Google+ Montebourg 06: Arnaud Montebourg : "Leçons d'Espagne"

lundi 21 novembre 2011

Arnaud Montebourg : "Leçons d'Espagne"

Ainsi donc, la droite espagnole a remporté, dans un contexte de forte abstention, une victoire écrasante sur le PSOE de Zapatero. Quatre millions d’Espagnols ont tourné le dos au PSOE tandis que le PP n’en gagne que moins d’un demi million. Après huit de pouvoir socialiste, le Parti Populaire, qui rassemble toutes les familles de la droite espagnole, de l’extrême droite au centre-droit, arrive donc aux commandes d’un pays au bord de l’implosion sociale. Longtemps Zapatero a nié les effets de la crise sur l’Espagne. Longtemps Zapatero a pensé que les réformes sociétales (au demeurant souhaitables et légitimes) pouvaient se substituer intégralement à une politique économique et sociale alternative à celle menée par José-Maria Aznar pendant ses années de pouvoir. Le résultat ne s’est pas fait attendre. Au pays des Indignados, on ne se déplace même plus pour voter à gauche. 21% de chômage, une dette privée et publique atteignant cinq fois et demi le montant du PIB, et un modèle de croissance basé sur la bulle immobilière en panne ont eu raison du PSOE. Pour achever le tableau, souvenons-nous que c’est sous les législatures du PSOE que de véritables pogroms racistes à l’encontre du prolétariat immigré marocain ont vu le jour…
Quelles leçons tirer de cette cuisante défaite de la gauche espagnole ? D’abord, comme en Italie, en Grèce, au Portugal et ailleurs en Europe, la crise ne profite pas à la gauche. Au contraire. Et si les électeurs ne sont pas enclins dans ces pays à porter leurs suffrages sur les sociaux-démocrates, c’est pour deux raisons complémentaires. D’une part, les social-démocraties européennes au pouvoir (PASOK, PSP, PSOE) ont fait le choix des politiques de rigueur calquées sur celles vantées par les droites. Tout au plus ont-elles choisi pour adjuvant une petite dose de rhétorique appelant à la justice sociale face à la crise. D’autre part, dans un monde en plein bouleversement, la gauche peine à diffuser une vision du monde cohérente. Certains, à gauche, le font. Mais les citoyens perçoivent davantage la vision véhiculée par les droites. Nous ne pouvons en effet nous contenter à gauche d’être les bonnes consciences de la globalisation financière. Nous ne pouvons faire comme si les choses allaient inéluctablement s’améliorer. Nous ne pouvons enfin abdiquer devant une pensée a-démocratique qui consiste à dire comme le Président du Conseil européen – Monsieur Von Rompuy – que nous avons «  besoin de réformes pas d’élections ».
Ces quelques leçons d’Espagne doivent nous inciter à changer d’approche. La gauche ne sera écoutée que si elle représente une alternative. Cette alternative doit se fonder sur des outils économiques renouvelés dans la mondialisation : nouvelles politiques monétaire et commerciale, réforme du droit de la concurrence au niveau européen (avec politisation au sein du Conseil des procédures d’appel), politique industrielle véritable (alliant protection, innovation, implication de la puissance publique, de l’Université et des territoires). Il faudra aussi renouveler notre approche démocratique parce que les citoyens ne renoueront avec le politique que s’ils sont effectivement des citoyens, c’est-à-dire impliqués dans la vie de la Cité. Ces outils permettront de fonder de véritables politiques progressistes renouvelant le lien démocratique avec les classes populaires. La crise appelle à changer. Et la victoire en 2012 nécessite ce changement.
Arnaud Montebourg.

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