Google+ Montebourg 06: Lettre à celles et ceux qui m’ont fait l’honneur de me soutenir

jeudi 20 octobre 2011

Lettre à celles et ceux qui m’ont fait l’honneur de me soutenir


Paris, le 19 octobre 2011

Chères amies, chers amis,
Chères et chers volontaires,
Je tenais après les événements de la semaine passée à vous remercier pour votre engagement personnel dans cette magnifique campagne qui nous a permis de faire changer le visage de la gauche en France.
Dans cette campagne, à force d’idées et de convictions, nous avons remporté ce qu’il y a de plus prometteur en politique : le combat culturel. Nous avons non seulement imposé nos idées, ainsi que les mots pour les dire, et surtout cette idée que nous pouvions, ensemble, à gauche, rouvrir le champ des possibles. Nous avons, pied à pied, lutté contre les idées que les droites ont pendant si longtemps distillées dans le débat public, qui avaient contaminé nos têtes d’hommes et de femmes de gauche, selon laquelle la France ne serait rien et que nous ne pourrions rien faire dans la mondialisation. Nous n’avons pas gagné arithmétiquement mais gagné culturellement. C’était une étape nécessaire et essentielle. Elle a été franchie grâce à vous.
Je sais votre engagement personnel et les heures passées dans cette campagne, et tenais à vous en remercier personnellement et chaleureusement.
Beaucoup d’entre vous m’ont fait part de leur sentiment d’incompréhension, et pour certains d’entre vous d’abandon, dans le choix qui fut le mien de refuser de donner des consignes de vote, et de décider de voter François Hollande « à titre exclusivement personnel ».
Mon devoir est de vous faire connaître les raisons qui m’ont conduit à faire ce choix difficile dans une semaine où s’est joué une partie du sort de la gauche.
Puis-je rappeler que, pour moi, les candidatures du deuxième tour, François Hollande et Martine Aubry, étaient semblables, ce que j’ai rappelé pendant toute la campagne de premier tour ? Issues de la même tradition politique -le delorisme-, ayant cogéré le Parti Socialiste pendant 15 ans, ayant tous deux voté « Oui » au Traité Constitutionnel Européen, la campagne n’a pas montré de divergences entre les deux candidats, au point que Martine Aubry elle-même déclarait « Nous sommes très proches sur le projet. Ce qui nous différencie, c’est plus le tempérament ». Le débat télévisé du 2e tour m’a conforté dans cette analyse puisque la campagne de l’entre-deux tour porta finalement sur la confrontation entre ces deux caractères, ce qui ne peut constituer à mes yeux, un choix d’orientation pour le pays.
Souvent d’ailleurs, moins les divergences sont sensibles sur le fond, plus la violence des accusations publiques d’un candidat contre l’autre paraît illégitime. Au point que la Haute Autorité dut s’en mêler pour disqualifier les attaques personnelles de Martine Aubry contre François Hollande dans les 48 dernières heures précédant le 16 octobre.
Lorsque je suis sorti avec vous de ce magnifique premier tour, ma responsabilité de leader ayant obtenu près d’un demi million de suffrages était lourdement engagée pour la réussite des primaires, dont j’étais l’architecte.
Je vais donc vous faire la narration ce qui s’est passé pendant ces 5 jours, parce que je vous le dois.
Mon premier travail a consisté à interroger publiquement les deux candidats impétrants. Il s’agissait de mettre le futur vainqueur des primaires dans la situation de devoir rassembler les 455.609 électeurs des primaires qui avaient soutenu nos propositions et solutions nouvelles. Et de les faire entendre ultérieurement dans un système politique où la désignation d’un candidat laisse traditionnellement à celui-ci les mains libres.
J’ai donc choisi la méthode de la lettre publique. Ce fut, avec les « stand up » au contact de la population, l’acte de rénovation le plus innovant de notre campagne : sous la Ve République les candidats à l’élection présidentielle se contentent d’engagements flous, et se détachent généralement des programmes de leur parti. L’homme providentiel que les Français cherchent dans le suffrage universel n’accepte pas de passer contrat devant les Français. C’est l’inverse que j’ai décidé de tenter.
