministre et sénateur (UMP) de la Vienne, Jean-Pierre Raffarin se félicite que la souveraineté de l’Europe «reste intacte».


La participation de la Chine au plan de sauvetage européen est-elle un «Munich social et commercial», comme le dit Jérôme Cahuzac, le président (PS) de la commission des finances de l’Assemblée?

Jérôme Cahuzac mérite mieux que cette petite phrase. C’est caricatural! La Chine soutient bien davantage les Etats-Unis que l’Europe. La Chine évolue plus vite que nous. Ce peuple n’a jamais été impérialiste pendant 5 000 ans ! Soyons modestes avant de donner des leçons… La Chine n’est pas responsable de la dette européenne ni des tensions internes à la Grèce. Hu Jintao [le président chinois, ndlr] plaide pour la stabilité. Quant à notre souveraineté, elle reste intacte.

Si la Banque centrale européenne pouvait racheter des dettes comme le voulait Sarkozy, nous n’aurions pas besoin de la Chine. Le recours à la Chine n’est-il pas une défaite de Nicolas Sarkozy face à Angela Merkel?
Nicolas Sarkozy, en effet, avait vu juste. Mais, en toute hypothèse, l’Europe ne peut rester seule avec ses dettes, elle a besoin de croissance pour rassurer ses créanciers. Où peut-elle trouver de la croissance ? Evidemment dans le partenariat avec les Brics [Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud], moteurs actuels du monde. La Banque centrale européenne, dans les traités, est indépendante des Etats, les Etats sont donc contraints d’aller chercher ailleurs leur soutien. La seule stratégie est celle du partage de la croissance mondiale. La défaite serait de ne pas trouver de solution à la crise européenne. Après le cavalier seul de la Grèce, l’Europe a vraiment besoin du leadership de Nicolas Sarkozy pour réussir le G20.

Face au protectionnisme chinois, la France peut-elle continuer à ouvrir ses marchés sans contreparties?
Evidemment le commerce doit être, entre deux pays, équilibré. Les Allemands s’y emploient avec succès. Nous devons aussi faire des efforts pour équilibrer nos échanges. Pour cela, l’esprit d’entreprise est plus utile que la peur. Notre performance commerciale dépend un peu des Chinois, mais beaucoup des Européens. Schneider, Total, Suez, Veolia, EDF, Areva, Michelin, BNP, Alstom, etc. montrent le bon exemple. Il nous faut être plus dynamiques encore en aidant davantage les PME à exporter. Cependant, les réussites en Chine sont manifestes. Les Chinois nous proposent le gagnant-gagnant, expliquons leur la «réciprocité».

Ne faut-il pas exiger une réévaluation du yuan?
Du dollar aussi ! Pourquoi se plaindre davantage du yuan bas que du dollar bas ? Pour nos exportations, la question se pose aussi et d’abord vis-à-vis du dollar. La monnaie doit être, évidemment, en «harmonie» avec la puissance de l’économie. La question est, donc, aussi celle de l’euro fort. La Banque centrale européenne n’est pas innocente de la situation. A Cannes, l’essentiel est de se mettre d’accord sur de nouvelles règles du jeu mondial, pour convaincre les opinions nationales et les acteurs économiques et financiers qu’un nouvel ordre, post-désordre, est crédible. L’enjeu est grave.


«Nous pratiquons la naïveté»


Député (PS) de Saône-et-Loire, inventeur du concept de«démondialisation», Arnaud Montebourg déplore une «perte de souveraineté» européenne.

L’Europe qui se tourne vers la Chine, c’est un bon signe ou, comme l’a dit Jérôme Cahuzac, un «Munich social et commercial»?

C’est une très grave défaillance de l’Europe qu’elle paiera très cher. Elle montre qu’elle est incapable de résoudre ses problèmes elle-même. Elle se met dans la main d’une puissance dangereuse pour elle. La Chine pratique le protectionnisme et l’agressivité industrielle et commerciale. Nous pratiquons la naïveté. Cet accord aliène une partie de la souveraineté européenne. Ceux qui emploient l’expression de «Munich» ont parfaitement bien pesé leurs mots. Sur nos 50 milliards de déficit extérieur, il y en a 22 avec la Chine. Autrement dit, Pékin et sa concurrence déloyale sont responsables de 40% de notre appauvrissement extérieur. Au plan européen, nous avons stupidement ouvert il y a dix ans, sans aucune contrepartie, nos marchés aux Chinois, qui ont réalisé des montagnes d’excédents, poursuivant la destruction de nos emplois.

Comment expliquer que le Conseil européen soit allé chercher Pékin?
Nous avons des dirigeants faibles et sans caractère. Ils n’ont pas mesuré que le seul problème dans la crise des dettes publiques, c’est l’absence d’une Banque centrale européenne (BCE) qui fasse, comme dans toutes les nations modernes, son travail : racheter les dettes des Etats au lieu de les faire rembourser par la sueur des contribuables.

Le recours à la Chine serait une défaite de Sarkozy…
C’est une capitulation face à Angela Merkel et à sa stratégie nationaliste et antieuropéenne. Maintenant, la France est sur le porte-bagages de la droite allemande. Et les revendications chinoises viennent d’arriver : Pékin a demandé l’ouverture supplémentaire de nos marchés, alors qu’il faut les fermer. Car les Chinois achètent toujours plus de dettes et d’actifs européens et détruisent toujours plus d’emplois par les délocalisations.


L’Europe n’est plus en situation de tenir tête à la Chine…
Au contraire ! C’est une question de choix politique. L’Europe unie est la première puissance économique mondiale, devant la Chine, mais elle n’utilise pas sa puissance. Elle s’inflige des remèdes d’austérité qui aggravent le mal. Dans six mois, nous n’aurons rien résolu. Nous aurons refusé de mettre en face des dettes des liquidités suffisantes et nous aurons créé une relation de dépendance avec la Chine, alors que c’est la confrontation qu’il est temps d’assumer.


Qu’aurait-il fallu faire à Bruxelles?
La même chose que Merkel, mais pour aboutir au résultat inverse! Faire voter un mandat au Parlement français demandant à ce que la BCE joue son rôle au lieu d’imposer des plans d’austérité aux peuples qui n’ont aucune responsabilité dans la crise financière. Les plans d’austérité destinés à rembourser les dettes sont des plans d’appauvrissement programmés sur presque une décennie. Pour payer des banquiers, des créanciers, des financiers ! Cela n’a aucune espèce d’efficacité économique, en plus d’être scandaleusement injuste.

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