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dimanche 7 août 2011

Pierre Larrouturou, “Crise : la solution interdite”

Article publié la première fois le 02.08.09 sur le blog http://www.nicemassena.org/


Pierre Larrouturou est l’un des rares à pouvoir dire sans rougir, sans mentir et sans flagornerie : “J’avais prédit la crise”.
La lecture de son dernier ouvrage, Crise : la solution interdite, est un bon exercice pour qui est tenté par les expériences salutaires mais parfois douloureuses pour l’égo : tordre le coup à toutes les idées reçues, les fausses évidences, et donc, reconnaissons-le, à la plupart de nos certitudes passées. Citons au moins deux de ces fausses évidences que l’on veut nous imposer :
Fausse évidence n° 1 : La mondialisation est responsable de la crise et le protectionnisme est une solution possible.
Non ! La mondialisation n’est pas coupable ! Bien sûr elle a provoqué dans certains secteurs des pertes d’emplois importantes mais « pour vaincre la crise, il faut vaincre le chômage », et le chômage que nous subissons depuis 30 ans ne vient pas de la mondialisation.
Jusqu’en 2006 et l’arrivée de la Chine la mondialisation mettait en concurrence des pays respectant les mêmes normes sociales de production.
Jusqu’au milieu de l’année 2008 la production en France ne cesse d’augmenter, et ce, malgré les délocalisations, la mondialisation et la concurrence des pays à faibles salaires. La France est, selon Christine Lagarde elle-même, « le deuxième pays au monde en terme d’attractivité des investissements étrangers ».
Le protectionnisme n’est pas une solution : « En continuant à dire que la mondialisation serait coupable, on alimente plus ou moins le nationalisme et le repli sur soi, alors que c’est par un surcroit de coopération que nous pourrons sortir de la crise » (p. 71).
Fausse évidence n°2 : La croissance suffit à la relance économique et la lutte contre le chômage.
Tout le monde dit que pour sortir de la crise, il faut un fort taux de croissance. Or :
« Malgré la croissance assez forte des années 1997-2000, s’il n’y avait pas eu les 35h et les emplois jeunes, le nombre total de chômeurs n’aurait pas diminué ! » (p. 101).
Les Etats-Unis, avec un taux de croissance plus important que nous, ont connu et généré la crise. Même avant la crise des subprimes ils s’éloignaient toujours un peu plus du plein emploi.
Le Japon est l’exemple à ne pas suivre : à la fin des années 80 le Japon avait un taux de croissance record (4,5 %). La bulle financière explose et le Japon se retrouve avec un taux de croissance moyen depuis 1991 de moins de 1% ! Crise sociale, précarité, dette publique record, le Japon que l’on nous proposait comme modèle ne fait plus rêver.
Pourquoi ce qui était vrai il y a quarante ans (« la croissance donne de l’emploi ») ne l’est plus aujourd’hui ?
Réponse : parce que la France a réalisé des gains de productivité énormes mais sans rééquilibrer le partage salaires / bénéfices.
De plus, le mythe de la croissance est incompatible avec l’urgence de la crise écologique et la pénurie annoncée des ressources : « de l’impossibilité d’une croissance infinie dans une planète finie » (p. 85)

