Google+ Montebourg 06: Les Français tentés par la démondialisation

mardi 28 juin 2011

Les Français tentés par la démondialisation

Article publié sur le site Des Idées et Des Rêves :
Dans son édition du week-end du 17 juin, La Tribune publie un dossier complet de quatre pages sur la démondialisation: "Les Français tentés par la démondialisation". Ce dossier fait suite à la parution du sondage IFOP qui a révélé qu'une majorité des Français était favorbale à l'instauration d'un protectionnisme européen.

Il contient notamment une interview d'Arnaud Montebourg que vous pourrez lire ci-dessous dans son intégralité et plusieurs articles que vous pourrez découvrir en téléchargeant le dossier de la version papier ICI

Vous pouvez également consulter les articles parus sur le site internet en cliquant sur les liens suivant:

Les Français tentés par le protectionnisme

"Made in France" ? Ne rêvons plus

Les partenaires commerciaux de l'UE restent protectionnistes

Le "made in France" s'offre un label certifié

"L'Europe s'est désarmée dans la guerre économique mondiale "

Source : La Tribune.fr - 17/06/2011 | 12:21

Dans un petit ouvrage qui rencontre un franc succès, le député candidat aux primaires socialistes (*) fait le procès de la mondialisation. Il détaille dans La Tribune sa stratégie protectionniste.

Quels sont les facteurs de la crise actuelle ?

La crise d'aujourd'hui est une crise de la mondialisation. Vouloir mettre en concurrence des ouvriers européens qui ont deux siècles de luttes sociales derrière eux et des paysans asiatiques qui sont prêts à être payés quarante fois moins cher, c'est absurde et dangereux. Il est donc temps de partir à la reconquête de l'économie et de soumettre celle-ci à des lois plus modérées. Et c'est la raison pour laquelle la démondialisation est déjà commencée : la préférence pour le marché intérieur plutôt que pour l'exportation, la relocalisation des activités progressive, notamment liée à la montée du prix des matières premières et de l'énergie, la préférence pour les salaires pour doper le marché intérieur plutôt que les dividendes, qui ne stimulent rien du tout ; la préférence pour l'industrie plutôt que pour la finance... Les choix de la démondialisation sont stratégiques, et ils doivent conduire à stimuler les marchés intérieurs, non plus par les caisses publiques car celles-ci sont vides et que tous les États sont endettés mais en réallouant notre épargne vers des investissements de croissance et en préférant les salaires plutôt que les dividendes qui sont aujourd'hui trop élevés. Cette reconquête passera aussi par des mesures unilatérales extra-européennes, à l'égard de nos concurrents hors d'Europe.

Quels sont les facteurs de la crise actuelle ?

La crise d'aujourd'hui est une crise de la mondialisation. Vouloir mettre en concurrence des ouvriers européens qui ont deux siècles de luttes sociales derrière eux et des paysans asiatiques qui sont prêts à être payés quarante fois moins cher, c'est absurde et dangereux. Il est donc temps de partir à la reconquête de l'économie et de soumettre celle-ci à des lois plus modérées. Et c'est la raison pour laquelle la démondialisation est déjà commencée : la préférence pour le marché intérieur plutôt que pour l'exportation, la relocalisation des activités progressive, notamment liée à la montée du prix des matières premières et de l'énergie, la préférence pour les salaires pour doper le marché intérieur plutôt que les dividendes, qui ne stimulent rien du tout ; la préférence pour l'industrie plutôt que pour la finance... Les choix de la démondialisation sont stratégiques, et ils doivent conduire à stimuler les marchés intérieurs, non plus par les caisses publiques car celles-ci sont vides et que tous les États sont endettés mais en réallouant notre épargne vers des investissements de croissance et en préférant les salaires plutôt que les dividendes qui sont aujourd'hui trop élevés. Cette reconquête passera aussi par des mesures unilatérales extra-européennes, à l'égard de nos concurrents hors d'Europe.

Vous pensez à des armes antidumping ?

Oui, ce sont d'ailleurs les armes utilisées par les Chinois eux-mêmes, ce qu'ils font tous les jours, mais que nous nous interdisons stupidement de faire. Je reconstituerai un service douanier conséquent appliquant des normes sanitaires et techniques dans tous les domaines refusant l'importation, l'arrivée sur le territoire d'un certain nombre de produits dont on contrôlerait la qualité technique, comme les jouets chinois. Cela vaut pour l'agriculture comme pour l'industrie.

Vous seriez partisan d'obliger des entreprises françaises comme Air France d'acheter des produits labellisés français ou européen comme Airbus ?

Bien entendu ! N'oubliez pas qu'Airbus a été construit grâce à des programmes publics, les contribuables ont mis un peu de leur sueur dans cette aventure collective. Dans la guerre économique que nous livrent les États-Unis dans l'aéronautique, il n'y a aucune raison pour qu'une compagnie comme Air France, qui, directement ou indirectement, dispose d'avantages publics, ne privilégie pas l'emploi européen et la qualité de l'industrie européenne.

