Google+ Montebourg 06: Montebourg: "Je me suis toujours débrouillé seul"

mercredi 13 juillet 2011

Montebourg: "Je me suis toujours débrouillé seul"

Article de Eric Mandonnet et Marcelo Wesfreid, publié dans l'Express le 13 juillet 2011 :
Candidat à la primaire socialiste, Arnaud Montebourg mise sur la démondialisation pour se démarquer de ses concurrents. Ses chances de gagner paraissent faibles, mais qu'importe: mener une campagne sur son nom lui procure un bonheur qu'il ne dissimule guère.

Arnaud Montebourg, lundi 11 juillet au soir, s'inquiétait encore: la chasse aux 100 paraphes d'élus, régionaux ou généraux, nécessaires pour participer à la primaire socialiste, n'était pas tout à fait sûre d'être fructueuse. La faute aux "doublonneurs", ces généreux signataires qui ont donné leur soutien à plusieurs candidats. "J'étais à 102, je suis retombé à 98, nous sommes repartis en chasse", expliquait le député de Saône et Loire. Mardi après-midi, son lieutenant Aquilino Morelle a déposé les 100 signatures requises...

Le dimanche 21 août, Arnaud Montebourg tiendra sa rituelle Fête de la Rose dans son fief de Frangy-en-Bresse. Au contraire de l'usage en vigueur depuis que Pierre Joxe, son prédécesseur, instaura cette réjouissance faisant office de rentrée politique, il n'y aura pas, cette année, d'invité d'honneur. Arnaud Montebourg a décidé d'être son propre invité, entouré de tous ses soutiens dans la primaire. "Puis je prendrai mon "camion" (un monospace Renault, NDLR...) et je traverserai la France jusqu'à La Rochelle, pour l'Université d'été du PS. Chaque jour, je ferai une étape dans une ville."

Pour se dire " Je veux être président de la République ", faut-il être patriote, optimiste, fou ou inconscient ?

Il faut être pleinement engagé dans son temps, observer les périls, voir les risques, mesurer les défaillances de ses contemporains et mettre toutes ses forces pour essayer de changer de cap. Patriote? Je le suis dans les racines de mon engagement. Optimiste? C'est une nature. Fou? Mieux vaut s'en prémunir. Inconscient? Cela ne me gênerait pas, si c'était vrai.

Si vous étiez élu président de la République, quelle serait votre première mesure ?

La mise sous tutelle des institutions bancaires et financières. Comme l'avait fait Franklin Roosevelt après la crise de 1929 (Glass-Steagall Act), je demanderais au Parlement une loi d'urgence interdisant la spéculation financière, visant à la séparation des banques dans leurs activités et la dépollution des actifs bancaires. Ce serait une réplique de ce qu'a fait Barack Obama.

J'ajouterais des mesures pour convertir notre dette, laissée par dix années de droite sarkozyste, en titres non plus détenus par des opérateurs extérieurs à la France, mais par des opérateurs financiers nationaux, de manière à nous mettre à l'abri du danger spéculatif.

A quel pays réserveriez-vous le premier voyage officiel ?

L'Allemagne. C'est avec ce pays que nous reconstruirons l'Europe, que nous bâtirons l'Agence européenne de la dette, que nous créerons la taxe sur les transactions financières pour rembourser les différentes dettes souveraines des Etats européens, que nous protégerons nos marchés et nos capitaux.

En quoi un "candidat de la relève" serait-il mieux armé que les autres pour diriger la France ?

Il ne penserait plus l'avenir seulement en fonction du passé. Il penserait autrement les temps actuels. L'enjeu est de bâtir le modèle de l'après-crise et de constituer une République plus forte que les marchés. Or, on ne pourra le faire avec ce qui reste encore des certitudes des 20 ou 30 dernières années de révolution libérale, qui nous ont conduits au désastre.

Le 8 juin, à propos de l'affaire DSK, vous exprimiez "une sensibilité proche de la plaignante" et ajoutiez que l'avocat de cette dernière était "un homme très honorable qui défend une cause juste". Avez-vous parlé trop vite ?

Ma sensibilité à l'égard de toute forme de violences faites aux femmes reste intacte et s'étend bien au-delà de cette triste affaire.

