Google+ Montebourg 06: « Mon projet pourrait convenir à un gaulliste sincère »

dimanche 24 juillet 2011

« Mon projet pourrait convenir à un gaulliste sincère »

Interview réalisé par Guillaume Tabard, publiée dans Les Echos le 22 juillet 2011 :


Le thème de la démondialisation sur lequel vous faites campagne ne traduit-il pas un refus de voir le monde tel qu'il est ?


Dans « le monde tel qu'il est », ce sont les marchés qui dictent leurs décisions aux Etats et aux peuples, ce qui est la négation même de la démocratie, et conduisent l'Europe à la catastrophe économique. En trois ans, la zone euro a perdu dix points de croissance, en raison d'une crise financière historique due aux erreurs du secteur bancaire privé, lequel a réussi à échapper à ses responsabilités, a eu le toupet d'accuser les Etats et leurs contribuables de mauvaise gestion, et désormais de les faire danser au son de leurs exigences. Dans la crise des dettes souveraines, les hommes d'Etat, s'ils le sont, n'auront pas d'autres choix que de mettre le système financier sous tutelle par des mesures prohibitives et dirigistes. Comme Roosevelt dut le faire en 1932 après trois ans d'impuissance des républicains à juguler la crise de 1929. Ces mesures de démondialisation financière sont inspirées par un pragmatisme de bon aloi auquel tout le monde viendra.

Le sommet d'hier n'est-il pas un signe de la volonté des Etats de répondre aux marchés ?


Si l'Union européenne avait décidé de mutualiser les dettes des Etats souverains, d'émettre des euro-obligations, de taxer les transactions financières pour financer la dette publique européenne, d'interdire les activités spéculatives dans le bilan des banques, d'infliger des limites déontologiques aux agences de notation, mesures que je défends depuis longtemps, il n y aurait pas eu de crise de dettes souveraines. L'Allemagne propose de mettre à contribution le système bancaire pour qu'il participe à la réparation des dégâts qu'il a commis. Voilà longtemps que nous aurions dû donner notre assentiment à cette idée. La charge de la dette doit être portée par les acteurs financiers, certainement pas par les contribuables, classes moyennes et populaires que la plupart des gouvernements européens s'apprêtent à mettre à contribution.
Ces solutions injustes, inefficaces et à vrai dire explosives sont à mettre au passif des actuels dirigeants européens qui portent une responsabilité lourde, liée à leur idéologie, dans l'aggravation de la crise. Trois ans après la crise de 2008, les banques ont retrouvé leurs profits sans être débarrassées de leurs actifs toxiques, pendant que leurs filiales continuent à spéculer contre les Etats, mordant ainsi la main qui les a secourues. Je propose de surtaxer les profits des acteurs financiers et de retirer la licence bancaire à ceux qui exercent des activités de spéculation, avec l'argent des autres.
Le protectionnisme peut-il être une réponse à la crise ?
Toutes les nations mercantiles le pratiquent de façon agressive et abusive. Pourquoi pas nous ? Le Brésil a décidé de taxer tous les produits Apple fabriqués en Chine. Résultat : Apple va transférer une part de sa production au Brésil. Le Kenya a sauvé sa filière laitière en taxant de 60 % les importations de lait. Obama a prié les industriels américains de rapatrier des usines qui avaient été délocalisées en Chine. Et l'Europe resterait seule, par naïveté, à ne prendre aucune mesure ? L'enjeu est ni plus ni moins que de reconstruire une capacité de production industrielle en France que nous avons laissé disparaître.
Ce thème de la démondialisation ne vous cantonne-t-il pas à la gauche du PS ?
Mon projet est républicain et colbertiste, il pourrait parfaitement convenir à un gaulliste sincère, car il porte une ambition industrielle et, sur le plan européen, prône un retour aux sources du traité de Rome. Je veux dépasser les vieilles grilles de lecture qui ne correspondent plus au monde tel qu'il est. De Valéry Giscard d'Estaing à Hubert Védrine, en passant par de nombreux économistes, je vois que mes idées de démondialisation sont majoritaires.
Il y aura des débats entre les candidats à la primaire PS. C'est une victoire pour vous ?
Ces débats sont indispensables. Seule une confrontation loyale mais franche permettra aux électeurs de la primaire de se prononcer sur les idées et non sur les postures. Peut-être se rendra-t-on compte ainsi que les candidatures de Martine Aubry et François Hollande sont parfaitement identiques.


Les sondages vous placent très bas. Quel est votre objectif ?

Je souhaite me qualifier pour le second tour de la primaire. Je ne suis pas un candidat de figuration. Les sondages aux échantillons non représentatifs n'ont aucun sens, puisque nul ne sait qui viendra voter. Je siège au Parlement depuis quinze ans et les propositions que j'ai faites il y a dix ans parlent en ma faveur. Je suis depuis quatre ans à la tête d'un département que j'ai redressé ; j'ai été avocat huit ans. Et je suis le seul à porter un projet innovant et audacieux qui nous fait prendre de l'avance sur notre temps. Cela vaut toutes les armes face à Nicolas Sarkozy.

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