Votre raisonnement est-il le même pour les futures commandes de TGV : faut-il préférer le français Alstom à l'allemand Siemens ?

J'aurais une approche européenne de la question : pour moi, la préférence européenne est la boussole. Mais la concurrence peut s'exercer à l'intérieur de l'Union européenne.

Si vous êtes élu président de la République, quelles seraient vos premières mesures ?

Je mettrai sous tutelle le secteur financier et bancaire, non pas sous forme de nationalisation mais plutôt comme ce que Barack Obama a fait avec la loi Dodd Frank en prohibant un certain nombre d'activités spéculatives. Je suis pour la séparation des activités de dépôt et celles d'investissement, ce qui permettra d'assainir définitivement le bilan de nos banques. Les usagers du crédit, particuliers et entreprises, doivent entrer dans les conseils d'administration des banques. C'est la première loi que je ferai adopter si j'étais élu président de la République. Ce sont des mesures de démondialisation financière.

Voulez-vous aussi fermer les frontières à la main-d'œuvre étrangère ?

Moins de barbelés pour les hommes et plus de contrôles douaniers sur les produits et les marchandises : il y a actuellement beaucoup de contraintes sur les hommes et aucune sur les produits et les marchandises, dans les deux cas c'est excessif.

En termes d'emplois, vous portez un jugement très sévère sur la mondialisation...

Dans la mesure où on a perdu deux millions d'emplois industriels en 20 ans, on voit bien que les millions d'emplois ne se créent plus chez nous. La crise nous a fait perdre 300.000 emplois en quelques mois : sur les territoires, vous voyez les déserts industriels qui s'installent. Nos concitoyens se posent la question : quels seront les emplois de demain ? Quelles seront les prochaines nouvelles technologies ? Nous vivons dans une société qui se tourne vers les services et qui se désindustrialise. C'est la première fois que ce phénomène a pris tant d'ampleur. Avant nous assistions à des phases "schumpetériennes" de destruction créatrice, mais aujourd'hui, le bilan se résume une destruction tout court.

Pourtant ce n'est pas le cas dans tous les pays : l'Allemagne a par exemple maintenu un fort secteur industriel...

Il faut relativiser le "Made in Germany" : mieux vaut parler de "Made by Germany" ! Beaucoup d'activités de sous-traitance sont parties en Europe de l'Est et si l'Allemagne contrôle encore le processus productif, celui-ci n'a plus lieu autant qu'auparavant sur son territoire. Quant aux Italiens, ils se plaignent aussi de la mondialisation. En réalité, selon une enquête établie par Terra Nova, la perception d'une mondialisation "positive" est presque partout minoritaire en Europe. Pourquoi ? Parce que l'Europe s'est désarmée dans la guerre économique mondiale contrairement aux autres grandes nations mercantiles, comme les Etats-Unis ou les pays "émergés" [NDLR: Chine, Inde...], qui, eux, ont recours au dirigisme comme outil économique.

Prenez les Chinois : ils utilisent la monnaie comme arme politique, via le dumping monétaire, le souverainisme comme contrôle des capitaux et des investissements étrangers, le dumping social et environnemental comme moyen de contourner voire piétiner les lois sociales et environnementales. Et grâce aux excédents qu'ont leur a permis de faire depuis qu'ils sont entrés dans l'OMC sans aucune contrepartie les Chinois font aujourd'hui leur shopping dans nos technologies, nos industries, notre savoir faire. Au passage, ces rachats en masse vont achever de ruiner le dernier argumentaire favorable à la mondialisation, selon lequel la France et les pays industrialisés devaient monter en gamme dans les technologies au sein de la nouvelle division internationale du travail. Or ce n'est absolument pas le cas, puisque tous les grands pays émergents sont entrain d'acquérir nos technologies par tous les moyens y compris les plus déloyaux, comme le pillages, la contrefaçon ou le non respect des lois...

En réalité, il reste plus qu'un seul argument contre le protectionnisme : la menace des représailles. Mais tous les jours, nous subissons déjà des représailles. Nous voyons par exemple le Congrès américain prendre des réglementations contre nos produits. En réalité, nous assistons à une alliance entre le capitalisme le plus débridé et le parti communiste chinois, qui finit par produire le dirigisme le plus autoritaire en économie, dont nous même nous nous sommes privés, par excès de confiance aux marchés.

La montée du protectionnisme après la crise de 1929 a fait l'objet de nombreuses critiques : pourtant, vous proposez à nouveau le retour à ce type de mesures.

