Google+ Montebourg 06: Démondialisation, Le Monde vous laisse choisir: absurde ou réac ?

mercredi 6 juillet 2011

Démondialisation, Le Monde vous laisse choisir: absurde ou réac ?

Article de Bertrand Rothé publié dans Marianne2 le 5 juillet 2011 :

Deux jours de suite Le Monde consacre un article à la démondialisation. - « Absurde démondialisation » est paru le jeudi 30 juin dans les pages Débats du quotidien du soir. - « La démondialisation est un concept réactionnaire » était proposé aux lecteurs le lendemain, le 1er juillet. Quel honneur pour un concept qui ne représente que 4 % à 7 % des intentions de vote au primaire socialiste. Pourquoi ?

Le mieux pour comprendre est encore l’analyse de texte. En ces temps de baccalauréat une méthode s’impose celle du commentaire composé. Elle servira de plan à cette petite dissertation.

1 Un auteur ou des auteurs ?

Qui sont ces auteurs ? Sont-ils deux, comme nous le fait croire le quotidien du soir, ou simplement le bégaiement d’un même milieu ? La biographie du signataire du premier article induit une certaine proximité entre les deux auteurs. Zaki Laïdi a été le conseiller spécial de Pascal Lamy, l’interviewé du second article. Ceci explique sûrement la similitude des deux textes.

2 Les suites du « Non » à l’Europe

Pourquoi deux articles alors ? Un seul aurait largement suffit.

On peut penser qu’il s’agit d’un manque de coordination entre les différentes rubriques du Monde… ce qui serait regrettable pour notre quotidien de référence. Mais Le Monde vit des moments difficiles, la clause de cession ; 14 % des 250 journalistes ont décidé de quitter le quotidien.

Mais l’explication est plus sûrement historique. L’époque est ingrate pour les élites médiatiques françaises et les lobbyistes qui ont le sentiment de perdre leur pouvoir d’influence. Il leur faut doubler les discours pour se rassurer d’être bien compris par les lecteurs. L’échec de la ratification du traité européen les a marqués.

3 Un genre inventé par Serge July

Ce type d’article doit beaucoup à cette situation. Le plus remarquable, et peut être le premier du genre est celui de Serge July le lendemain de la victoire du « non ». A partir de cette date la méfiance, voir la haine, à l’encontre du peuple s’exprime librement. A partir de cette date le populisme devient une insulte. « Un désastre général et une épidémie de populisme qui emportent tout sur leur passage, la construction européenne, l’élargissement, les élites, la régulation du libéralisme, le réformisme, l’internationalisme, même la générosité ».

4 «La pédagogie râpeuse»

Cet éditorial a créé un nouveau genre littéraire : la pédagogie râpeuse, l’injonction doublée d’anathèmes. Elle emprunte plus aux enfants de troupe qu’à la méthode Montessori. Le lecteur infantilisé doit suivre une démonstration cul de sac. Le rythme est ternaire : « une, deux, trois ».
  • Le premier temps est invariant. Il apaise, incite le lecteur à continuer. Zaki Laïdi dans Absurde démondialisation, compatit : « L’ouverture des marchés n’est pas socialement neutre... Les perdants sont souvent les travailleurs non qualifiés des secteurs à faible valeur ajoutée faisant appel à une forte main-d’œuvre substituable ». C’est un sédatif.
  • La suite est plus musclée. Il n’y a pas d’alternative, est un vieux concept efficace. Depuis Thatcher il a fait ses preuves. « Cette réalité rend de plus en plus difficiles, voire quasiment impossibles, des mesures de protection dans un secteur ».
  • La conclusion agrège mépris et insulte. Le débat sur la mondialisation est « très franco-français » dédaigne l’ignorant patron de l’OMC (heureusement son clone, un peu plus au fait de la réalité, nous rappelle que 60 % des Américains sont favorables à des restrictions commerciales). Les deux textes utilisent également l’invective : « la démondialisation est un concept réactionnaire », l’autre plus subtile fait référence au Front National : « refusons la préférence nationale économique ».

5 Pédagogie ou émotion (comment séduire la plèbe).

Les deux auteurs jouent sur des registres différents. Cela explique peut-être ces deux textes. Zaki Laïdi la joue pédagogue. Plan équilibré, progression didactique assumée jusqu’à la comparaison finale : démondialisation = FN. Le « moine » de l’OMC joue sur un autre registre. Il tente de faire vibrer l’émotion. Il tente de nous faire croire qu’il défend la concorde entre les nations. La posture est très confortable, mais évidemment fausse. 6 Drôle d’oubli ?Le patron de l’Organisation Mondiale du Commerce ne peut pas ignorer qu’en dehors de quelques milliardaires de Shanghai, les premiers bénéficiaires de cette mondialisation sont les multinationales. Ce sont les premières à profiter des paradis fiscaux et de l’exploitation des ouvriers chinois.

Tiens ! Aucun de nos auteurs ne parlent des paradis fiscaux. Incompétence ou oubli volontaire ?

Lundi 4 Juillet 2011
Bertrand Rothé

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