L’échange de lettres avec les candidats permettait d’éclairer les électeurs de la primaire, et amenait surtout le futur candidat à prendre des engagements, inaugurant une forme de présidence moins providentielle et davantage contractuelle.
Lorsque les lettres de Martine Aubry (mercredi soir) et François Hollande (jeudi après midi) sont arrivées, j’ai observé la similitude des réflexes sur les trois questions que je posais : sur la mise sous tutelle du système financier, le protectionnisme européen et la naissance souhaitée de la VIe République, les réponses étaient largement semblables. Curieusement, la surprise vint des réponses de François Hollande sur la finance et la mise sous tutelle des banques. A l’évidence, le parcours que François Hollande avait accompli au sujet de la soumission de la finance au pouvoir politique, était sensible et encourageant. Rétrospectivement, je me souvenais avoir proposé d’intégrer un an plus tôt ces propositions dans le projet socialiste sous l’arbitrage de Martine Aubry, en vain, car celle‑ci avait opposé à cette demande une résistance incompréhensible.
Pendant le débat télévisé, François Hollande avait déjà montré sur ce sujet des signes d’évolution et de volontarisme que Martine Aubry avait écartés de façon péremptoire. Celle ci n’avait-elle d’ailleurs pas déclaré le lendemain du premier tour : « Je ne changerai pas pour convaincre Arnaud Montebourg » ? Le fait est que les deux candidats se trouvaient à 3 jours du deuxième tour sur des propositions à peu près identiques. Dans sa lettre, François Hollande proposait un léger plus, sans que je ne l’ai d’ailleurs demandé : l’abrogation d’une directive européenne malfaisante (la directive MIF, mais il y en a bien d’autres à abroger), qui en 2008 a achevé de déréglementer le secteur financier.
Le choix entre les deux impétrants ne pouvait donc se faire sur le fond car, peu ou prou, tous deux portaient le même projet.
Si l’on cherchait ensuite à se repérer dans les entourages, du côté de François Hollande, nous observions le ralliement sans condition de Manuel Valls, et du côté de Martine Aubry, nous observions le soutien public de Dominique Strauss-Kahn, uni à elle par un pacte, qui avait conduit Martine Aubry à soutenir ouvertement la candidature de ce dernier avant son arrestation, pacte confirmé dans le fait que l’intéressé fit savoir qu’il avait voté pour elle au premier tour de la primaire.
Là encore l’indistinction était au rendez-vous. Un peu plus tard, mon amie Ségolène Royal, avec laquelle j’ai partagé un certain nombre d’analyses et de propositions, décidait de soutenir sous certaines conditions intéressantes, François Hollande.
Si l’on voulait chercher encore dans le passé des arguments pour justifier de pencher pour l’un ou pour l’autre, nous retrouvions encore la même égalité de traitement. Je me suis ainsi souvenu avoir vécu la solitude au Congrès du Mans en 2005 où la VIe République me fut refusée par François Hollande. Je me suis souvenu de la même solitude à l’été 2009, contraint de menacer publiquement de quitter le PS pour imposer à Martine Aubry les primaires dans une tribune du Nouvel Observateur où j’étais acculé à écrire : « Le combat que je mène en faveur des primaires ouvertes à l’ensemble des citoyens de gauche est une ultime tentative pour associer la population aux choix de la gauche dans le jeu délétère de la présidentielle. Je le dis tout net, je n’irai pas plus loin. Si je devais échouer, ce combat serait pour moi le dernier, au sein d’un PS qui telle la vieille SFIO ne mérite plus qu’on l’aide à survivre ». Je me suis encore souvenu de la même solitude dans l’affaire Guérini, au mois de juillet 2011, où je dus voter seul contre un rapport adopté à l’unanimité du Bureau national moins ma voix, qui épargnait le sénateur socialiste Guérini, poursuivi ultérieurement pour association de malfaiteurs, où l’on me reprochait d’avoir indûment enquêté. Ce rapport mettait en accusation publique le secrétaire national à la Rénovation que j’étais, pour son travail pourtant scrupuleux de… rénovation dans l’intérêt du Parti Socialiste.
Ces faits n’ont pas altéré mon jugement, car ils plaçaient finalement sur un pied d’égalité dans l’ordre du mauvais vouloir, les deux candidats impétrants au regard des objectifs de rénovation que j’ai poursuivis avec vous tous pendant toutes ces années.