Sur votre site de campagne, vous avez dû rappeler que votre nom est "Montebourg", et non "de Montebourg". D'où vous vient cette image d'aristocrate ?

Il m'est souvent attribué des traits de bourgeois ou d'aristocrate, qui n'ont pourtant aucun rapport avec ma vie et ma trajectoire personnelle. Mon père était fonctionnaire des impôts. Il a fait carrière en sortant du rang. Ma mère était professeure d'espagnol au collège, mon grand-père paternel boucher charcutier en Saône-et-Loire, dont je suis devenu l'un des députés, et mon autre grand-père était un Arabe d'Algérie, sergent engagé dans l'armée française. Je suis un enfant de ces rencontres improbables.

Je dois tout à l'école républicaine. J'ai appris mon métier à la sueur de mon front, je me suis toujours débrouillé seul, y compris dans la vie publique, où l'on ne m'a jamais fait de cadeau. Peut-être que mon apprentissage et ma déformation professionnelle d'avo- cat donnent cette impression. Mais, après tout, ayant été un avocat défendant des causes difficiles, je défendrai les Français sans me déguiser, en assumant ce que je suis y compris les impressions fausses que je donne.

Etes-vous d'accord avec ces propos: "On peut parfaitement être européen et mettre l'Europe au service de la protection. Ceux qui ignorent la préférence communautaire n'ont rien compris à l'idéal européen" ; "Si les autres nations ont le droit de se défendre contre le dumping, pourquoi pas l'Europe? " ou encore "L'Europe doit d'abord acheter européen" ?

Oui, je suis totalement d'accord. J'aimerais bien savoir qui en est l'auteur.

Ils sont de Nicolas Sarkozy (prononcés le 8 janvier 2008, le 15 novembre 2007 et le 27 septembre 2005).

Si nous ne protégeons pas nos emplois, nos industries, notre agriculture contre la concurrence déloyale, que beaucoup de dirigeants européens ont acceptée, et que Nicolas Sarkozy malgré ses anciennes déclarations n'a pas combattue dans ses actes, les dégâts humains seront tels que c'est l'Europe que nous perdrons. L'Europe d'aujourd'hui a été imaginée par les libéraux, dont fait partie Nicolas Sarkozy. C'est une passoire dans la mondialisation, où les niveaux de salaire, de protection sociale, de choix fiscaux sont mis en concurrence

Dans cette économie du chantage, mettre des ouvriers européens, qui ont deux siècles de luttes sociales à leur actif, face à des ouvriers qui, sous la répression post-maoïste, sont obligés d'accepter des salaires 40 fois moins éle- vés, est un combat perdu d'avance. C'est pourquoi je suis un protectionniste européen assumé et affirmé.

Vu la difficulté de convaincre les Européens, soulever de nouveau ce problème, n'est-ce pas donner de faux espoirs aux électeurs ?

L'idée de démondialisation progresse, chez les économistes, les penseurs comme les responsables: je voudrais citer Emmanuel Todd, Edgar Morin, mais aussi Henri Guaino, conseiller à l'Elysée, Hubert Védrine et même, à sa manière, Valéry Giscard d'Estaing.

Par ailleurs, le PS et le SPD ont fait une déclaration commune dans ce sens. La gauche allemande est convaincue que l'économie doit respecter des règles sociales et environnementales. On peut trouver des alliés en Europe pour un retour à l'esprit du traité de Rome : c'était une union douanière de pays qui se faisaient concurrence entre eux, mais se préservaient de l'ex- térieur avec des protections douanières. C'est à l'abri de ces protections que l'Europe a réussi à devenir alors la première puissance économique mondiale.

Vous plaidez pour une "démondialisation" permettant aux pays du Nord d'éviter le chômage et à ceux du Sud l'"esclavage". Comment éviter les mesures de rétorsion des pays émergents ?

Les représailles, nous en avons tous les jours. Il est impossible de commercer librement avec des pays qui utilisent leur monnaie à des fins politiques (la Chine), contrôlent les investissements étrangers sur leur territoire (Brésil, Chine), protègent leur marché (Corée du Sud, Etats-Unis). Les producteurs de roquefort des causses ou de boeuf charolais en savent quelque chose. Il faut réclamer la réciprocité, en exigeant des contreparties à la présence prédatrice de la Chine, qui fait son shopping dans nos technologies. Nous sommes les naïfs du village global, les victimes de ce système. Savez-vous que ceux qui portent le plus plainte à l'OMC sont les Chinois, les Canadiens et les Américains? Les autres font la guerre.