Face à cela, quelles solutions ?
Proposition n°1 : Dégager 30 milliards de marge de manœuvre par an
  • Créer un impôt européen sur les bénéfices des entreprises : actuellement, le taux moyen d’impôt sur les bénéfices des entreprises est de 25% en Europe (merci l’Irlande !) et de 40 % aux États-Unis. Or l’Union Européenne n’a pas, pour l’instant de ressources propres. La France verse donc 18 milliards par an au budget européen. L’idée est simple : un impôt européen sur les bénéfices rendrait l’UE financièrement indépendante et permettrait à la France de dégager tous les ans 18 milliards dans son budget. Une écotaxe ou la taxe Tobin pourraient aussi être mises en place pour garantir l’indépendance financière de l’Union.
  • Annuler le bouclier fiscal et la loi TEPA : le bouclier fiscal coute 14 milliards d’euros chaque année.
En résumé : un impôt européen sur les bénéfice (18 milliards) + suppression de la loi TEPA (14 milliards) = 32 milliards de marge de manœuvre chaque année !
Que faire avec cette manne ? Améliorer les petites retraites, les aides au logements, les allocations familiales, les indemnités chômages, augmenter de 100 € le salaire net de tous les salariés, renoncer aux suppressions d’emplois dans l’éducation ou la santé…
Proposition n°2 : Imposer le respect des normes sociales et environnementales dans le commerce mondial.
« La Chine a signé vingt-deux conventions sociales mais n’en respecte quasiment aucune ! » (p. 153).
Nous pouvons contraindre la Chine à respecter ces normes sociales, car, en tant que « premier client », nous avons un vrai pouvoir de négociation : laissons trois ans à la Chine pour respecter les normes sociales. Si dans trois ans les engagements pris ne sont pas respectés, taxons les produits chinois et plaçons le bénéfice de cette taxe sur un fonds à disposition des salariés et retraités chinois.
Proposition n°3 : Négocier un traité de l’Europe sociale.
Cinq critères sociaux répondant aux cinq critères économiques de Maastricht (reprise du texte de 2004 cosigné avec Michel Rocard et Stéphane Hessel) :
  • Un emploi pour tous : un taux de chômage inférieur à 5%
  • Une société solidaire : un taux de pauvreté inférieur à 5%
  • Un toit pour chacun : un taux de mal-logés inférieur à 3%
  • L’égalité des chances : un taux d’illettrisme à l’âge de 10 ans inférieur à 3%
  • Une réelle solidarité avec le Sud : une aide publique de développement supérieure à 1% du PIB.
Proposition n°4 : Créer une vraie sécurité professionnelle, lutter contre la précarité.
  • Création d’un bonus-malus anti-précarité : les entreprises ayant moins d’emplois précaires que la moyenne de leur branche paieront moins de cotisations. Inversement, celles qui en auront plus paieront plus (p. 187).
  • Simplifier le code du travail.
  • Simplifier et rendre moins couteuse la création du premier emploi.
Proposition n°5 : Tripler le budget du logement
  • Utiliser, comme au Pays-Bas, le Fonds de réserve des retraites (actuellement placé en actions) pour financier le logement
  • Aller plus loin que la loi SRU en imposant la mixité sociale partout et tripler le plan Borloo.
Proposition n°6 : Déclarer la guerre au dérèglement climatique
  • Créer une prime climat-énergie.
  • Isoler les bâtiments
  • Développer les énergies renouvelables
  • Créer un service civil européen.
Proposition n°7 : Négocier un autre partage du temps de travail, un autre partage des richesses.
Un élément essentiel pour comprendre la crise française est que nous ne savons pas gérer les gains de productivité.
Nous avons un des trois meilleurs taux de productivité horaire au monde, derrière la Norvège et les États-Unis, très loin devant le Japon ou le Royaume Uni. Cela veut dire qu’en une heure de travail, les Français produisent plus que les Japonais, les Anglais ou les Italiens. Cela veut aussi dire que pour produire autant, nous avons besoin de moins de salariés.
Nous avons réalisé des gains de productivité colossaux : « En trente ans l’économie française a produit 76 % de plus avec 10 % de travail en moins » (p. 227).
Depuis 1974, jamais nous n’avons connu une telle abondance (le PIB a presque doublé), jamais nous n’avons été aussi efficaces (la productivité a fait des bonds de géants) et jamais nous n’avons été aussi nombreux à vouloir travailler (forte natalité et augmentation du travail des femmes).
La durée réelle d’un temps plein, si l’on tient compte des heures supplémentaires, est de 41 heures par semaine en moyenne. Elle était, en 2005, de 33,7 heures aux États-Unis !
La durée moyenne du travail (temps pleins + temps partiels) était, en 2008, de 36,3 en France, de 35,2 en Allemagne et de 31,4 aux Pays-Bas (tableau plus détaillé p. 235).
Une solution : la semaine de 4 jour, le passage aux 32 heures !
Plusieurs entreprises l’ont déjà fait avec succès (Fleury Michon, Mamie Nova, des centaines de PME…).
Les modalités peuvent êtres variables en fonction de la branche d’activité : 4 jours sur 5 pour la plupart des salariés, 4 jours sur 6 dans la distribution ou sur 7 dans les hôpitaux, une semaine de libre sur 5, un mois de libre sur 5 pour les programmateurs informatique ou une années sabbatique sur 5 pour les chercheurs…
5 points à négocier :
  • Financer la création d’emploi
  • Améliorer la formation
  • Lutter contre la précarité
  • Réorganiser le travail
  • Partager le pouvoir dans l’entreprise
Outre des personnalités de gauche, plusieurs personnalités de droite se sont déclarées favorables à la semaine de 4 jour : Michel Barnier, Nicolas Dupont-Aignan, Michel Seguin et Brice Hortefeux…
Au terme de sa démonstration, le message final de Larrouturou est, preuves à l’appui, qu’une autre politique est possible, qu’il y a bien une alternative à la politique de Sarkozy, et que nous pouvons tous devenir acteurs de cette alternative.

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