Dépouillé de toute préférence personnelle, il ne me restait finalement pour guide que l’essentiel, l’intérêt de la gauche.
Le plus facile, le plus aisé, le plus agréable pour moi-même et pour tous ceux qui m’avaient accompagné, déchirés entre François Hollande et Martine Aubry, eût été de ne rien dire, de garder le silence, de ne donner aucune consigne de vote, se taire et partir se terrer en Saône et Loire.
Tous mes amis représentant notre mouvement dans les départements se sont unanimement prononcés en faveur de cette solution. Mais pour moi c’était une facilité dangereuse et irresponsable. C’est pourquoi j’ai décidé de faire un autre choix, mon choix personnel, aussi respectable que d’autres faits par mes amis. Je décidais donc de leur désobéir et d’affronter leur courroux.
En effet, que penser d’un dirigeant aspirant aux plus hautes fonctions, refusant de choisir entre deux camarades de sa propre famille politique ? Outre le ridicule qui l’aurait frappé à donner le spectacle d’être incapable de choisir et d’affronter l’impopularité d’un choix auprès de la moitié de ses électeurs, je me serais définitivement disqualifié.
Mais le plus grave était dans le risque que ce non-choix faisait courir à la gauche. Si je ne voulais pas choisir, ou refusais de dire mon choix, cela voulait dire qu’aucun compromis n’était possible avec les deux autres candidats, et que le socialiste que j’étais ayant recueilli un demi million de suffrages n’était pas apte à travailler avec les deux autres. Cela voulait dire que nos divisions étaient trop fortes, et que mon silence revenait implicitement à quitter le Parti Socialiste et rejoindre un ailleurs indéterminé.
Il fallait donc choisir. J’ai écarté le soutien à Martine Aubry car la soutenir aurait eu pour conséquence de couper en deux le corps électoral des primaires. Martine Aubry avait trop de retard pour l’emporter, même dans le cas où 100 % de mes électeurs se reportaient sur elle. Je mesurais à quel point cette hypothèse était impossible car mes électeurs étaient coupés en deux parts égales en faveur de l’un ou de l’autre. Et même si cette hypothèse se réalisait, je prenais la lourde responsabilité de briser le résultat et la force des primaires, car la gauche risquait de sortir à 50-50 avec une guerre qui se prolongerait dans la présidentielle, défaite à la clé, répétant le scénario noir du Congrès calamiteux de Reims et des divisions de 2007.
J’ai donc choisi d’accomplir un acte unitaire. Unir les deux gauches, celles qui sont en apparence les plus éloignées et qui ne peuvent pas gagner si elles ne sont pas unies.
J’ai fait le choix le plus difficile, celui d’unir ma force à François Hollande, même si nous nous sommes affrontés pendant 10 ans. Je l’ai fait avec un seul et unique objectif, presqu’une obsession : la victoire de la gauche.
J’ai reçu beaucoup de messages de méchante désapprobation, d’accusation de trahison, et de noms d’oiseaux de toutes sortes de plumes. J’ai même lu que je me serais laissé corrompre par on ne sait quelle promesse de haute fonction. Mais ceux qui croient cela savent-ils que la campagne est loin d’être gagnée, qu’il faudra vaincre au premier tour l’extrême droite puis ensuite la droite ?
Et pour réussir tout cela, il faudra s’unir, malgré toutes les tentations contraires. C’est ce que j’ai choisi de faire. Tous ceux qui m’ont reproché de voter à titre personnel François Hollande, le feront eux aussi bientôt parce qu’ils voudront l’emporter.
Choisir pour d’autres est toujours un honneur, mais parfois aussi une charge délicate. Quoi qu’il advienne, les propositions et les solutions nouvelles que j’ai défendues pour bâtir la Nouvelle France seront portées haut et fort dans la campagne, car elles sont désormais au coeur de l’élection présidentielle. La droite et l’extrême droite qui m’attaquent très violemment, voudraient tant se les approprier. C’est le signe que nos idées neuves sont entrées en résonance avec la société française. Et elles contribueront à notre victoire, soyez-en certains. J’y attacherai une vigilance de chaque instant et toute personnelle. Il restera à les mettre en oeuvre ensuite. C’est pour cela qu’il faut l’emporter le 6 mai 2012.
Je vous prie de croire en l’assurance de ma plus fidèle amitié.

Arnaud MONTEBOURG

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