Je ne suis pas d'accord avec l'analyse que l'on fait des années 30 sur ce terrain-là. La première mondialisation a eu lieu avant 1914 et elle a conduit de la guerre économique à la guerre militaire et impériale : on a vu des empires se jeter les uns contre les autres. Il n'y avait pas de protectionnisme dans cette guerre là, bien au contraire ! La grande dépression de 1929 et ses suites ont connu une aggravation, non pas par un effet du protectionnisme mais par le fait que la production s'est brutalement arrêtée conduisant à une explosion du chômage. Le nombre de sans emploi s'est accru dans des proportions inédites, qui sont directement en rapport avec le fait que les décisions qui ont été prises ont été des décisions d'austérité en Europe, pendant que les Etats-Unis d'Amérique, sous la direction du président Roosevelt, faisaient le choix absolument contraire du keynésianisme, des déficits et du dirigisme. Il faut relire le discours d'investiture du président Roosevelt en 1933 ! vous enlevez la référence à Dieu, et vous trouvez un discours digne d'Olivier Besancenot, car il avait décidé à cette époque de casser les reins de Wall Street et de la finance. C'est comme ça qu'il a évité la montée de la guerre civile et du fascisme dans son propre pays, ce que les Européens n'ont pas su éviter. Vous voyez bien que ces décisions n'ont aucun rapport avec le protectionnisme, mais qu'elles sont liées aux plans d'austérité, qui d'ailleurs sont imités aujourd'hui par les dirigeants européens, lesquels reproduisent les mêmes erreurs qu'à l'époque des années 30 en Europe.

Mais vous clouez au pilori la modération salariale en Allemagne, mais vous semblez oublier que cela fait presqu'un an que l'Allemagne vit au rythme de fortes hausses de salaires. Or l'Allemagne, dont l'économie repose pour moitié sur les exportations, est un symbole de la mondialisation

Le modèle allemand est à mes yeux un anti-modèle. Ce pays réalise l'essentiel de ses exportations dans la zone euro et dans l'Europe, c'est-à-dire que ses excédents ont pour prix nos déficits. Donc lorsque l'Allemagne organise une déflation salariale plus un démontage systématique de sa protection sociale pour des raisons de compétitivité, c'est une stratégie égoïste, non coopérative, et de cavalier seul. C'est bien normal que l'Allemagne soit obligée de se porter au secours des malades qui l'entourent parce qu'elle a une responsabilité aussi dans cette maladie. Ses excédents ont un rapport avec les déficits de ses partenaires. Il faut donc relativiser la réussite allemande : elle est d'abord liée au fait qu'elle s'exerce contre nous par des mesures de compétitivité excessives. Cette stratégie-là, initiée par le patronat allemand, est relayée par la droite allemande, puis par les droites française et italienne.

Toutefois, vous préconisez un pacte avec l'Allemagne : avec qui voulez vous passer un tel accord ?

Avec les sociaux-démocrates allemands parce que nous n'avons pas beaucoup d'autres choix que de souhaiter la défaite de Angela Merkel. Il va falloir dire aux Allemands que la stratégie de cavalier seul de la chancelière mène à la confrontation entre les pays européens. On peut comprendre que pendant dix ans, l'Allemagne ait eu à digérer la réunification, et que les Européens aient pu par solidarité accepter un certain nombre de mesures de compétitivité. Mais ce n'est plus le cas : la réunification a été digérée. A présent, si le pays qui est le plus puissant économiquement prend des mesures de compétitivité extrêmes visant à diminuer la protection sociale, il devient très difficile pour ses voisins de ne pas en payer les pots cassés. C'est pourquoi le moment de la grande explication est arrivé avec les Allemands. On n'y échappera pas, parce que les divergences sont extrêmement fortes. L'Allemagne ne peut pas avoir à la fois l'euro, la stratégie de cavalier seul et l'absence de protectionnisme extérieur, parce que cela reviendrait à dire que Berlin a décidé de diriger l'Europe selon ses vues.

Vous comptez aussi avoir le même type de discussions avec la Chine ?

Ce n'est pas comparable. La question qui se pose est plutôt comment le monde est aujourd'hui soumis à la mondialisation, c'est-à-dire un ordre qui organise l'absence de règles, soit la dérégulation. Vouloir mettre en concurrence des ouvriers européens qui ont deux siècles de lutte sociales derrière eux et des paysans asiatiques qui sont prêts à être payés quarante fois moins cher, c'est absurde et dangereux. Il est donc temps de partir à la reconquête de l'économie et de soumettre celle-ci à des lois plus modérées, car il ne faut pas perdre de vue que la mondialisation est un extrémisme. Cette reconquête passera y compris par des mesures unilatérales extra-européennes, à l'égard de nos concurrents hors d'Europe.

(*) « Votez pour la démondialisation », A. Montebourg (Flammarion, 96 pages).

Propos recueillis par Eric Chol et Frank Paul Weber

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