Google+ Montebourg 06: Géraud Guibert : "Oui, Daniel Cohn-Bendit, pour l’écologie, il faut démondialiser !"

samedi 1 octobre 2011

Géraud Guibert : "Oui, Daniel Cohn-Bendit, pour l’écologie, il faut démondialiser !"

Tribune de Géraud Guibert publiée sur Marianne 2 le 29.09.11 :


Le député européen a fustigé sur France Info la démondialisation proposée par Arnaud Montebourg. Géraud Guibert, porte-parole du candidat à la primaire socialiste et animateur du pôle écologique du PS, lui répond...


Que Daniel Cohn-Bendit, dans une récente interview radiophonique, fustige la démondialisation proposée par Arnaud Montebourg en la considérant comme une « fausse bonne idée », c’est évidemment son droit. Il reste que, curieusement, son diagnostic n’intègre ni l’écologie ni l’impasse des régulations internationales. C’est pourtant leur prise en compte qui oblige à ouvrir des voies nouvelles.

Le point de départ est pourtant lucide. Daniel Cohn-Bendit considère, avec beaucoup d’autres, que la mondialisation créé d’énormes problèmes, en particulier la délocalisation d’entreprise. On pourrait en ajouter une autre conséquence majeure et très négative : elle a généré une multiplication exponentielle du nombre et de la distance parcourue des produits entre les différents producteurs et les consommateurs. Ce gaspillage – plusieurs dizaines de milliers kilomètres parcourus par les produits de grande consommation – est une des causes les plus importantes de la destruction de la planète par l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre. Elle est insoutenable au moment où les ressources pétrolières commencent à s’épuiser.

Selon lui, la mondialisation aurait cependant pour contrepartie l’intérêt d’exporter, en particulier pour les pays européens. Mais chacun sait que la France, et même l’Europe, ont des échanges commerciaux largement déficitaires avec des économies-continents comme la Chine qui, elles, se protègent. Alors, où est l’avantage ? L’espace économique européen est en soit viable, en quoi avons-nous besoin d’ériger en valeur suprême le libre échange ?

Pour corriger ses effets négatifs de la mondialisation, Daniel Cohn-Bendit propose, comme beaucoup d’autres, sa régulation en demandant aux institutions internationales d’établir des protections sociales et écologiques. Mais soyons lucide : le renforcement de la régulation mondiale sur la base des méthodes utilisées depuis plusieurs décennies est un échec. Compte tenu de l’ampleur des règles à édicter, de l’obligation de sanctions contre les récalcitrants et de la nécessité d’un dispositif applicable à tous les pays, cela supposerait l’existence d’une sorte de gouvernement mondial. On en est loin : échec des négociations de Copenhague sur le climat, paralysie des négociations commerciales multilatérales, faiblesse des décisions prises par la communauté internationale pour mieux réguler les flux financiers et mettre fin aux désordres monétaires, relative impuissance du G20, du G8 et des dirigeants des pays industrialisés dans la crise récente de la dette, plans successifs d’aide à la Grèce peu efficaces.

En réalité, trois questions majeures ont surgi depuis quelques années, avec une acuité grandissante. La financiarisation à outrance débouche dorénavant sur un endettement généralisé des acteurs économiques, y compris des Etats, dont nous subissons les très graves effets. La nouvelle concurrence de puissances-continents émergentes, d’un poids démographique massif, contribue fortement à la perte d’emplois industriels en particulier non qualifiés. La surexploitation des ressources naturelles non renouvelables, en particulier énergétiques, a tendance à devenir progressivement un « plafond de verre » bridant l’activité économique.
 
Chacune de ces évolutions soulèvent une problématique similaire sur les caractéristiques de la circulation des valeurs économiques dans nos sociétés. La pensée dominante a considéré pendant la deuxième moitié du XXème siècle que seul l’accroissement des échanges de biens et services, l’accélération de la vitesse des transactions et l’acceptation de distances de transport de produits toujours plus longues pouvaient aboutir à un optimum économique. La loi des avantages comparatifs, référence traditionnelle, avait convaincu que, pour promouvoir la prospérité de tous, l’important était que chaque nation se spécialise dans ses domaines les plus forts.

Ceci est de moins en moins vrai dans ce nouveau siècle. Le coût des externalités du modèle de libre-échange est devenu de plus en plus élevé, et a tendance à l’emporter sur ses avantages. L’impact d’un marché financier libéralisé, d’un volume énorme et d’une rapidité de réaction instantanée, a clairement des inconvénients supérieurs aux avantages que sa libéralisation a pu comporter dans les années 80. Le décollage d’économies-continents à la population très nombreuse induit un risque nouveau de disparition dans les pays industrialisés de l’intégralité de certains secteurs économiques, et non plus seulement une compétition normale pour des parts de marché.

Quant aux enjeux du climat et de la raréfaction des ressources fossiles, leur pleine prise en compte exige elle aussi une nouvelle appréciation des vraies conséquences du libre-échange. Outre l’accélération de l’innovation technologique, les changements de comportement et la substitution de l’investissement à des flux de ressources, par exemple pour les économies d’énergie dans les logements, l’exigence écologique nécessite un nouveau modèle de circulation des marchandises fondé sur le rapprochement et le ralentissement. Une forte réduction des flux de marchandises suppose de remettre en cause dans les entreprises les systèmes de zéro stock et de flux tendu, par exemple en renchérissant les dispositifs permettant de « gagner » du temps avec de l’énergie. Le développement de l’économie du recyclage et de marchés fondés sur l’usage et non leur propriété nécessitent eux aussi un rapprochement physique du producteur et du consommateur.
 
La crise financière, la concurrence des pays émergents et la protection de la planète supposent ainsi, de manière convergente, de faire émerger un processus de relocalisation, qui, à l’inverse de ce que nous connaissons jusqu’à présent, fasse décroître l’ampleur et la vitesse de circulation des valeurs économiques, qu’elles soient physiques ou financières. C’est donc aussi pour des raisons écologiques que la démondialisation s’impose comme la seule voie praticable pour commencer à reconstruire un autre monde et aboutir à des résultats concrets pour sortir de la crise.

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