Google+ Montebourg 06: Montebourg: «La règle d'or est une négation du choix politique»

vendredi 29 juillet 2011

Montebourg: «La règle d'or est une négation du choix politique»

Interview d'Arnaud Montebourg publiée dans Libération le 28 juillet 2011 :

Propos recueillis par Dominique Albertini

Le PS ne votera pas le projet de loi voulu par Nicolas Sarkozy destiné à éliminer les déficits publics. Arnaud Montebourg, député PS et candidat aux primaires, explique pourquoi.


Modifier la Constitution pour forcer les gouvernements à la sagesse budgétaire: c'est l'un des derniers chantiers que s'est assigné Nicolas Sarkozy. Une "règle d'or" qui imposerait l'exécutif à fixer, en début de quinquennat, une trajectoire de "redressement" des déficits publics, et à s'y tenir. Les socialistes ont déjà annoncé qu'ils s'y opposeraient. Arnaud Montebourg explique.
Pourquoi voterez-vous contre la "règle d'or"?
Cette règle est une interdiction constitutionnelle prohibant les déficits, c'est-à-dire une négation du choix politique. Elle revient à dire que la finance et ses exigences sont plus fortes que ce que peuvent décider les citoyens et leurs élus, et que toute action politique disparaît derrière des règles technocratiques. Keynes disait que “la difficulté n'est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d'échapper aux idées anciennes”. La règle d'or, c'est l'ancien monde, celui antérieur à l'écroulement du système financier. De plus, il est curieux que la droite souhaite interdire ce qu'elle a pratiqué et tristement aggravé depuis 2007: dans cette période le déficit annuel de l'Etat est passé de 50 milliards à 150 milliards aujourd'hui.
Une partie de ce déficit supplémentaire n'est-elle pas due à l'intervention de l'Etat contre la crise économique ?
Sur ces 100 milliards supplémentaires, 40 sont liés à la crise, et 60 aux politiques de Nicolas Sarkozy. Quand vous ajoutez, à la chute des recettes, des politiques fiscales laxistes et injustes, offrant des baisses d'impôts à des clientèles privilégiées qui n'en ont pas besoin, c'est de la provocation. La crise était rude, pourquoi a-t-on exonéré, à hauteur de 60 milliards en 3 ans, tant d'entreprises, de particuliers, de clientèles fortunées de l'effort collectif ? La règle d'or constitue en quelque sorte une motion de censure personnelle de la politique de Nicolas Sarkozy.
Des règles existent déjà qui sont sont censées limiter les déficits, par exemple le pacte de stabilité européen.
Le fait qu'elles existent ne signifie pas qu'on devrait les approuver. Nous parlons du traité de Maastricht, et de ses critères de limitation des déficits, signé en 1992: ses règles n'ont que rarement été appliquées et sont pour le moins obsolètes dans la tempête financière que nous devons affronter et domestiquer. C'est dire à quel point notre monde perd la tête si nous cherchons notre boussole dans les idées d'il y a vingt ans, à une époque où les gauches européennes faisaient des concours de dérégulation. La vérité, c'est que la France est en situation de surendettement à cause des années de gouvernements irresponsables de droite qui ont porté atteinte a une situation saine. Alors que le gouvernement Jospin est le dernier gouvernement à avoir désendetté le pays.
Comment réagir selon vous ?
Il est désormais impérieux de protéger le pays de marchés erratiques, volatiles, irresponsables, qui détiennent sa dette. Il faut renationaliser celle-ci, parce qu'elle est dans la main de créanciers étrangers à nos intérêts nationaux. Un pays endetté a le devoir de s'organiser pour se protéger des pressions extérieures. La dette du Japon dépasse 120% de son PIB, mais il s'agit d'une dette domestique, détenue par des Japonais qui ont confiance dans leur Etat. La désinvolture des gouvernements sarkozystes a conduit à agir en sens contraire...
Pour vous, le sujet principal n'est donc pas le montant de la dette, mais l'identité de ses détenteurs ?
Les Etats qui gèrent bien leur dette et qui sont en position de pouvoir la rembourser ne sont pas en difficulté. Pour renationaliser la dette, il sera nécessaire d'organiser des emprunts obligatoires, comme après la crise de 1929. C'est mieux qu'un impôt, parce que les prêteurs sont remboursés et que l'Etat fixe le taux. Avec cet emprunt, on rembourse les créances détenues par les acteurs financiers, qui opèrent sur les marchés. Pour combler le déficit, je propose de recourir à l'impôt avec la mise en place d'un pacte de désendettement national progressif.
Il ne s'agit pas, cependant, de supprimer les déficits, car ce sera trop douloureux. Ce sont toujours les mêmes qui paient pour cela : les classes populaires et moyennes, qui bénéficient des dépenses sociales publiques – celles qui seraient passées à la moulinette par la «règle d'or», machine à se débarrasser de la protection sociale et des services publics.
Concrètement, quelles mesures fiscales appliqueriez-vous?
Des impôts sur les transactions financières, les profits des banques, entreprises transnationales et sur les patrimoines qui ont échappé à l'impôt ces dix dernières années, et ont profité... de la crise. Les entreprises multinationales sont sous-taxées par rapport aux PME. Quant au système financier, une taxe de 0,001% sur la totalité des transactions dans la zone euro permettrait de lever 250 milliards d'euros annuels, soit la totalité de la dette grecque, en un an. On voit bien qu'en faisant ainsi payer le système financier, il n y a pas besoin de règle d'or, qui sert à accuser les Etats qui n'ont pourtant aucune raison de diminuer des dépenses sociales en raison du fait qu'ils ont trop généreusement secouru le secteur bancaire compromis dans tant de folies et de bêtises.
Pas question de faire payer les contribuables européens?
La vérité de la crise, c'est que les Etats n'y ont aucune responsabilité, mais que ce sont eux et leurs contribuables qui la paient. Et ils paient à la place des banques et des institutions financières, qui aujourd'hui spéculent de nouveau contre eux ! Je propose que dans le plan de sauvetage des dettes souveraines européennes, les contribuables des classes moyennes et populaires, les petites et moyennes entreprises ne soient jamais mis à contribution. Il ne s'agit pas de faire payer seulement les banques créancières de la Grèce, mais toutes les banques qui ont la lourde responsabilité de nous faire traverser cette interminable crise.
Pour relancer la croissance, donc les rentrées fiscales, faut-il également changer les règles de gouvernance de l'euro?
Je le pense. La BCE a fait le choix d'un euro fort, surévalué. Or, nous aurions aujourd'hui intérêt à dévaluer cette monnaie, une arme que tous nos concurrents utilisent. Les traités européennes l'interdisent? Mais ils sont caducs! Ils ont été piétinés pendant toute la tempête financière. Le plan de secours à la Grèce, d'inspiration fédéraliste, est une violation du traité de Lisbonne. Il est évident que ces textes sont désormais obsolètes, et leur sacralisation révolue. Il est temps de construire l'Europe fédérale, de remplacer enfin la règle par le choix, la règle stupide, par le choix adapte aux besoins des peuples.

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