Sur la mondialisation, n'êtes-vous pas plus proche de personnalités extérieures au PS (Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen) que de certains de vos camarades socialistes ?

Le projet socialiste est protectionniste, c'est pourquoi je l'ai voté. Chacun à sa manière, nous défendons une vision de l'Europe. La seule personne qui ait un projet nationaliste de rupture avec l'Union européenne, c'est "Jean-Marine" Le Pen. Pas moi!

Qui est responsable et coupable de la situation en Grèce ?

Les responsabilités sont partagées. Les Grecs se sont donné un gouvernement de droite qui a maquillé les comptes avec l'aide de Goldman Sachs. Il y a eu l'égoïsme allemand, qui n'a pas voulu solliciter ses contribuables, et l'irresponsabilité des dirigeants de droite, dont Nicolas Sarkozy, qui ont refusé de faire payer les banques et les institutions financières. Les socialistes européens suggèrent la mutualisation de la dette et un financement par la taxation sur les transactions financières, à hauteur de 0,05%. J'approuve cette proposition, qui permettrait d'effacer en un an la dette grecque.

Vous voulez régulariser les personnes sans droit de séjour, en contrepartie de conditions individualisées d'intégration. Lesquelles ?

La manière dont Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Intérieur, avait pratiqué la régularisation au cas par cas serait ma politique. Cela permettrait de régulariser le travail au noir, de faciliter la mixité sociale, tout en exigeant le respect de la loi et la scolarisation des enfants, conformément au pacte laïc républicain. En demandant l'apprentissage de notre langue, nous accélérerons l'intégration des candidats à la régularisation. C'est une démarche humaine. Je veux continuer de construire la France en considérant que l'immigration peut être un atout pour notre avenir et en rendant vivant le contrat qui existe entre tous les Français.

Pourquoi voulez-vous faire relever l'évasion fiscale de la procédure pénale ?

Nous sommes le seul pays européen où la procédure fiscale est entre les mains discrétionnaires du gouvernement. Elle donne donc lieu à des passe-droits, pour ne pas dire du favoritisme. Le pacte de désendettement que je propose passera donc d'abord par la lutte contre la fraude fiscale, le démantèlement du secret bancaire dans les paradis fiscaux et le relè- vement de la surveillance sur les flux de capitaux, avant même que la nation ne commence à imaginer de remonter les impôts. Car il n'est pas question de faire payer la crise aux classes moyennes.

Vous avez été le seul à voter contre le rapport interne du PS sur la fédération des Bouches-du-Rhône; vous êtes aujourd'hui poursuivi en diffamation par le président du conseil général, Jean-Noël Guérini, qui soutient Martine Aubry. Votre parti est-il à ce point fermé à toute vraie rénovation ?

Les éléments de nature judiciaire dont je dispose me per- mettent de penser que mon parti aurait dû prendre des mesures plus lourdes et radicales, vu la gravité de la situation dans les Bouches-du-Rhône. Alain Richard, dans son rapport, tout comme Martine Aubry, a préféré regarder ailleurs. L'avenir me donnera malheureusement raison. Je remercie Manuel Valls et Malek Boutih de leur soutien public à mon action rénovatrice.

Un élément positif, un seul, que vous retenez de la manière dont Nicolas Sarkozy exerce la fonction présidentielle ?

Le Grenelle de l'environnement. Ce fut une période positive et constructive, car la décision s'est bâtie avec la société. La suite ne fut pas à la hauteur.

Jusqu'à quel point les responsables politiques doivent-ils accepter d'être plus transparents ?

Sur l'usage de l'argent public, sur le train de vie, oui. Sur la vie privée, non. La santé, par exemple, appartient à l'intimité personnelle.

Un mot pour caractériser Martine Aubry ?

Fidèle à elle-même.

Ségolène Royal ?

Une militante.

François Hollande ?

Comme le bon vin. Il s'améliore avec le temps.

Manuel Valls ?

Une énergie.

Arnaud Montebourg ?

Une conviction.

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